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De Coblentz nous sommes allés à Neu

seule heure a suffi pour décider la mort de plusieurs millions d'individus. Goa cède sans effort à l'ascendant européen; Albukerque vole ensuite à Brava et s'en empare. Le carnage fut si affreux, disent les historiens portugais, qu'on voyoit ruisseler le sang dans les rues, et qu'il fut impossible de compter le nombre des cadavres. On ne donnoit pas le temps aux femmes d'ôter leurs bracelets et leurs boucles d'oreilles; on les leur arrachoit, et on leur coupoit impitoyablement les bras. Enfin le grand Albukerque, disent les mêmes historiens, toujours juste, désintéressé, ami de l'ordre et de l'humanité, s'empare de Malaca en 1511. Le massacre des habitans dura neuf jours consécutifs.

Dom Jean de Castro, vice-roi des Indes, part de Góa en 1545. Dans sa route il s'empare de plusieurs vaisseaux, et faisant couper en pièces les prisonniers maures, il donne ordre que les membres et les troncs mutilés fussent jettés à l'embouchure des rivières, afin que, remontant avec la marée, ils portassent la terreur sur toutes les côtes. Alors, les Portugais eurent des colonies.

Bon Forster! Et c'est ainsi que « le commerce et l'in"dustrie forment et resserrent les liens qui unissent les » parties de l'hémisphère les plus distantes».

Mais, après avoir gémi sur cette millième partie des sanglantes horreurs dont l'histoire nous a conservé le pénible souvenir, je crois nécessaire de rapporter ici le texte même du principe que Montesquieu établit, sur

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wied (1), où l'on nous a fait voir la maison des Hernutes (2), ainsi que les divers ateliers dans

les moyens de conserver l'esprit de commerce dans un gouvernement démocratique.

« Pour maintenir l'esprit de commerce, dit-il, il » faut que les principaux citoyens le fassent eux» mêmes; que cet esprit règne seul, et ne soit point

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croisé par un autre ; que toutes les loix le favorisent; » que ces mêmes loix, par leurs dispositions, divisant » les fortunes à mesure que le commerce les grossit » mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande » aisance pour pouvoir travailler comme les autres ». Esp. des Loix, T. 1, L. 5, chap. 6:

(1) Cette ville, voisine d'Andernach, n'est point fermée de murailles.

Le cours du Rhin y est si rapide, que, même au plus fort de l'hiver, les glaçons ne peuvent se congeler à la surface. Malgré les incommodités que causent aux habitans les débordemens multipliés du fleuve, Neuwied, s'accroît et s'embellit tous les jours, graces à la liberté absolue de tous les cultes.

On y trouve les meilleurs ouvriers de l'Allemagne, et d'excellens facteurs d'instrumens de musique.

(2) La secte des Hernutes fait depuis long-temps l'admiration des philosophes, et même des dévots. Leurs dogmes sont simples et en petit nombre. Ces pieux sectaires mènent une vie retirée, également partagée entre la contemplation et le travail. Onze des plus anciens exercent uné surveillance active et sévère

lesquels s'occupent ces célèbres reclus, aussi laborieux qu'intelligens. Leur église est sim

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sur les mœurs. Les jeunes filles, distinguées des femmes la seule couleur de leur ruban, ne peuvent, ainsi que les garçons, se marier sans le consentement de cos onze vieillards. Les enfans appartiennent à la société ; l'autorité paternelle cesse dès qu'ils ont atteint l'âge de puberté. Comme ils n'héritent point de leurs parens, ils sont élevés et dotés aux dépens de la caisse commune.

Un de mes amis, qui voyageoit dans la Russie mé~ridionale, a eu occasion d'observer à Sarepta une colonie d'Hernutes, fondée en 1767 par cinq d'entr'eux. Aujourd'hui, leur nombre est d'environ trois cents. Naturellement peu agriculteurs, leur industrie consiste en fabrique de velours, ainsi que de diverses autres étoffes de soie et de coton. On trouve dans cette colonie une bonne hôtellerie, et quelques boutiques assez bien fournies en marchandises de différentes espèces. Ils ont une jolie église, autour de laquelle on a bâti les logemens des frères et des soeurs. Le caractère de cette respectable association est l'hospitalité et la franchise. Ils ne connoissent ni le luxe, ni le libertinage. En général, ces Hernutes se louent peu de la Russie, mais, à raison de leur caractère paisible, ils n'en parlent qu'avec modération. Cette petite colonie ayant considérablement souffert durant les derniers ravages de Pugatschew, let gouvernement qui lui avoit avancé, lors de sa fondation, une somme de 50,000 roubles, à la charge de les rendre au bout de dix ans, ou d'en payer les intérêts, ne lui a accordé d'autre dédommagement qu'un second

ple et propre. Au lieu de célébrer des aga pes et des orgies comme faisoient les premiers chrétiens, les Hernutes se rassemblent à certains jours marqués dans leur église; et y prennent le thé en commun. Ne crois point, mon ami, que ma prédilection pour ce breuvage enchanteur soit la seule cause de la bienveillance que m'inspirent ces vertueux cénobites. Te l'avouerai je? Je n'ai pu voir sans plaisir qu'une société nombreuse d'hommes et de femmes, non mariés et réunis sous une sorte de régime monacal, ait eu cependant le bon esprit

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délai de dix années pour le paiement de cette somme.

Le même voyageur a trouvé encore à Gregoroskaïa, située à cinquante werstes de Kislar, une autre colonie d'anciens Hernutes qui s'y sont établis depuis environ six cents ans. Ils sont zélés mahométans, et se nomment Kabatehans. Cette colonie est composée d'environ mille individus des deux sexes, qui paroissent avoir conservé quelques traditions de leur ancien dogme. Presque tous sont forgerons. On ne pénètre chez eux que par un sentier fort étroit.

En général, cette société est très-nombreuse. On trouve des Hernutes, ou frères Moraves, sur presque tous les points du globe, en Silésie, en Saxe, en Hollande, même dans les Etats-Unis d'Amérique, à Suri2 et jusqu'aux Indes orientales.

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d'adoucir, par une communication fraternelle, les arides et inutiles rigueurs de la vie monastique. Jamais l'homme n'est plus fort contre le vice et ses décevantes attaques, qu'en se présentant à lui à front découvert et avec cette fierté noble, inséparable de la vertu. Éviter le combat, c'est avouer sa défaite.

Encore une réflexion qui dérive de mon sujet même. Quel est l'homme qui n'ait point découvert, au fond de son cœur, des af fections voluptueuses plus condamnables même que les voluptés physiques, lorsqu'elles énervent les facultés les plus essentielles à son existence? Les doctes et chastes écrits de la célèbre Guyon, ainsi que les aveux du bon Jamerai Duval (1), ne prouvent

(1) Cet homme extraordinaire naquit dans un village de Lorraine. En 1709, il quitta la chaumière de son père pour s'engager en qualité de berger au service des hermites qui habitoient près de Lunéville. Il apprit de lui-même les premiers élémens de l'astronomie, et étudia une année entière sans autre livre que le ciel, sans autre maître que ses yeux. Deux piquets lui servirent à marquer les solstices, quoiqu'il ne connût ni l'équateur, ni les solstices. Un jour d'été ses maîtres lui ayant donné un verre de vin, ce breuvage, qui jusqu'alors lui avoit été inconnu, produisit sur tous ses

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