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niers succès des sans-culottes, s'irritoient de leurs revers précédens, dans la ville de Lyon que les modérés et les girondins venoient de leur disputer avec avantage. Collot-d'Herbois, qui travaillera si atrocement à sa ruine, en montroit déja le féroce desir dans la tribune des Jacobins. Il exigeoit que Tallien, imbu du fiel et des calomnies dont Challier et Laussel avoient inondé le comité de sûreté générale, duquel il étoit membre, appuyât sa virulente diatribe. Tallien le servit à souhait il récita leurs perfides mensonges, et promit de faire le lendemain, un rapport à la convention, pour qu'elle envoyât à Lyon des commissaires jacobins, munis de grands pouvoirs. "Eh bien ! reprit Collot satisfait, nous nous réu-· ,, nirons à la montagne, pour forcer cette mesure ,, et faire approuver la municipalité, à qui nous ,, avons conseillé nous-mêmes les visites domici,,liaires : si elle étoit coupable, je serois son ", complice (1) "".

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Dubois-Crancé, qui assiégera bientôt Lyon, présidoit la convention: sur quoi il est à remarquer que ces deux ennemis si terribles à notre ville, avoient paru dès-lors au premier rang, dans ce qui se tramoit de funeste contre elle. A cette époque,

(1) Séance des Jacobins, 24 fév.

Tome I. Hist. de Lyon.

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où les Cordeliers, sous la direction de Danton et de Marat, faisoient, à l'aide des Jacobins, les derniers efforts, à Paris, en faveur de d'Orléans; où ils remettoient en usage le puissant ressort de la rareté des subsistances; où Marat prêchoit le pillage, le meurtre, et demandoit un dictateur; où les magasins d'épiceries étoient dévastés; où la convention recevoit des pétitionnaires qui venoient justifier le brigandage des pillards : le cordelier Tallien vint y prononcer avec emphase de sottes calomnies contre Lyon (1). Servile écho de Challier et de Laussel, il répéta toutes leurs dénonciations, et conclut par dire que cette ville étoit en pleine contre-révolution, sous la direction du négociant Niviere. L'absurdité de ces assertions en ayant fait soupçonner la fausseté, quelques membres demanderent l'impression des procès-verbaux; mais Albitte, Duhem et Legendre écarterent avec force cette demande : ainsi la montagne, suivant sa promesse, ne manqua pas d'appuyer le rapporteur. Néanmoins il ne put obtenir qu'on approuveroit formellement la municipalité conspiratrice; on se contenta de décréter que deux bataillons de Marseillois seroient envoyés pour réduire les contre

(1) Séance de la conv. 25 fév.

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3, révolutionnaires de Lyon,,; que trois commissaires iroient les diriger, et qu'ils seroient revêtus de pouvoirs assez amples pour requérir, à leur gré, toute l'armée des Alpes, dont Kellermann étoit le chef. Ainsi dès-lors se manifesta bien ouvertement l'intention de mettre les troupes de ce général en possession de la cité.

En ce temps-là, les Cordeliers faisoient les derniers efforts pour que d'Orléans fût proclamé dictateur, ou lieutenant- général de la république'; et ils se croyoient près du triomphe, lorsque Robespierre, qui avoit l'air de les seconder, résolut de faire tourner à son profit, la grande influence qu'il avoit acquise sur la populace, en servant leur parti. Il lutta contre eux, à force de ruses, pendant plusieurs jours; et ce fut le 10 mars, comme on sait, qu'il déjoua les derniereś espérances que d'Orléans avoit d'atteindre au pou

voir suprême,

Cependant, afin de pousser Lyon à concourir au triomphe de celui-ci, Tallien y avoit fait envoyer pour commissaires. deux ardens cordeliers, Basire et Legendre, auxquels on avoit adjoint Rovere. Ils étoient partis, munis de toutes les pieces qué le comité de sûreté générale avoit pu leur fournir en faveur des clubistes et de la municipalité qu'il

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importoit de s'attacher par une protection aveugle envers et contre tous. Delà sans doute, jusqu'après le 10 mars, leur opiniâtre constance sécuter quiconque avoit pu la contrarier, quiconque osoit s'en plaindre.

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De ces trois commissaires, dont l'approche n'inspiroit aucune confiance aux bons Lyonnois, il en étoit un dont le nom seul les faisoit déja frissonner d'horreur; c'étoit ce boucher Legendre qui ne devoit son entrée à la convention qu'à l'impulsion donnée par la septembrisation parisienne; ce Legendre qui s'étoit distingué dans toutes les émeutes où d'Orléans avoit voulu faire égorger Louis XVI par la populace; ce Legendre qui avoit osé demander à dépécer son corps vivant en 84 morceaux, pour le distribuer aux 84 départemens, et qui eût voulu présenter à la convention le cœur palpitant de ce monarque, avec les mains sanglantes qui le lui auroient arraché; ce Legendre enfin, à l'énergie de qui Tallien avoit une entiere confiance (1).

Pour augmenter, ce semble, l'effroi que sa réputation inspiroit d'avance, il avoit voulu emmener un spadassin à larges moustaches que le parti lui avoit donné pour licteur.

(1) Séance des Jacobins, 24 fév.

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Ce licteur se montra avant les commissaires dans Lyon, comme pour les Y faire précéder par la terreur. Vêtu d'un costume grotesque, chargé d'un 'long sabre, armé de plusieurs pistolets, il ajoutoit à l'hideux de ses moustaches, la fureur de ses regards; et sa bouche haletoit le sang humain car il se vantoit hautement d'avoir déchiré madame de Lamballe, et il se promettoit de réduire bientôt les Lyonnois. D'affreux souvenirs viennent alors multiplier les alarmes : on se rappelle cet homme à grande barbe, qui, dégoûtant de sang, une hache ensanglantée sur l'épaule, précédoit les assassins de Versailles, revenant à Paris, le 6 octobre 1789, escorté des têtes qu'il avoit coupées; et l'on croit voir le même antropophage dans le licteur aux larges moustaches. Il court les rues pour menacer les citoyens; il entre dans les cafés pour y engager des querelles; il ne manque pas d'aller au spectacle pour braver le public avec plus d'insolence. Il s'établit pour cela dans la loge de la municipalité, d'où il fond sur les spectateurs, le pistolet en main, quand il entend qu'on murmure de son audace.

La conduite des commissaires sembla répondre à celle de ce farouche précurseur. Dès le lendemain de leur arrivée (3 mars), ils donnerent à

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