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on a connaissance (sur le rapport d'un navi gateur digne de foi, de qui l'on tient les détails suivans) d'une espèce de port ou havre, situé à l'est de la pointe méridionale : ce port n'est point apparent quand on prolonge la côte, parce qu'il est dérobé à la vue par de grands joncs ou roseaux qui, étant renversés et couchés sur la surface de l'eau, se croisent par certains vents, et masquent totalement l'entrée du port. II peut avoir un demi-mille de large, sur trois quarts de mille de profondeur sa figure est à peu près celle d'un fer à cheval. On y trouve vingt-huit brasses d'eau au milieu de l'entrée, et quatorze près des bords; la hauteur de l'eau est également de quatorze brasses sur le milieu de la longueur, et de dix seulement vers le fond du port: le fond est de sable noir, et de bonne

tenue.

Il faut observer que la pointe méridionale, c'est-à-dire celle du sud-ouest de l'isle, est terminée par quelques roches ou brisans, qui portent au large d'environ un quart de mille: ils ne sont pas marqués sur la carte remise à M. de la Pérouse, parce qu'elle est une copie sans changement du seul plan qu'on connaisse de ces isles, et sur lequel ces brisans ne se trouvent pas marqués.

17. Isle de Diego d'Alvarez. Elle est placée d'après la carte générale du troisième Voyage de Cook, et rapportée aux isles de Tristan d'Acunha, en conservant la distance et le gise

ment que cette carte lui donne par rapport à ces dernières isles.

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18. Isle de Gough, ainsi nommée du nom d'un capitaine de la compagnie anglaise des Indes orientales, qui la découvrit en 1715. On lit dans le New Directory for the East-Indies, par W. Herbert, W. Nichelson, et autres (5° édition, de 1780, pages 371 et 372), que l'isle de Gough est une terre haute, située à 40d 15 de latitude sud, et par 1a 57′ à l'ouest de Greenwich, ou 4d 17′ à l'occident de Paris. Le capitaine Vincent, commandant le vaisseau l'Osterley de la même compagnie, eut aussi connaissance de l'isle de Gough, en 1758, à la latitude indiquée par celui qui la découvrit; mais il estime, d'après le calcul de ses routes, qu'en la plaçant à 1d 57' à l'occident de Greenwich, on la porte de quelques degrés trop à l'est.

Cette isle n'est point connue des navigateurs français mais, comme elle peut être rencontrée par des vaisseaux qui, voulant aller directement dans l'Inde ou en Chine, dans la prime-saison, et sans toucher au cap de BonneEspérance, se maintiendraient par des latitudes plus élevées, pour aller ensuite reconnaître les isles de Saint-Paul et d'Amsterdam, il paraîtra sans doute intéressant de déterminer sa vraie position, et l'on doit desirer que

M. de la Pérouse, qui a les moyens de le faire, soit à portée de s'en occuper.

19.

Isle Grande de la Roche. On ne peut placer cette isle que par conjecture, d'après la relation suivante, qu'on a extraite et traduite de l'ouvrage espagnol qui a pour titre : Descripcion geographica y Derrotero de la region austral Magallanica, etc. por el capitan don Francisco de Seixas y Lovera; en Madrid, 1690, in-4°; fol. 29.

<«< Au mois de mai 1675, Antoine de la <«< Roche, Français d'origine *, alors au service <«< des Anglais, revenant de l'isle de Chiloé, <«< côte du Chili, ayant doublé le cap Horn, et << voulant rentrer dans l'Océan atlantique mé« ridional par le détroit de le Maire [on igno<«<rait alors que la mer fût ouverte à l'est de << la terre des Etats], trouva des vents d'ouest << si violens et des courans si rapides, qui le portaient à l'est, qu'il lui fut impossible de «se rapprocher des terres qui forment le dé<«<troit de Magellan. Le mois de mai était déja << avancé; on entrait dans l'hiver de ces cli<< mats, et la Roche commençait à désespérer << de sa navigation: ses inquiétudes s'accrurent encore lorsqu'il apperçut devant lui, à l'est,

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* C'est sûrement par méprise que le capitaine Cook, dans l'introduction générale de son second Voyage (page xv de l'original), en parlant d'Antoine la Roche, le qualifie de an english merchant, marchand anglais.

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«une terre inconnue. Il fit tous ses efforts « pour s'en approcher et la reconnaître, et il parvint à gagner une baie, dans laquelle il « mouilla près d'un cap ou d'une pointe qui << s'étendait au sud-est ; il y trouva vingt-huit, « trente et quarante brasses, fond de sable et de roche il distinguait dans les terres, non <«<loin de la côte, quelques montagnes cou<< vertes de neige; il y fut exposé à des vents très-orageux, et y séjourna quatorze jours. « Le temps enfin s'éclaircit; il reconnut alors << qu'il était mouillé à une des extrémités de «< cette terre, et il découvrit au sud-est et au «sud d'autres terres hautes, couvertes de neige. Un petit vent de sud-est lui permit d'appareiller; et, en faisant voile, il avait à « l'ouest la côte de ladite isle 2, et les terres «<< méridionales lui restaient au sud et sud-est: il lui parut que le canal entre l'isle et la << terre avait environ dix lieues de largeur; les courans le portaient avec une grande << vitesse au nord-est; et, en gouvernant à « l'est-nord-est, il se trouva, dans l'intervalle << d'une heure et demie, hors du passage, qu'il

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1 Cette terre, comme on le verra dans la note suivante, est la même que M. Duclos Guyot reconnut en 1756, et que le capitaine Cook, qui en a visité la côte septentrionale-orientale en janvier 1775, a nommée isle Georgia.

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Ceci suppose, ce qui n'est pas dit dans la relation, qu'il avait mouillé à la pointe d'une terre qui avait une isle à l'ouest ou au nord-ouest.

<< dit être fort court, parce que l'isle nouvelle, qui forme ce canal avec les terres du sud<< est, est fort petite '.

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<< En quittant cette isle, il fit route pen<< dant vingt-quatre heures au nord-ouest; <«< il fut alors accueilli d'un coup de vent de «< sud si violent, qu'il l'obligea de courir pen<< dant trois jours au nord jusqu'au 46° degré << de latitude méridionale. La tempête se cal<«<ma; et la Roche, se jugeant alors hors de danger, et dirigeant sa route pour la baie « de Tous-les-Saints, rencontra, à la hauteur << de 45a, une isle, qu'il dit être fort grande, agréable à la vue, et ayant dans la partie de l'est un bon port, dans lequel il trouva « de l'eau, du bois et du poisson: mais il ne << vit point d'habitans pendant les six jours << qu'il y passa.

«

De ce port il se rendit à la baie de Tous«<les-Saints. »

On s'est réglé, pour placer l'isle Grande sur la position de la première terre que la Roche avait découverte dans l'est de celle des États, et qui a été retrouvée dans ces derniers

I

Il paraît que la Roche a passé, comme Cook, entre l'isle nommée par celui-ci Willis, et celle de l'Oiseau (Bird), mais qu'il a mal estimé la largeur du canal.

2

* La Roche, en parlant de la déclinaison de l'aiguille aimantée, près de la côte orientale de son détroit, dit qu'elle était de 19 degré. (Antonio de la Roche, en su Derrotero, fol. 22 y 23. Voyez Seixas y Lovera, fol. 47-)

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