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pagneux, d'être payés par les rollandins (1):

Le successeur de Champagneux fut un prêtre, sorti de la congrégation des Doctrinaires, nommé Laussel, qui devint ensuite l'ami de Challier et le protégé de Marat. Arrivé de Gascogne, quelque temps auparavant, il avoit surpris la confiance du conseil de l'archevêque de Lyon, qui ne tarda pas à l'expulser du poste où il l'avoit placé. Repoussé avec mépris de tout le monde, cet homme, vivant avec une fille qu'il appelloit sa sœur, et qu'il épousa, deux ans après, sur la place même des Terreaux, pour donner authentiquement le scandale nouveau du sacrilege et de l'inceste réunis : cet homme abominable déshonoroit la révolution par ses écrits, comme il avoit déshonoré son état par ses mœurs. Rien de plus incendiaire, de plus altéré de sang, de plus dégoûtant d'ordures, que les feuilles du journal

(1) Il avoit pour collaborateur, un ministre des protestans de Lyon, Frossard, confident intime et coopérateur zélé de Rolland, associé et correspondant de la funeste société des Amis des Noirs, en Angleterre des ouvrages de laquelle il venoit de répandre une traduction compilatoire, sous un titre nouveau, qui déféroit la cause des Noirs au tribunal de la raison, de la morale et de la religion,

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qu'il donnoit, sous le nom de Carrier, qui en étoit l'entrepreneur. C'étoit chaque jour, une nouvelle invitation au meurtre; il ne parloit que

d'éven

"trer de livrer les cadavres aux sinistres cor"beaux: de mettre les boyaux en bandouillere: ,, de boire dans les crânes. En désignant les personnes qu'il vouloit immoler, il crioit sans cesse: Des piques! citoyens, des piques; marquant, par des points d'admiration renversés, l'usage qu'il falloit en faire. Ces signes ¡¡¡¡, qu'il multiplioit, indiquoient assez visiblement qu'elles serviroient à porter les têtes qu'il vouloit faire abattre.

C'étoit un prêtre apostat qui pressoit le peuple de se munir de piques ; et c'étoit un autre prêtre renégat qui travailloit le plus efficacement à remplir les vœux de Laussel. Un bas normand, nommé Bottin, qui depuis plusieurs années, s'étoit emparé, par permutation, de la cure de St. Just, rassembloit, en un club, les crapuleux ouvriers et les nombreuses mégeres, dont sa paroisse abondoit. Là, après plusieurs exhortations incendiaires, il fit à ces femmes, une distribution de piques, pour la fabrication desquelles il n'avoit pas rougi de quêter des fonds, auprès des gens même contre qui elles devoient servir,

Ici le lecteur commencera de faire une obser vation qui lui reviendra souvent à l'esprit, dans le cours de cette histoire. C'est que la plupart des scélérats qui mirent en fermentation la lie de la cité Lyonnoise, ou qui s'y distinguerent par de grands forfaits, n'étoient point nés dans ses murs. C'étoient de ces êtres qui, forcés par le besoin ou la diffamation, de quitter leur pays natal, avoient été attirés dans cette ville, par les ressources diverses qu'elle offroit; ou bien c'étoient de ces émissaires que la faction d'alors vomissoit dans les communes les plus populeuses.

Pour être secondée dans la propagation de ses principes révolutionnaires à Lyon, elle y avoit déja formé une société d'amis de la constitution, dont la conduite devoit correspondre avec celle du club Breton, qui faisoit à Paris les principaux efforts, en faveur de cette faction. Mais la société de Lyon n'étoit qu'un vain simulacre de ce club principal. Excepté quelques initiés qu'elle renfermoit, la majeure partie de ses membres étoient des procureurs, des notaires, qui s'y étoient enrôlés, dans la vue de détourner par-là, certaines réformes qu'ils voùloient écarter de leur état. Le reste étoit composé d'ambitieux, qui, par cette association, se croyoient dans la pépiniere des législateurs à venir.

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Cette inerte et molle société, avec le ridicule académicisme qu'elle étaloit, ne remplissoit pas les intentions des factieux. Ils la dissiperent, et s'agiterent pour en rassembler une autre, plus active et plus utile. Par-tout où la curiosité populaire pouvoit les entourer, ils s'établissoient: à la maniere de ces empyriques, qui appellent le peuple sur les places, pour lui distribuer du poison. Ainsi parurent, dans l'église des Jacobins, l'orfevre Perret, et quelques autres saltimbanques révolutionnaires, dont ces parades insurrectionnelles finirent par attirer la populace à leurs grandes séances de la vaste loge maçonique de Pilata. Là elle étoit endoctrinée par le médecin Gelibert, le chirurgien Carret, le prédicant Frossard, par Rolland lui-même. Mais Laussel surpassa tous ces discoureurs par son journal.

Ses feuilles étoient comme ces vents corrupteurs qui vont faire éclore sur les marais, des germes pestilentiels et des insectes malfaisans. Tout ce qu'il y avoit d'ames nées pour le crime, dans la fange et la lie du peuple, s'éveilla, se reconnut, se rechercha, se réunit en des conciliabules, où l'ignorance et la grossièreté ne le cédoient qu'à la scélératesse. Le journal de Laussel en étoit le guide, et celui de Marat en étoit le Koran. Ces

deux journalistes de la vile populace, avoient une identité de principes qui devoit leur gagner son affection. L'invitation répétée de s'abreuver du sang des riches, pour s'enrichir plus aisément de leurs dépouilles, ne pouvoit qu'entraîner ceux à qui Laussel osoit la faire (1).

La manie des clubs devint même si grande que les femmes du bas peuple voulurent avoir le leur. Elles se convoquerent, avec une solemnité grotesque, dans la bibliotheque des religieux Jacobins. Mais ce club féminin n'eut qu'une existence passagere ce que les mauvais plaisans attribuerent à sa tumultueuse loquacité. Il est plus vrai de dire que ces femmes, ridiculisées, et manquant, de moyens pour alimenter leurs séances préférerent d'assister à celles du club central récemment établi où elles pouvoient jouer un rôle conforme à leurs goûts, analogue à leurs fa

(1) Marat avoit pour épigraphe : Ut redeat miseris, abeat Fortuna superbis ; et le prêtre Laussel paraphrasoit, chaque jour, à sa façon, ce passage de son bréviaire: Esurientes implevit bonis, divites dimisit inanes. Ce sera, dit aussi l'abbé Syeyes, à quelqu'un qui lui demandoit quand finiroit la révolution, ce sera lorsque ces paroles prophétiques seront entièrement accomplies. (Hist. de la conj. d'Orl.)

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