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certificats de civisme; et l'on se promettoit bien de ne pas leur en accorder (1).

Enfin, Challier se croyant près d'inonder la ville de sang, se mit à courir les rues, en criant à ses patriotes: Il est temps de mettre des bor,, nes à votre clémence.... Vos ennemis ont juré ,, d'égorger jusqu'à vos enfans à la mamelle.....

Aux armes, aux armes!... Il faut obtenir la ,, victoire, ou s'ensevelir sous des ruines ensan,, glantées,,.

Telle étoit la certitude que les scélérats avoient d'obtenir l'approbation de leur tribunal de sang, qu'ils en parloient, comme s'il fût déja confirmé par un décret. La consternation et le découragement des citoyens permettoit-il de croire que cette horrible invention pût ne point l'être? Ne sembloit-il pas, en effet, qu'à moins d'un prodige, les espérances des assassins ne pouvoient que se réaliser bientôt? Un jeune énergumene, nommé Théophile Leclerc (2), député du comité de

(1) Lettre d'Albitte, datée : Chambéry, 18 mai, où il dit encore: Hâtez la fabrication de vos piques et leur distribution. Hâtez-vous de mettre à exécution l'important , arrêté. H. et P., N°. LXXVII.

(2) Ce jeune tigre, né à Montbrison, appellé par Bertrand, jeune Spartiate, étoit le messager et l'orateur des Jacobins de Lyon, auprès de ceux de Paris. On voit dans

salut public lyonnois aux Jacobins de Paris, s'y agitoit avec fureur depuis plusieurs jours. Le 12 mai, sa rage, augmentée, ne pensoit même plus que le tribunal révolutionnaire fût une mesure suffisante; il demandoit un moyen d'anéantir d'un seul coup, tous ceux qu'il appelloit les ennemis du peuple. Quand les magistrats " sont corrompus, ajoutoit-il, le peuple ne doit , avoir de ressource que dans son courage.. "Peuple, tu souffres la misere!.... établis le ma

chiavélisme populaire. Faisons disparoître de , la surface de la terre, tout ce qu'il y a d'impur: sans cela, nous ne serons que des enfans. . . . ɔɔ On me traitera sans doute de brigand; mais je "sais me mettre au-dessus de la calomnie, en

exterminant les calomniateurs........ Dût-on m'ap "peller mille fois brigand: je jure, foi de bri

gand, de ne voter jamais de pétition que le , fer à la main". Cette harangue enchantoit les

tes journaux des Jacobins et de la Montagne, beaucoup de ses frénétiques harangues. Cusset disoit de lui aux sans-culottes Lyonnois: Il a des talens, peut-être trop pour ,, vous ". (4 mai). H. et P., N°. LXXIV. Le lendemain de sa harangue du 8, aux Jacobins, Leclerc écrivoit à Challier:

De la promptitude; sous peu je suis à Lyon, et la patrie 9 est sauvée 19. Hbid, No. LXXVIII.

J

Jacobins; Bentabolle, président, en témoignoit leur satisfaction à l'orateur, par une affectueuse acolade qu'il le chargeoit de transmettre à ceux au nom desquels il avoit parlé. Et, comme Leclerc alloit retourner à Lyon, afin d'y faire agir dans le sens du 31 mai, qui se préparoit, Bentabolle assura les Jacobins que ce jeune énergumene leur seroit d'un grand secours en cette 95 ville (1) 5.

Mais sa formidable harangue, dont ils étoient ravis, fut répétée d'une maniere contraire à leurs vues, par un écho ennemi, dans l'enceinte de la convention. Les girondistes qui y dominoient momentanément alors, en prirent de la force et de l'audace contre eux. Chasset fit valoir, en faveur de sa faction, toute l'horreur de cet effrayant discours. En présentant adroitement dans une même perspective, le péril des Lyonnois, le danger de lá patrie, l'espérance des cannibales, il souleva tout ce qui n'étoit pas jacobin, contre ce tribunal sanguinaire, dont la faction opposée. vouloit s'armer à Lyon, comme elle l'avoit déja fait à Paris; et la convention décréta, sur sa proposition, que ce tribunal, déja clandestinement

(1) Séance des Jacobins, du 12 mai.

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formé, seroit suspendu et que les citoyens de Lyon seroient autorisés à repousser la force par ,, la force (1) ".

Ce décret, dont l'intention fût alors si favorablement jugée dans cette ville, par quiconque frémissoit de peur, ou brûloit de résister, n'étoit qu'une ruse des girondistes pour détourner les coups que le jacobinisme leur portoit à Paris. Ils firent attaquer à Lyon, leur ennemi, pour affoiblir par cette distraction, la confiance qu'il avoit en ses forces; et les Lyonnois ne furent autorisés à combattre les suppôts des Jacobins, que pour l'intérêt du girondisme. La faction qui les incita à combattre son ennemie, l'eût-elle fait dans d'autres occasions, où le combat des Lyonnois auroit pu ne favoriser que leurs sentimens particuliers et leurs intérêts propres ? Eh! n'a-t-on pas vu depuis, ce même girondisme qui les arma contre les brigands, quand il voulut l'emporter sur eux, se servir des mêmes brigands, pour asservir Lyon à, sa tyrannie?

Ce ne sont donc plus ici des royalistes contre les patriotes; ce sont les factieux divisés qui en viennent aux mains, en criant de concert: Vive la république. Aussi remarque-t-on que (1) Séance du 15 mai.

l'espece d'aristocrates proscrits alors par le jacobin Challier sont les partisans de Rolland et de Brissot, à la tête desquels marche le département, devenu totalement girondin (1): tandis que la municipalité, complétement jacobinisée (2), sert de point de ralliement à tous les anarchistes. Les girondistes et les jacobins engagent seuls le combat ; et comme les premiers parlent d'ordre et d'humanité, tandis que les seconds ne respirent que désordre et carnage, la masse des citoyens, exaspérée de tant d'anarchie, se livre à l'impulsion donnée contre les brigands, par les girondistes. Les systêmes politiques s'éloignent de la multitude, qui, ne voyant plus l'ordre dont ils avoient besoin, que dans des loix et la possibilité des loix, que dans la république qu'on lui donnoit, l'acceptoit réellement de bonne foi. C'est pour cela, que, dans ce qui va suivre, je perds un instant de vue, l'esprit des factions qui sont aux prises, pour ne voir que de braves gens en guerre ouverte avec la scélératesse.

(1) Par la retraite de Grandchamp et autres, notés comme patriotes par Challier: et qui furent remplacés par

des amis de Chasset.

(2) Depuis la démission de Niviere, ses collegues rollandins avoient quitté l'écharpe municipale.

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