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saines sur l'immaculée conception. Le croiroit-on? Ces vaines discussions, filles de la sottise et de l'ignorance, n'ont pas encore été bannies des écoles (1) d'Allemagne par

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(1) Marsille Ficin savant illustre de Florence woulut, vers la fin du quinzième siècle, faire à Platon ẹt à Plotin le même honneur que les docteurs allemands dont parle Forster, firent depuis au grand Aristote. Il publia une dissertation très-sérieuse, dans laquelle il ' démontroit que ces deux philosophes étoient des chrétiens parfaits. La dissertation de ce Ficin se trouve dans le recueil complet de ses œuvres, Bâle 2 vol, fol. 1591. Voici le seul passage dans lequel on pourroit trouver quelques allusions avec les dogmes sacrés du christianisme. Je citerai la traduction même du jésuite Groux, dans la crainte que quelque docteur allemand ne me soupçonne d'avoir altéré le texte.

« Doit-on regarder Dieu comme un enchanteur qui se plaît à prendre mille formes différentes, et qui tantôt paroît sous une figure étrangère, tantôt nous fait illusion, en affectant nos sens, comme s'il étoit réeln lement présent ?..... Dieu peut-il se résoudre à men

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tir de parole ou d'action, en nous présentant un ૐ fantôme au lieu de lui-même ? Dieu est donc ennemi » du mensonge. Essentiellement droit et vrai, dans ses paroles et dans ses actions, il ne change point sa forme naturelle; il ne peut tromper les autres, ni des fantômes, ni par des discours, ni en leur envoyant. des signes, soit pendant le jour, soit pendant la »nuit ».

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par

les lumières de la philosophie. Ah! il faut en convenir, les Allemands catholiques sont, aux yeux de l'observateur, la moyenne proportionnelle entre les François et les Turcs. Jamais, non jamais le fanatisme et la sottise ne déserteront notre Germanie tant qu'on négligera d'inspirer aux hommes un saint respect pour le plus noble présent que leur ait fait la nature, c'est-à-dire, pour leur propre raison. Là, où l'on néglige cette maxime sacrée, régnera toujours une absurdité destructive. Bientôt l'affreuse intolérance étendra au loin ses ravages; l'on voudra, dominer les consciences, et courber la pensée de l'homme né fier et libre, sous. le joug d'une odieuse superstition.

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Mais, disent les philosophes, la supersti tion a maintenant une attitude moins fière et moins insolente; elle ne lève plus sa tête audacieuse, nous lui avons donné de la pu deur. Vos prêtres ne combattent plus qu'en fuyant. Ce n'est plus maintenant que la lutte de la ruse avec la foiblesse. Jadis les despotes dédaignoient ces vains ménagemens. Peu leur importoit, alors, que leurs décisions fussent évidemment contraires aux principes de la raison; ils avoient la force

en main, et d'un mot, d'un signe de tête, ils pouvoient écraser, anéantir même jusqu'au germe de la pensée. Ah! gardons-nous bien de nous laisser séduire par ce calme trompeur. Le monstre dort, mais il s'éveil. lera, si nous sommeillons. Les lumières de la philosophie n'ont point encore acquis cette étendue et ce caractère auguste qui convient à la vérité. Loin de vouloir recueillir et jouir, à peine avons nous jetté autour de nous quelques semences de ces vérités éternelles, qui seules peuvent affran chir l'homme de l'esclavage, inséparable associé de l'ignorance et de l'erreur. Mais de ces semences éparses est déjà né, dit-on, dans notre Europe, un bel arbre, sous l'ombrage duquel les peuples commencent à se rassembler.

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Péu à peu l'on s'éloigne de celui qui s'arroge le droit d'imposer des bornes à notrè libre arbitre, et surtout de quiconque a intérêt de nous annoncer, comme posi tive, une vérité incompréhensible. Quel est l'homme, en effet, qui ait le droit de prescrire à son semblable ce qu'il doit faire, moins que celui-ci n'ait promis d'avance de lui obéir? N'est-il pas plus absurde encore

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de consentir l'existence de ces hommes qui se croient autorisés à prescrire à d'autres ce qu'ils doivent penser, ce qu'ils doivent croire ? Cependant lorsque le cathécumène ne peut ou ne doit pas croire, le droit de réprimande n'appartient à personne. Heureusement la raison commence à se venger de ceux qui l'ont méprisée depuis tant de siècles. Il est des contrées où celui qui ose roit paroître encore accompagné des natures plastiques ou de l'universel, à parte rei, seroit aussi peu dangereux qu'un enfant qui s'aviseroit de vouloir effrayer un homme fait, avec l'épouvantail qui met en fuite ses petits camarades.

Le signe le moins équivoque de la maladie des corps politiques, réside dans le nombre des fainéans dont l'Etat alimente la paresse, ou dont souvent même il dote l'oisiveté. L'homme laborieux qui se voit contraint par un usage absurde, de partager avec de tels brigands, le produit de ses sueurs, pourroit-il hébêter sa raison, au point de croire qu'on ne lui fait pas une injure, en lui imposant le fardeau de sustenter de vils fainéans, dignes des mépris du sage et des châtimens du législateur ? Or, il résulte

de cette réflexion, que celui dont l'ame est trop foible pour tenter d'extirper le mal, s'abandonne à une insouciance mortelle pour le bien général, et même pour la patrie. Quel est l'Etat qui puisse compter sur l'esprit public des citoyens, lorsqu'il les maltraite? Bientôt de cette insouciance, de cette tiédeur politique, il résulte, qu'en général, et l'oppresseur et l'opprimé deviennent les plus immoraux des hommes ; et le fainéant sans conscience se croit permis d'employer contre l'autorité tout ce que peuvent lui suggérer l'astuce, la fourberie et la malice. Ce que le mendiant dérobe d'un côté, l'opprimé insouciant et découragé cherche à le rattraper de l'autre. De cette manière circule insensiblement dans tous les Etats le venin de l'immoralité, qui finit par infecter toute la masse. La raison s'appau vrit là où les idées du juste et de l'injuste disparoissent devant l'intérêt personnel; les ressorts sont détendus; la machine s'affaisse ; le crime devient inévitable, et le réveil de la conscience livre bientôt le coupable aux suppôts de la superstition.

Il n'est peut-être aucun lieu sous le globe, où elle paroisse sous un aspect plus hideux

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