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et du mal, où la scélératesse ne fut
pas moins étonnante dans ses discours
que
dans ses œuvres : l'historien seroit-
il exact, s'il se dispensoit du trop pé-

nible devoir de faire aller ensemble la
doctrine et les faits, les paroles et les
actions?

Cependant, pour ne point trop surcharger mon récit, j'ai rejetté dans les notes, tous les passages que je pouvois absolument écarter de mon texte. C'est encore dans ces especes d'hors-d'œuvre, que j'ai renvoyé, par le même motif, quelques anecdotes précieuses, que je croyois devoir conserver pour l'observateur et les curieux ne vou

lant point donner au lecteur ordinaire, qu'elles ne peuvent pas intéresser autant, le désagrément d'être retardé par elles, en parcourant le corps de cet ouvrage. Elles m'ont paru d'autant plus im

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portantes à consigner pour les premiers, qu'étant la plupart, des faits privés où les personnages s'abandonnent à leur caractere, sans contrainte, à l'abri des regards, elles les démasquent entiérement, et fixent sur leur compte, le jugement des contemporains et de la postérité (1).

On peut ajouter la foi la plus entiere à toutes celles que je publie dans cette histoire. Quelques-unes me sont personnelles, et les autres reposent sur des témoignages que je ne saurois révoquer en doute.

(1) Il me reste encore beaucoup d'anecdotes, dont plusieurs pourroient me servir à confondre ceux qui se plaindroient d'avoir été peu menagés dans cette histoire. Mais, réservant ces armes pour d'autres circonstances, je donnerai, dans quelque temps, un recueil de traits qui portent un véritable intérêt, sans avoir l'odieux des personnalités.

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Vrai dans ces moindres choses, je me suis piqué bien plus, de l'être dans les grandes. Les deux années que j'ai sacrifiées à recueillir des matériaux, à les comparer, à les mettre en œuvre, annoncent que je n'ai rien négligé pour obtenir le mérite de l'exactitude; et l'importance, l'authenticité de ces matériaux, me donnent la conscience la plus ferme de ma véracité. Ce que je raconte de plus incroyable, est fondé sur des pieces officielles qui sont entre mes mains: je pourrai en indiquer le dépôt, quand il me sera permis de croire qu'elle s'est totalement éloignée de nous, cette effrayante mode des mesures révolutionnaires, qui n'autorisent que trop les violations et les enle

vemens.

Qu'il me suffise de dire que, par rapport à Lyon, les archives des comi

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tés de la convention, ne renfermoient rien que je n'aie connu. Il n'a pas tenu à Dubois-Crancé que je ne fusse exempt de les consulter en ce qui les concerne, car lui-même nous avoit fourni tous les actes de son procès, dans plus de deux gros volumes, où il a prouvé solemnellement contre Couthon et Maignet, qu'il s'étoit rendu coupable envers Lyon, de toutes les atrocités possibles. En ces temps d'exécrable mémoire, c'étoit un mérite, c'étoit une gloire d'avoir brûlé, saccagé des villes, d'en avoir détruit les habitans par le fer et la flamme. Le soupçon d'avoir négligé, et les fléaux connus, et les fléaux imaginables, pour détruire des français, forçoit le crime à faire parade de tõus

ses attentats.

Dubois donc, ce Dubois, qui a soutenu dans la convention, qu'il falloit,

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aux yeux des aristocrates, avoir mérité la potence, pour être patriote, être patriote, Dubois a démontré qu'il avoit les plus incontestables titres à la bienveillance de nos égorgeurs. L'arbitre suprême de toutes choses a voulu qu'il fournit ainsi lui-même les moyens d'un jugement terrible que, tôt ou tard, la justice, rassise enfin, prononcera contre lui. Cet irrécusable exposé de preuves abominables, que toute autre main que la sienne n'auroit eu, ni le courage, ni peut-être la facilité de recueillir, m'a semblé trop précieux, pour ne pas être cité, de préférence à tout autre monument de sa conduite.

Rien de ce qui pouvoit concourir à la fidélité de mon récit, n'a rebuté l'intrépidité de mes recherches. Toutes les brochures du temps, les papiers publics les plus rares, les journaux des

LYON

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