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La faction qui souffloit ces turbulentes erreurs; en espéroit bien plus d'effets qu'elle n'en obtint; et en cela, elle se fondoit sur la réputation que le peuple Lyonnois avoit toujours eue d'être prompt à se révolter; elle se reposoit sur la preuve qu'elle s'en étoit fournie, quelque temps avant la révolution. Les incompréhensibles émeutes de tous les ouvriers en soie et chapeliers, réunis, qui l'avoient précédée, avoient eu pour chefs, des hommes arrivés récemment de Paris (1) comme toutes celles qui ont éclaté depuis. Les tacticiens de la faction s'apperçurent bientôt que cette sorte de penchant à l'insurrection dans un peuple, qui n'en connoissoit d'autres mobiles que ses besoins et ses salaires, ne pouvoit être poussé par des spéculations politiques, à des excès inhumains, aussi aisément qu'on l'avoit

cru.

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Leurs manœuvres pourtant ne furent pas tou

(1) Celle de 1787, entre autres, avoit eu pour excitateur et pour guide, le fameux Sauvage, connu à Paris pour un séditieux de profession. I en étoit venu tout nouvellement; et sans être, ni Lyonnois, ni ouvrier, il s'étoit trouvé néanmoins à la tête des insurgés. Il fut arrêté et condamné au supplice de la corde..

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jours infructueuses; car, aux approches de la formation de la premiere municipalité, ils parvinrent à faire massacrer les citoyens, les uns par les autres. Le dimanche, 7 février 1790, on voyoit, dès le matin, une agitation sinistre dont on n'ignoroit pas le but. Le comité ne prenoit point les mesures nécessaires pour en prévenir les suites. Ce qui restoit encore de l'autorité consulaire, ne sachant plus jusqu'où pouvoit aller son pouvoir expirant, l'échevin Imbert, en qui elle s'évanouissoit, ne donna que des ordres tardifs. L'arsenal étoit menacé de pillage; et lorsque la garde nationale, composée de ces mêmes jeunes gens qui avoient dispersé la horde incen diaire du Dauphiné, marcha pour le défendre, ils furent attaqués par une populace ameutée contre eux. Un de leurs bataillons osa tirer; elle fondit sur lui, massacra plusieurs de ceux qui le composoient, et força le reste de la troupe à se cather. L'arsenal fut si librement dévasté, que de bons citoyens se mêlerent sans inconvénient aux insurgés, pour enlever des armes, dans le dessein cle les conserver et de les rendre. Le pillage que les factieux avoient voulu, se faisoit; ils étoient contens.

Ce fut en cette occasion que prit naissance un

mot nouveau d'injure, qui devint, comme il arrive dans toutes les révolutions, le titre de gloire et de ralliement du parti auquel ses ennemis le donnent. Comme les soldats de cette premiere garde nationale étoient, pour la plupart, de jeunes négocians ou praticiens, proprement vêtus, et peut-être un peu parfumés, le peuple qui les crut musqués, les appella muscadins. Expression, dont ensuite les jeunes Lyonnois tirerent vanité, avec bien plus de raison que les infâmes anarchistes de notre temps ne se sont glorifiés de la dénomination de sans-culottes, que le mépris leur avoit donnée.

Il faut rapporter à cette époque, l'affoiblissement de cet enthousiasme de révolution, appellé patriotisme, que tous les Lyonnois avoient éprouvé, dès le commencement. Les insurrections prenoient un caractere allarmant pour les fortunes et pour la vie des citoyens les plus considérés. Ce ne parut plus être que le soulevement d'un homicide brigandage contre les négocians et les propriétaires. Et comme ces mouvemens, imprimés par des factieux, se confondoient avec ceux de la révolution, elle parut coupable elle-même, aux yeux des Lyonnois, des attentats commis et projettés sous ses auspices. Le titre de patriote

étant exclusivement revendiqué par des scélérats, les gens honnêtes ne le regarderent plus que comme un surnom déshonorant; et l'on commença, dans la capitale, à se plaindre de ce que Lyon n'avoit point assez de patriotisme.

LIVRE II.

Début de Rolland et de son épouse dans la lice des révolutionnaires. Premiere municipalité. Fédérations solemnelles. Projet de contre-révolution, découvert. Journalistes de Lyon. Laussel commente sa mission d'anarchie et de sang. Naissance des clubs. Formation du club central. Notice historique sur Challier: Vitet devient maire. Premieres actions remarquables de son ami Niviere, officier municipal. Multiplication des agens de la faction d'Orléans. Massacre de Guillin. Persécution des prêtres et de leurs prosélytes. Querelles ecclésiastiques. Arrivée de l'évêque Lamourette. Députation à la seconde assemblée nationale. Premieres vexations de la municipalité envers les citoyens.

ALORS commençoit à se montrer dans l'arene

des intrigans, un homme ardent, cynique, tracassier, opiniâtre, hypocrite, impie et féroce, avec une ambition qu'excitoit une femme, bien plus adroite que lui pour l'intrigue je veux parler. de Rolland et de son épouse, devenus assez célebres pour que le lecteur me sache gré de lui

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