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La soumission raisonnée des habitans de Lyon pour des maîtres dont ils eurent lieu de s'applaudir de regne en regne, devint une habitude qui valut à la monarchie française cet attachement, qu'on devroit moins regarder comme un aveugle royalisme, que comme une juste affection pour des rois bienfaisans. Aussi celui de tous qui le fut davantage, Henri IV, déclaroit, dans un de ses édits, que les sentimens des Lyonnois le dis" pensoient d'avoir une citadelle au milieu d'eux, ,, et que la couronne n'avoit pas de sujets plus fide"les, ni l'état de meilleurs citoyens (1). Ce qui prouve encore que leur fidélité fût plutôt un sentiment de réflexion qu'une résolution de parti, c'est que leur déférence pour l'autorité royale ne les fit point renoncer aux institutions que le génie de la liberté leur avoit données. La révolution les a trou

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cour envoyoit dans leur ville, y éprouvoient toujours des désagrémens; toute l'estime, toute l'affection des citoyens se portoient sur le prévôt des marchands, qui étoit le chef du corps municipal. L'auteur d'un mémoire sur le commerce, dit avec raison: Lyon étoit habité et florissant sous le régime des rois, parce qu'il étoit administré républicaine,, ment; Lyon est devenu désert et sauvage sous le régime " républicain, parce qu'on a voulu le gouverner avec despotisme".

(1) Edit donné en 1594.

vés en possession de cette administration municipale et de cette garde nationale qu'elle apportoit à toutes les communes. Toujours libres et fiers jusques dans leur soumission, les Lyonnois ont su concilier l'indépendance de l'homme avec l'obéissance du citoyen.

Ce fut au milieu de ce peuple calme par raison, énergique par caractere, que le volcan révolutionnaire jetta ses laves les plus brûlantes. L'appât des grandes richesses que renfermoit cette cité commerçante, fixa les regards avides des factions; et la population immense que lui procuroient ses manufactures, présentoit aux conspirateurs trop de bras mercénaires, pour qu'ils ne cherchassent pas à s'emparer de ce poste important. Sa situation topographique en rendoft la possession nécessaire pour influencer les provinces méridionales, en même-temps que de Paris on donneroit l'impulsion à celles du nord de la France; la haine que Lyon avoit toujours montrée pour la tyrannie, vint servir les factieux, prompts à taxer d'esclavage, toute subordination contraire à leurs projets. Ils profiterent quelquefois utilement d'une telle ruse; mais cette horreur de la tyrannie se tourna souvent contre eux, lorsqu'ils voulurent devenir eux-mêmes des tyrans. Delà cette rage

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extrême, à chaque contrariété qu'ils éprouverent dans l'exécution de leurs complots.

Il ne faut pas le dissimuler : Lyon fut quelques instans séduit par ce cri de liberté, répété perfidement dans ses murs, où régnoit depuis longtemps celle qu'ailleurs on réclamoit peut-être avec plus de raison. Lyon, dans un délire qui ne fut pas long, sembla croire qu'il n'étoit pas libre; et les clameurs que les stentors de la capitale faisoient retentir au loin contre la dépravation de la cour, l'insolence des grands, les abus du gouvernement, communiquerent à cette ville la commotion qui commença d'agiter la France, dès l'année 1788. Mais pouvoit-elle durer long-temps, cette illusion humiliante de son propre esclavage, dans une ville où florissoit le commerce; lorsqu'on pensoit que la prospérité commerciale dont elle jouissoit, suppose toujours cette vraie liberté

que

reglent les loix; lorsqu'on appercevoit que la liberté nouvelle, avec tous les symptômes de la licence, ne faisoit rien qui ne tendît à détruire l'industrie et le commerce? Dès ses premiers essors, elle portoit des atteintes mortelles à l'ai

à la félicité publique des Lyonnois. La frénésie qu'on montroit par-tout contre ce qu'on appelloit les aristocrates, ne pouvoit encore être

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qu'un accès éphémere dans une ville où tout noble voyoit dans le peuple, la place de laquelle il étoit sorti; où le simple ouvrier pouvoit obtenir d'être porté par l'estime publique, aux fonctions consulaires qui conféroient la noblesse; où presque tous les nobles étoient liés d'intérêt et même de parenté, avec la classe commerçante qui alimentoit l'industrie nourriciere du peuple. Ces relations indestructibles de la noblesse avec le négociant, auquel elle fournissoit des fonds: et du négociant avec le peuple laborieux, qu'il faisoit vivre des fonds prêtés par la noblesse, devoient rapprocher toutes les conditions, malgré les efforts des factieux pour les désunir et les armer les unes contre les autres.

Après ce coup d'œil général sur le caractere, les mœurs et les habitudes particulieres des Lyonnois; après ces observations nécessaires pour comprendre ce que leur conduite eût de singulier dans la révolution, commençons-en l'histoire par l'exposé rapide des événemens qui précéderent les grandes catastrophes, au développement desquelles cet ouvrage est spécialement destiné.

Ce fut avec joie qu'on reçut à Lyon, comme ailleurs, l'annonce des états - généraux, parce

qu'on crut y voir un remede aux maux de la France. Mais à Lyon, où le mécontentement n'étoit pas extrême, où l'esprit d'innovation avoit peu d'empire, l'impulsion d'enthousiasme eût peut-être été foible, sans la nouvelle force qu'elle reçut des protestans, établis en grand nombre dans cette ville. La banque et le commerce qu'ils y avoient exercés paisiblement, sous les auspices de la bienveillance hospitaliere des Lyonnois, leur avoient procuré des richesses qui leur donnoient une dangereuse prépondérance. Le souvenir vindicatif de la Saint-Barthelemi, le dépit subsistant de la révocation de l'édit de Nantes, l'espoir ardent d'échapper aux gênes d'une sévere compression, concoururent plus que toute autre cause, à faire proclamer l'annonce des états-généraux, comme l'aurore du bonheur public, dont on désignoit pour garant ce financier calviniste, que l'état venoit de se redonner pour tuteur. L'influence que des esprits exaltés par la passion, et soutenus par l'opulence, ont sur les esprits populaires, donna beaucoup d'échos aux exclama-" tions des protestans en l'honneur de la liberté naissante.

Cette influence fut remarquée, même avant que les trois ordres ne s'assemblassent pour la

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