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temps (l'isle Georgia de Cook). On a, en conséquence, placé la côte méridionale de l'isle Grande par 45 degrés de latitude, suivant l'indication de la Roche, et à trente lieues environ plus à l'ouest que la première terre qu'il avait découverte, parce qu'on a vu qu'en quittant celle-ci il avait fait route au nordouest pendant vingt-quatre heures; qu'il est probable que le coup de vent de sud dont il fut accueilli dépendait un peu du sud-est qui avait régné jusqu'alors; et qu'enfin, depuis la fin du coup de vent jusqu'à la découverte de l'isle Grande, par 45 degrés de latitude, il avait fait constamment le nord, qui était sa route, pour aller chercher la baie de Tousles-Saints.

Tout porte à croire que l'isle Grande de la Roche est la même terre qu'Améric Vespuce avait découverte dans son troisième voyage, en 1502. Les géographes des deux derniers siècles avaient donné différentes positions à cette terre de Vespuce, parce qu'ils ne con. naissaient point le journal original de cet ancien navigateur; et, comme elle n'a pas été retrouvée depuis l'époque de sa découverte, les géographes modernes l'ont effacée de dessus les cartes. Cependant, en consultant les lettres originales d'Améric Vespuce, dans lesquelles il rend compte de ses navigations*

* Vita e Lettere di Amerigo Vespucci, raccolte ed illustrate dall' abbate Angelo-Maria Bandini. Firenze, 1745. I vol. in-4°. Voyez aussi Novus Orbis; Basileæ, 1555, in-fol. page 226 et suivantes.

il paraît qu'il n'est pas impossible de fixer, à peu près, la position de la terre qu'il avait découverte en 1502. Il dit, dans le journal de son troisième voyage (page 54 de ses Lettres), qu'étant parti d'un port de la côte du Brésil, situé à 32 degrés de latitude méridionale [ce peut être le port nommé San-Pedro], il navigua au sud-est jusqu'au 52° degré de latitude, où il n'appercevait plus les étoiles de la petite Ourse ni celles de la grande. Il faut observer que Vespuce, en parlant de sa route, n'avait point égard à la déclinaison de l'aiguille aimantée, qui, à l'époque de sa navigation, devait être, dans ces parages, de 19 à 20 degrés vers l'est; et qu'ainsi cette route, qu'il indique au sud-est, doit être regardée comme ayant valu à peu près le sud-sud-est: or, si l'on part de la côte du Brésil à 32 degrés de latitude, pour couper le parallèle de 52a, par la route du sud-sud-est, le point de section se trouve à environ 44 degrés à l'occident de Paris, c'est-à-dire un peu à l'ouest du méridien sur lequel on suppose que peut être l'isle Grande, et à cent quarante lieues environ dans le sud, un peu à l'ouest de cette isle. Vespuce, étant dans cette position, le 3 avril, fut accueilli d'un coup de vent de sud-ouest qui l'obligea de courir à sec : il conserva cette allure jusqu'au 7, qu'il rencontra une terre nouvelle, qu'il côtoya sur un espace de vingt lieues, et qui lui parut devoir être d'un difficile accès, sans port et sans habitans. Les marins conviendront que, sans rien forcer, on

peut supposer que, durant les quatre jours que Vespuce a été poussé dans le nord par un vent de sud-ouest violent, il a pu faire, quoique naviguant à sec, trente-cinq lieues par vingt-quatre heures; et qu'il a dû conséquemment être porté jusqu'au 45° degré de latitude, étant parti de 52 degrés. Ce qui peut donner un grand poids à cette opinion, c'est que Vespuce dit qu'en quittant la nouvelle terre, il s'estimait à treize cents lieues de la côte d'Éthiopie [de Sierra-Leona], où il aborda le 10 mai suivant; et que, pour y parvenir, il dirigea constamment sa route entre le nord et le nord-est: or, Sierra-Leona est au nordnord-est 2 à 3 degrés est de l'isle Grande (suivant sa position dans la carte remise à M. de la Pérouse), et à douze ou treize cents lieues de distance. Au surplus, on ne connaît aucune isle à cette distance de la côte d'Éthiopie, et dans la direction du nord-nord-est et sudsud-ouest, qui puisse présenter une suite non interrompue de vingt lieues de côtes : et comme la véracité de Vespuce sur un fait de cette nature ne peut être suspectée, on doit regarder son témoignage comme une preuve ancienne de l'existence de l'isle Grande, confirmée par le rapport plus récent d'Antoine

de la Roche.

20. Terre ou isle de la Roche, nommée par Cook isle Georgia. La note précédente a fait connaître l'époque et les circonstances de la découverte de cette isle par Antoine de la

Roche: mais la relation que Seixas nous en a conservée n'en indique point la latitude; on sait seulement que pour venir de cette terre à l'isle Grande, que la Roche rencontra à 45 degrés, il avait fait route pendant vingt-quatre heures au nord-ouest, et qu'un vent forcé de la partie du sud l'avait fait_courir pendant trois jours dans le nord. Mais on ne peut douter que la première isle ou terre qu'il découvrit ne soit dans l'est de la terre des États; et cette même isle avait déja été retrouvée, en 1756, par M. Duclos Guyot, avant que le capitaine Cook l'eût reconnue en 1775, et en eût fixé la position.

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M. Duclos Guyot, de Saint-Malo, commandait le vaisseau espagnol le Lion, et revenait de Lima. Il avait doublé le cap de Horn, était rentré dans l'Océan atlantique méridional, et se trouvait dans l'est de la terre des États. « Le 28 juin 1756 (c'est M. Duclos Guyot qui parle), sur les neuf heures du matin, << nous crûmes voir la terre devant nous, quoi« que fort éloignée, paraissant comme des << nuages, et d'une hauteur extraordinaire : << nous faisions route pour lors au nord-nord«<est. Le temps couvert ne nous permit pas « de nous en convaincre n'en soupçonnant << pas d'ailleurs de plus proche que les isles Malouines, qui nous devaient rester dans le << moment, suivant notre estime, à 135 lieues << dans l'ouest-nord-ouest, et nous trouvant à " midi par les 55d 10' de latitude observée, et « 52d 10' de longitude estimée à l'occident du

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« méridien de Paris, nous continuâmes potre << route sans égard à la terre.

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«Le 29, à midi, ayant eu connaissance << d'une petite isle devant nous, nous avons « reviré de bord, et n'avons point trouvé de «<fond avec une ligne de trois cents brasses. << A neuf heures, nous reconnûmes un con<< tinent d'environ vingt-cinq lieues de long « du nord-est au sud-ouest, rempli de mon<< tagnes escarpées, d'un aspect effroyable, et « d'une hauteur si extraordinaire, qu'à peine pouvions-nous en voir les sommets, 'quoiqu'à plus de six lieues de distance : la quantité de neige qui les couvrait, nous a empêchés d'observer si elles sont boisées. Les << observations sur lesquelles nous pouvons << mieux compter, et que nous ayons pu faire (étant pour lors à trois lieues de la petite << isle, qui se trouvait dans le moment à égale « distance de la grande terre), est une anse « très-enfoncée dans ce continent, à environ << huit lieues est et ouest de ladite isle : c'est « le seul endroit qui nous ait paru propre à << être habité; nous pouvions en être à dix << ou onze lieues. Elle nous paraissait d'une grande étendue, tant en longueur qu'en lar<< geur. Il y a à bâbord, à son entrée, dans « l'ouest nord-ouest de nous, une pointe basse, qui est la seule que nous ayons pu remar«quer à son embouchure; elle nous paraissait « détachée de la grande terre; nous pensâmes << même que c'est une isle, ou que, si elle y << est jointe, ce doit être un isthme.

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