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nomination de leurs députés aux états-généraux. Dans des assemblées illégalement provoquées par des protestans, ils inculquoient leurs principes, annonçoient leurs espérances particulieres, et se proposoient eux-mêmes pour aller manifester aux états les vœux des Lyonnois.

Les préventions que dès-lors ils avoient inspirées en leur faveur, étoient telles, que l'on rejetta avec dédain, les observations qu'un ami de l'ordre et des loix fit imprimer à ce sujet, parce qu'elles étoient propres à détourner les suffrages qu'ils attiroient avec force (1).

Une autre secte qui, sous des emblêmes ridicules de fraternité et d'égalité, avoit si prodigieusement multiplié ses adeptes, depuis sur-tout que le duc d'Orléans en étoit devenu le grand-maître: la secte des Francs-Maçons acquéroit une puis

(1) Cette brochure est un témoin précieux de l'ambition des protestans en cette rencontre. On la doit à un honnête négociant, nommé Andrieux-Poulet. L'auteur y rappelloit" avec des regrets obligeans, que l'édit de 1787, qui leur accordoit l'état civil, les excluoit formellement des fonctions publiques; et il en concluoit qu'il falloit s'abstenir de nommer des protestans aux états, parce qu'une telle nomination ne pouvoit qu'être une désobéissance attentatoire à l'autorité du législateur. (Assemb, chez les Carmes).

sance qui, loin de contrarier celle des protestans, servoit à généraliser ses vues, à propager son crédit. Une multitude de loges dispersées dans Lyon, et aboutissant à une loge centrale, lesquelles étoient les types et les berceaux des différens clubs et du club central, dont nous serons souvent obligés de parler, préparerent les élections et fournirent les candidats.

L'assemblée générale des trois ordres fut convoquée suivant les formes prescrites par ce mémorable réglement, qui organisa en quelque sorte la révolution. Elle s'annonça, dès la premiere séance, par un ferment d'insurrection qui souleva les nobles, contre la noblesse, les curés contre le clergé, le tiers-état contre lui-même, et chacun des trois ordres contre les deux autres.

Aucun d'eux n'avoit encore pu délibérer validement en particulier; et cependant, par un mouvement généreux, un des plus nouveaux d'entre les nobles s'éleva dans cette premiere assemblée générale, pour faire, au nom de tous, l'abandon de leurs privileges. Les plus prévoyans d'entre eux, renonçant néanmoins de cœur à ces avantages, pensoient, qu'il valoit mieux réserver la solemnité de ce sacrifice pour servir d'olivier de paix à la premiere contestation; mais ce jeune

noble, appellé Deschamps, jurisconsulte estimé, étoit lancé par la fougue révolutionnaire des écrits publics et des conseils privés de son ami Servan, l'ancien avocat-général du parlement de Dauphiné (1). Il brusqua les bienséances; et la renonciation fut faite par celui qui avoit le moins de droits pour la faire.

Cet abandon trop prématuré pour pouvoir être

(1) Frere de ce général Servan, qui fut ministre avec Rolland. Cet ex-magistrat parut chargé d'activer à Lyon la révolution par ses écrits. C'étoit sous l'anonyme qu'il les publioit; mais Brissot, dans son journal, se hâtoit de le nommer, en les annonçant avec éloge. Servan donna, comme Syeyes, un Catéchisme du tiers-état; et il le surpassa. Son pamphlet le plus remarquable, par les provocations révolutionnaires qu'il renfermoit, fut une Adresse aux amis de la paix, dans laquelle, entre autres choses, il prêchoit ardemment la formation des clubs. Deux mois après, il chanta la palinodie dans un petit Supplément à Adresse, qu'il n'avoua point aux patriotes. Il le renia même en face de Challier, qui vint chez lui pour l'interpeller à ce sujet. Ce n'étoit que pour un certain ordre de gens, qu'il disoit, dans ce Supplément, que « l'autorité du " roi étoit méconnue, la religion ébranlée, le crime sans ,, frein: qu'il falloit pleurer sur les ruines de la patrie, ,, en attendant une nouvelle législature". L'Adresse avoit paru vers la fin de 1789, et le Supplément fut donné au commencement de 1790.

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préva, fut un piege embarrassant pour le clergé, que le tiers alloit accuser de n'avoir pas donné le premier exemple du désintéressement. Mais les ecclésiastiques en devinrent spontanément à l'envi les imitateurs, avec le regret d'avoir été dévancé; et le reproche n'eut pas lieu.

Cette émulation de générosité, commandée par les conjonctures, électrisa même cette portion du tiers-état qui possédoit certaines immunités, particulieres aux bourgeois de Lyon. Il n'en étoit pas une dans tout l'arrondissement de la sénéchaussée, dont le sacrifice ne se fît au bonheur du peuple, au salut de la patrie.

que

Les trois ordres retirés ensuite dans leurs chambres respectives, y furent agités de l'orage soufflé par la seule faction qui subsistoit alors (1). Ce leur tourmente eut de singulier, ce que leurs excitateurs firent d'incompréhensible, ce que leurs doléances eurent d'étonnant, s'est expliqué depuis, dans l'entier développement de cette faction, alors encore voilée aux yeux des Lyonnois. Seulement ils sentoient que Necker maîtrisoit les assemblées de la noblesse, et du clergé, comme celle du tiers. Il y étoit la divinité toujours pré

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(1) Voy. Hist. de la conjuration d'Orléans.

sente; et quand une difficulté majeure s'élevoit, c'étoit, non au roi, non à son conseil, mais à Necker personnellement qu'on demandoit une décision; et Necker prononçoit, de son autorité privée. Les cahiers porterent l'empreinte de son esprit on remarqua dans ceux de la noblesse, peu de respect pour les biens du clergé; et dans les cahiers du clergé, peu de véritable zele pour la religion dominante (1).

(1) En demandant (p. 15 des cah. de la nobl.), qu'à la dette publique fussent ajoutées toutes les dettes contractées par les villes, corps, compagnies et corporations, pour prêts, ou dons versés au trésor royal, la noblesse déclare, ne point entendre la dette du clergé sous la désignation de dette de corps, etc.,

Les cahiers du clergé (p. 9), parlent de la nécessité de la religion en général; et à la suite de plusieurs phrases entortillées, ils disent légèrement que le culte public doit " être exclusivement réservé à la religion catholique,

apost., etc. L'addition de ces mots : Apost. et romaine ne s'obtint pas sans peine et sans débats de ceux qui avoient rédigé les cahiers.

On trouve dans leur préambule, cette assertion jusqu'alors inouie : C'est du corps de la nation que le clergé a reçu ses biens. L'abbé Lachapelle, qui eut le plus de part à la rédaction des cahiers du clergé, étoit ami des jansénistes et des économistes.

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