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La même influence dirigea le choix des députés dans chaque ordre; la majeure partie d'entre eux montroit des dispositions formelles de dévouement, et l'autre n'en annonçoit presque point de résistance. Milanois et Périsse, illuminés Martinistes; Couderc, l'un des coriphées de la secte protestante; l'abbé Charrier, devenu le champion du jansénisme, marcherent en tête de la députation lyonnoise, dans laquelle on distinguoit encore d'autres maçons, un noble ouvertement économiste, l'avocat Deschamps, dont nous avons parlé, et le célebre avocat Bergasse (1).

(1) Liste complette de cette députation.

:

Pour le clergé l'abbé de Castellas, doyen du chapitre des comtes de Lyon; Mayet, curé de Rochetaillée; Flachat, curé de N. D. de St. Chamont; et Charrier de la Roche, prévôt du chapitre noble d'Ainay, curé de la paroisse du même nom.

Pour la noblesse: le marquis de Montdor et le marquis de Loras; MM. Boisse et Deschamps.

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Pour le tiers-état de la ville: Perisse Duluc, libraire, rollandin des plus déterminé ; Milanois, ancien avocat du roi en la sénéchaussée, orateur enthousiaste de la loge des Martinistes; Couderc, banquier, calviniste des plus subtils et des plus riches; et Goudard, négociant.

Pour le tiers état de la campagne : Girerd; Bergasse; Durand et Trouillet.

Dès-lors Lyon se trouva placé sur une fermen tation sourde qui éclata d'une maniere effrayante à la nouvelle de la réunion des trois ordres aux états généraux. L'historien de la conjuration d'Orléans remarque (1), que ce fut à la place Dauphine, habitée de préférence par les protes tans de Paris, que les premieres explosions populaires eurent lieu dans la capitale; nous remarquerons de notre côté, qu'à Lyon, ce fut des rues où les plus puissans d'entre eux demeuroient, que partit le mouvement qui, le soir du jour où l'on appritcette réunion, répandit dans la ville une multitude d'ouvriers, de femmes et d'enfans, enivrés, ordonnant aux citoyens d'illuminer, jettant des pierres aux fenêtres de ceux qui n'obéissoient pas, et vomissant des imprécations singulieres par leur nouveauté. Jusqu'alors les odieuses qualifications d'aristocrates et de calottins n'avoient pas été seulement balbutiées par cette populace, qui paroissoit animée d'une fureur qu'aucun mécontentement particulier ne pouvoit lui rendre personnelle. Et cependant elle proféroit les nouveaux anathêmes avec une facilité qui seroit incompréhensible, si

(1) Voyez l'Hist. de cette conjuration, tom. I, pag. 168, à l'occasion du rappel de Necker.

l'on

l'on ne suppose pas qu'elle avoit eu des maîtres; car on peut la comparer à cette Pythonisse, qui n'entroit en délire, et n'étonnoit par ses discours que lorsque le trépied, couvert de la peau du serpent, enflammoit ses esprits.

Cet événement de la réunion qui causa une joie si délirante, entraîna la dissolution de l'autorité consulaire qui régissoit Lyon, depuis un temps immémorial. Elle disparut devant un comité, composé tout-à-coup de commissaires des trois ordres, qui s'empara des affaires publiques, et s'établit à sa place, dans l'hôtel de ville. Leur in expérience eut besoin de permettre un reste de vie -au consulat; ils en appellerent le principal échevin à leurs séances, et laisserent la police à l'an-cien commissaire. Mais l'un et l'autre trouverent plus de mortifications qu'ils ne rendirent de services, dans des fonctions qu'on ne leur laissoit qu'avec défiance.

Ce nouveau corps administratif, soit par son impéritie en des circonstances aussi critiques, soit par l'effet de sa composition hétérogene, soit par celui de sa volonté, sembloit lâcher la bride aux irruptions populaires. Elles éclaterent avec les cris de liberté, d'égalité, dans le temps même que Mirabeau tonnoit à Versailles, pour que le roi Tome I. Hist. de Lyon.

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renvoyât les troupes dont il s'étoit environné; dans le temps même que l'on agitoit les bourgeois

de Paris, par la crainte de brigands supposés; et qu'on répandoit dans les campagnes, l'ordre de brûler des châteaux. Les barrieres de Lyon furent alors incendiées par des bandits inconnus, si acharnés, qu'on ne pût les empêcher de consommer leur entreprise, et si heureux qu'on n'en découvrit aucun.

Cet incendie fut une traînée de poudre qui sembla mettre le feu aux châteaux du Dauphiné, dans le voisinage de Lyon. En se promenant sur les quais de la ville, on voyoit toute en flammes, la partie de cette province qui y touche. Les Lyon-nois, émus par cet affreux spectacle, le furent bien davantage par les cris de désespoir que poussoient vers eux, les propriétaires et les principaux habitans de ce pays ainsi désolé. La jeunesse de Lyon prit les armes; et, guidée par des citoyens, négocians pour la plupart, elle alla donner la chasse aux incendiaires. Elle en arrêta quelquesuns, et elle sauva ce que leur torche n'avoit pas encore dévoré.

Cette action mémorable devint, aux yeux de la faction qui commandoit ces forfaits, un premier titre à sa haine contre les Lyonnois; et les

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chefs de cette expédition furent dès-lors notés par la malveillance. On ne leur pardonna pas sur-tout d'avoir livré à la justice deux coupables, qu'elle avoit fait pendre sur les lieux du délit.

Alors la justice, encore exempte des altérations qu'elle a subies depuis, n'avoit point déposé la sévérité de l'ancienne jurisprudence contre de tels crimes. Elle ne connoissoit point encore cette indulgence pour certains attentats, commandés et payés, que l'innovation des intentions révolutionnaires a fait absoudre, dans des temps postérieurs. Le monstre qui voulut, sur, la personne d'un soldat du régiment suisse de Sonnenberg, alors caserné à Lyon, donner le signal d'un massacre semblable à celui des Foulon, Berthier et Flesselles, n'échappa point à la rigueur des loix, malgré la confiance qu'il en avoit. Il expia sur la roue, cet assassinat dont les détails, tout horribles qu'ils sont, ne sauroient être indifférens à l'observateur.

Ce régiment inébranlable dans son amour de l'ordre, imprimoit trop de contrainte aux scélérats pour qu'ils ne fussent pas irrités contre lui. Mais n'osant l'attaquer en corps, ils chercherent à s'en venger sur des soldats, pris isolément. L'un de ces militaires est assailli par quelques brigands dans la promenade Perrache

il se de

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