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ront jamais; et l'on verra des ecclésiastiques dans celles des phalanges, dont la pétulance ne pourra se contenir (1). Le reste des habitans va travailler à la construction des redoutes qui, sous la direction de l'ingénieux Chenelette, lyonnois, ancien officier d'artillerie, s'élevent presque soudainement, comme autant de chefs-d'œuvre de l'art des fortifications. L'habile fondeur Schmitt met l'airain en fusion pour multiplier les bouches qui doivent vomir le tonnerre contre l'ennemi : deux fonderies y travaillent sans cesse. Les chevaux de toute espece, que le riche abandonne, servent à composer une cavalerie; l'artillerie trouve des voituriers qui consacrent les leurs à son service. L'enthousiasme général enfante des prodiges: on votera bientôt unanimement dans les sections, l'établissement d'une caisse militaire, pour la formation de laquelle chacun s'empressera de payer la somme à laquelle on l'aura taxé; chacun à l'envi consentira bientôt à la création prévoyante d'une monnoie obsidionale, en papier hypothéqué sur toutes les fortunes particulieres; la bonne foi pu

:

(1) Témoin Benoît Nizier Servier, ci-devant curé de St.-Georges, et depuis, premier vicaire de l'évêque Lamourette, qui servit comme quartier-maître : il a été fusillé après. le siege. On en pourroit nommer beaucoup d'autres.

blique lui donnera le crédit le plus certain et le plus invariable.

L'ardeur guerriere des Lyonnois ne se contenoit dėja plus dans l'enceinte de leur ville et de leur territoire. Ils virent bientôt où ils pouvoient porter plus utilement ce feu qui s'échappoit de sa sphere. S'assurer des lieux propres à faciliter les approvisionnemens, en tenant l'ennemi éloigné, devoit entrer dans les premiers plans de leur tactique. Les villes de Saint-Etienne et de Mont-Brison leur offroient ce double avantage. La premiere, où ils pouvoient s'emparer d'un'ample dépôt d'armes, appelloit d'ailleurs leur présence, pour un mouvement séditieux, dont il leur importoit de maîtriser l'effervescence: La seconde les attiroit par une conformité de sentimens antianarchiques et d'inclinations martiales, que leur exemple avoit aiguillonnées. Freres des Lyonnois pour la valeur, exaspérés par des vexations du même genre, les Mont-Brisonnois ne différoient d'eux que par un républicanisme moins sincere. Saint-Etienne, qui ouvroit l'entrée du Velay, fut bientôt occupé par une petite troupe lyonnoise; et Mont-Brison, la clef de l'Auvergne, vit arriver dans ses murs, un certain nombre de cavaliers lyonnois auxquels tous les braves habitans de cette ville furent bientôt réunis:

Voilà les hommes que l'oppression jacobite qualifia de rebelles à la volonté nationale, dans la vue de soulever contre eux, cette classe immense qui, crédule et barbare, ne veut que des calomnies et des mots pour se livrer à sa férocité naturelle. Combien cette dénomination idût être efficace contre une ville opulente, que la rapacité du brigandage convoitoit dans ce temps affreux, où la révolution n'étoit plus que l'invasion sanglante des propriétés

Les Lyonnois ne sont donc pas seulement des fédéralistes, des aristocrates, ce sont des rebelles, contre lesquels on pousse la masse écrasante d'un peuple dévastateur. Eh! de quels noms appellerai je ceux qui viennent ravager leur malheureuse cité? Que furent-elles, sinon des hordes de barbares, la plupart des troupes qui vinrent camper sous ses murs? Je dis : la plupart; car je sais qu'il y eut de vrais guerriers qui, forcés de se rendre auprès d'elles, s'y conduisirent bien différemment de cette tourbe féroce, que l'Attila de Lyon fit servir à ses fureurs. Non, les Huns et les Vandales, qui désolerent autrefois la France, furent moins barbares que ces Français dénaturés qui nés de son sein, ont porté de nos jours, la torche et le glaive dans sa ville la plus intéressanté. La

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qualification de brigands sembloit la plus propre aux Lyonnois pour désigner alors ces ennemis; mais cette dénomination partoit d'une force d'indignation, dont le calme de l'histoire exige que je m'abstienne. L'historien sage et fidele, environné de modération, n'est point comme ce combattant irrité, qui s'exprime avec fureur, dans le feu du combat. Je ne veux rien outrer; mais barbare est le nom, dont la vérité la plus indulgente ne peut s'empêcher de flétrir les assiégeans; et si celui de crancéens, qui leur fut encore donné par les assiégés, n'est que le synonyme de celui de barbares, je consens à les appeller aussi de ce nom, dans la suite de mon ouvrage.

Barbarus, heu, Cineres insistet victor et urbem

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