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célébreront leur entrée dans Lyon; ils les entendent déja se promettre le plaisir féroce de les immoler.

Châteauneuf-Randon fût le premier qui entra dans la ville, avec quelques troupes : il y avoit déja fait prendre les arines aux sans - culottes, avant que la colonie fut partie de Vaize, pour les mettre à sa poursuite; et de Lyon même, il promettoit à Gauthier, de contribuer à lui porter la , tête des fugitifs (1). Les autres représentans, moins hardis, craignoient d'hasarder une entrée triomphale en cette cité, qui, dans sa consternation et sa ruine, les faisoit trembler encore. Dubois et Gauthier se trouverent partagés entre cette crainte (2), et celle d'être exclus des honneurs du triomphe. Le comité de salut public montroit sur leur conduite, de sérieuses défiances que leurs collegues avoient fomentées. Ils étoient dénoncés à la convention, par Billaud-Varennes, pour avoir ménagé Lyon, en prolongeant un siege qui procuroit à Dubois-Crancé, les émolumens de général et de représentant; et les pressentimens

(1) Lettre à Gauthier, de Lyon, le 9 octobre.
(2) Lettre au comité de salut public, du 8 octobre.

qu'ils avoient d'une disgrace, le réduisoit à demander à Couthon la permission d'entrer un instant dans la ville (1).

Dubois et Gauthier y entrerent ensemble à part, le 10 octobre, avec plus de modestie que d'assurance, non sur des chevaux de parade, encore moins sur un char de triomphe; mais timidement enfermés dans une voiture, où. même ils s'étoient donnés pour sauvegarde de leurs personnes, un inspecteur des subsistances, qu'ils soupçonnoient d'avoir entretenu avec les Lyonnois, des intelligences qui devoient le leur rendre agréable.

La véritable entrée triomphante s'étoit faite la veille par Couthon, Maignet et Laporte, à la suite de Châteauneuf - Randon; et c'étoit le général Doppet qui introduisoit en conquérant, les troupes de la convention, dans la ville (2).

(1) Lettre de Dubois-Crancé à ses collegues, du 9 octobre; et Réponse de Couthon, du même jour.

(2) Dubois-Crancé nous apprend lui-même ( Troisieme et derniere partie de sa rép. ), que Couthon ne le traita pas, comme un vainqueur. Couthon, qui s'étoit logé au palais de l'archevêché, relégua Dubois et sa compagne ‹‹ dans un

grenier, encombré des débris de la couverture qu'une

Le désordre ne les suivit pas; elles entrerent partiellement, avec l'air de la fraternité, en offrant leur pain, aux citoyens exténués. On ne parloit que de ramener l'abondance au milieu d'eux : le langage de la clémence, étoit même sur les levres des représentans. Dubois et Gauthier sur-tout, qui, ne pouvant plus naire, mendioient des suffrages, pour éviter l'anathême conventionnel, afficherent ces dispositions d'indulgence, en même-temps qu'ils s'agitoient dans des viles intrigues, pour que le peuple réclamât contre leur rappel (1). Ce fut en vain : là, finit leur mission

,, bombe avoit traversée sous les tuiles même, et sur ,, deux matelas qui avoient servi àux casernes des rebelles,

et qui étoient pleins de vermine . Dubois-Cancé ajoute que quand il vit où il falloit coucher, se croyant injuriė , sans motif, il vouloit couper la figure avec son sabre, " à celui qui le reléguoit à ce galetas, mais que cependant il se coucha sans bruit 99.

(1) Dubois-Crancé fit répéter par ses amis, 1o. qu'il avoit ménagé la ville; 2°. que c'étoit par égards pour elle, qu'il avoit différé de la prendre ; 3°. que les Lyonnois luî devoient des actions de graces pour les avoir préservés du pillage, à l'entrée des troupes. Ce que nous avons cité de ses fureurs contre Lyon, où elles seront long-temps attestées par les traces horribles des incendies et des dévastations dont il fut l'auteur, suffisent pour répondre au pre

abominable. Un décret d'arrestation venoit les frapper; pour prévenir son exécution, ils coururent à Paris, rendre compte de leurs exploits dans la société des Jacobins, et s'y disculper par l'exposé de leurs crimes (1).

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mier point de cette apologie. Quant au second, on pourra se convaincre, par la correspondance et la conduite de Dubois-Crancé, que s'il ne prit pas Lyon plutôt, c'est que "Lyon ne lui étoit pas facile à prendre; c'est que Lyon " étoit pour lui, une des plus fortes places de la républi" que ". (Lettre au comité de salut public, du 8 octobre). Enfin, lors même que l'ordre observé par les troupes, en entrant, eût été le résultat de ses soins, il ne faudroit pas lui en savoir grẻ; car il n'eût fait observer l'ordre que par la crainte de la réaction qu'elles pouvoient s'attirer, en pillant.

Ce n'est pas le sort de Lyon qui nous occupe, écrivoit-il ,, au comité (Ibid), soyez-en bien convaincus; c'est celui ,, de l'armée..... Le désordre sera extrême; et nous ne voyons pas ce qui empêchera les Lyonnois de se porter en force, sur des soldats gorgés de pillage.... Que sera"ce dans une ville comme celle là? Au reste, DuboisCrancé réfute lui-même ceux qui lui ont supposé des inclinations favorables à Lyon: Moi-même, dit-il, j'ai proposé que, si l'on entroit de force, de n'entrer que l'épée , d'une main et la torche de l'autre ;. ce systême m'appartient. Troisieme et derniere partie de la réponse de Dub. Gr. eux inculpations de Couthon et de Maignet, pag. 56.)

(1) Séance des Jacobins, du 28 du premier mois (20 oct.)

La convention retentissoit déja des cris de victoire de ses commissaires qui lui annonçoient leur intronisation dans Lyon, ainsi que la sanglante défaite des Lyonnois fugitifs. La joie, mêlée de fureur, y tressailloit de l'espoir de se venger bien davantage de leur énergique résistance; et Barere profitant de cette infernale disposition, la porta au plus terrible des excès, par le plus affreux de tous les rapports. Laisserez" vous, s'écria -t-il, laisserez-vous subsister une ville qui, par sa rebellion, a fait couler le sang des patriotes? Elle doit être ensevelie ,, sous ses ruines. Que devez-vous y respecter ? ›› la maison de l'indigent, les manufactures, ,, l'asyle de l'humanité, l'édifice consacré à l'ins

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truction publique. Mais la charrue doit passer sur tout le reste. Le nom de Lyon ne doit plus ,, exister vous l'appellerez Ville-Affranchie; et ,, sur les ruines de cette infâme cité, il sera élevé ,, un monument qui fera l'honneur de la conven,, tion, et qui portera pour inscription, ce mot , qui dit tout: Lyon fit la guerre à la liberté; Lyon n'est plus; il faut un grand exemple. Il ,, faut qu'une commission de cinq membres soit créée pour faire périr militairement les contrerévolutionnaires de cette ville. Il faut avoir le

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