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des milliers de citoyens. exterminés par le fer des assassins. Les illuminations tremblantes ajoutent à l'horreur d'une telle illusion: il semble qu'on voie présenter à leur foible lueur, la tête de ce qu'on a de plus cher; toutes les circonstances de la fatale nuit du 9 septembre, se, reproduisent à l'esprit. Chacun garde le plus morne silence, dans la situation, d'un malheureux condamné, qui attend le coup fatal, au pied de l'instrument de son supplice.ima

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Quel ne fut pas l'effroi de ceux qu'on enleva pour les jetter dans les prisons? Et combien furent atteints de cette frayeur mortelle? Tous ceux qui ne pouvoient prouver l'ancienneté de leur établissement dans Lyon, étoient arrêtés; tous ceux qui se trouvoient natifs, des contrées méridionales, étoient arrachés de leur demeure; tous les Lyonnois renommés à cause de leur fortune ou de leur énergie contre les brigands, étoient emmenés, comme coupables. On ne cessa, pendant toute la nuit, de traîner des troupes d'accusés de ce genre, devant les farouches inquisiteurs, préposés par la municipalité pour les interroger: les vastes souterrains de l'hôtel-de-ville, et beaucoup d'autres prisons préparées à cet effet, en furent comblées.

La proie des hommivores de la municipalité, et du club, leur étant ainsi assurée, l'on essaya de porter le peuple à se montrer capable de carnage, sans le secours de ces Marseillois qu'on attendoit. Pour cela, on l'exaspéroit par la crainte affectée de la disette. On lui déclara formellement qu'on n'avoit plus de vivres que jusqu'au lendemain, onze heures ; et cette déclaration même lui désigna les détenus, ou comme des réfugiés contre-révolutionnaires qui absorboient sa substance, ou comme des accapareurs qui avoient spéculé sur sa famine. A cette proclamation qui les dévouoit à la rage meurtriere de la populace, quelques voix salariées répondirent bien par des cris de mort; mais la trame étoit trop grossiere pour entraîner le peuple; il ne fut point ému par cette instigation.com

བོ་གང་ཉེ་ཆ

On attendit donc ce qu'on appelloit les braves. Marseillois. A peine ils approchoient, que l'élite des clubistes voloit à leur rencontre. Ce fut aux portes de la ville, qu'elle alla leur faire une réception d'honneur, après laquelle ils furent conduits pompeusement au club central, où des monstres altérés de sang, vinrent les entourer, et leur faire hommage de leur scélératesse.

Celui d'entre eux qui avoit été choisi pour leur

demander, en quelque sorte, le massacre, au nom de la société, s'en acquitta d'une maniere digne de son emploi. C'étoit un gentilhomme, nommé Riard de Beauvernois, chef de légion, auquel Lyon s'applaudit de n'avoir pas donné le jour. Libérateurs de la république, leur dit-il, ,, nous avions besoin de vous, pour dompter les ,, ennemis innombrables qui contrarient ici nos saintes opérations. Ce sont de riches négocians, des robinocrates, des ci-devant nobles, , des mauvais prêtres, des sans-culottes même ,, qui ont oublié leurs droits. C'est par eux tous, " qu'ici tout patriote énergique est persécuté. Eh! "quelle persécution! On l'écrase de coups, on le

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foule aux pieds, on lui arrache la cocarde na5 tionale, on le traîne à la lanterne. Après cette calomnieuse exposition, si propre à irriter les Marseillois, Riard se plaint de l'inaptitude du peuple de Lyon pour l'assassinat. « Semez, s'écrie-t-il en,, suite, semez votre énergie dans le cœur de ces ,, timides Lyonnois; donnez-leur, en passant, " vos principes d'habitude, afin que nous puis"sions terrasser des ennemis dorés que nous n'o

sons presque pas regarder en face: faites que, " par vos discours, cette ville soit une ville mar,,tiale; arrachez-nous de la malheureuse retenue

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" que la crainte nous impose, et faites prêter à ,, cette assemblée, le serment de n'avoir plus en›› vers des hommes, cette timidité qui fait qu'on les épargne.

Riard fut fort applaudi: d'autres orateurs, non moins barbares, le paraphraserent; et cependant les Marseillois de Barbaroux n'en furent pas électrisés. Qu'on se rappelle le langage d'humanité, le ton de modération, l'hypocrite philantropie qu'étaloit Rolland, depuis que rentré dans le ministere, il étoit remonté vers le but de son ambition; et l'on ne sera point surpris de ce que ces septembriseurs renommés partirent de Lyon, sans vouloir réaliser les espérances que les sots et féroces clubistes avoient fondées sur leur homicide assistance.

Si les meneurs ne purent alors s'abreuver de sang, du moins ils se gorgerent de butin. Les sommes d'argent, saisies aux officiers de RoyalPologne, toutes celles enlevées dans les domiciles, dont les habitans se trouvoient absens; les hardes et les effets qu'on en avoit transférés à l'hôtel-de-ville, furent partagés entre les municipaux et leurs commissaires inquisiteurs.

L'audace et les progrès du brigandage intimidoient tous les bons citoyens. Abattus par la terreur, ils n'osoient presque plus se voir, se

parler, se concerter; on étoit encore environné des marques du carnage récemment fait, et l'on craignoit de le voir recommencer, lorsque, vers la fin de septembre, les assemblées primaires furent convoquées pour désigner les électeurs, par qui les députés à la prochaine convention devoient être nommés. On sent combien ces effroyables circonstances durent éloigner d'honnêtes gens, des assemblées primaires. Les clubistes y dominerent, suivant que l'avoient bien prévu deux des leurs, qui, de Paris, leur recommandoient d'en profiter pour nommer les députés dans ces premieres assemblées, au-lieu de s'y borner, suivant le terme de la loi, à choisir des électeurs. ,, ajoutoient les deux correspondans, si vous ,, êtes forcés de nommer des électeurs, contrai,,gnez-les d'élire ceux que vous desirez, et " protestez contre la nomination de tous les au" tres, comme n'ayant pas votre confiance (1) 99.

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Mais,

(1) Lettre de Gaillard à Fillion. On y lit encore ces mots : Je donne mon suffrage à Cusset et à Challier, c'est-à19 dire, que je desire que vous les nommiez 9. Laussel écrivoit aussi de Paris: Désignez à vos électeurs Cha

lier; Allier, libraire et maître de grammaire; Siauve, ,, curé d'Ampuis, alors commissaire des guerres ; le curé , de S. Bonnet le Troncy; Bouttat pere, officier munic.

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