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qu'à Cologne. Ceux qui arrivent de notre ville de Mayence ne peuvent voir, sans colère et sans pitié, avec quelle dévotion imbécille tant de milliers d'hommes s'emainsi que

la

pressent de déifier l'oisiveté, ainsi foi aveugle du peuple pour des reliques, dont les prétendus miracles sont un objet de dérision et de scandale, aux yeux même du catholique éclairé. L'histoire des onze mille vierges fût-elle aussi vraie qu'elle est difficile à croire, le spectacle de leurs ossemens, exposés dans l'église des Ursulines, n'en seroit pas moins un objet de révolte et de dégoût. Est-il effectivement une preuve plus convaincante du superstitieux abrutissement dans lequel sont tombés les habitans de Cologne, que l'insolence avec laquelle on ose présenter comme un objet sacré, aux regards des curieux, ce mêlange d'ossemens d'hommes et de quadrupedes qui sans doute gisoient épars sur la même fange; et peut-on s'empêcher de gémir sur l'opiniâtreté de cette populace d'imbécilles, qui croiroient commettre une action impie, s'ils ne soutenoient, au péril de leur vie même, l'authenticité de ces saintes charognes, et qui sont toujours prêts à frapper

celui

celui dont la raison se refuseroit à ces maussades inepties?

Il seroit bien digne d'un philosophe scru tateur d'examiner pourquoi cette religion informe produit, dans les pays où elle règne, des effets si différens sur le caractère national. Par exemple, pourquoi le fanatisme des habitans de Cologne est-il plus âcre et plus bilieux que par-tout ailleurs, tandis qu'à Rome on se livre au plaisir et à la frivolité? Sont-ce les brouillards des Pays-Bas, et les nuits étoilées de l'Italie, qui causent cette différence ? Ou bien, a-t-il été décidé de temps immémorial que le génie qui préside aux opinions religieuses des Italiens et des Allemands, répandroit sur la dévotion des premiers une teinte plus douce, plus aimable, et affligeroit en même temps les autres d'une sombre et féroce mélancolie? Personne, je l'avoue, n'est plus convaincu que moi de l'influence d'une température douce sur la morale des peuples, et j'en conclus que la différence qui existe entre les vils mendians de Cologne et les nobles lazzaroni de Naples, doit être attribuée en grande partie à la différence du climat. Tome I.

F

« C'est en Italie, dit madame Piozzi (1), » que celui qui se corrompt, ne pèche pas » faute de nourriture. Manque t-il de quel» que chose ? il a recours au travail, parce » qué son esprit lui suggère ce moyen comme » infaillible ». Or, qui oseroit, à Cologne, proposer cette ressource au peuple, pour échapper à la misère ?

(1) Cette dame, plus connue sous le nom de Mistriss Trille, jouit en Angleterre d'une considération méritée. Elle est auteur des anecdotes sur la vie et les ouvrages de Johnson, dont elle a été l'inséparable amie. J'ai vécu long-temps en Italie, et je n'ai point vu que les habitans de la nouvelle Rome, ni de l'ancienne Parthenope, fussent un peuple aussi laborieux, aussi actif qu'elle se plaît à le supposer. J'en excepterai cependant les braves et bons Transteverini, reste précieux des anciens Romains dont ils ont encore les traits et la fierté. C'est là où fleurira un jour le premier arbre de la liberté. J'entends déjà se récrier ceux de nos jeunes gens qui vont à Rome, non pour y aller, mais pour en revenir. Quoi, diront-ils, on ose comparer aux voluptueux contemporains de Lucullus, les sales et dégoûtans Transteverins! Hé bien ! ôtez-leur quelques préjugés, et ils auront des chemises. —Oui, mais ils sont féroces, et jamais leurs querelles ne se terminent sans qu'il n'y ait de sang répandu. Soit; mais greffez la férocité, et vous aurez de l'énergie. O Italiam, Italiam !....

On nous a fait remarquer, dans l'église de Saint-Pierre à Cologne, le tableau du crucifiement de cet apôtre, par Rubens. Si je n'avois rien vu précédemment de ce grand maître, ce morceau n'auroit pas répondu à la haute idée qu'inspire le nom de ce célèbre artiste. En général la figure de Saint-Pierre est bien dessinée; mais c'est l'unique mérite qui puisse racheter le dégoût qu'inspire la vue de cet objet de douleur. L'apôtre est représenté attaché sur la croix; et, pour que les bourreaux puissent atteindre plus commodément jusqu'à ses pieds, la croix et la tête sont renversées; ainsi les souffrances de ce déplorable martyr sont bien plus douloureuses. Le ciel nous garde d'une semblable invention. Mais de tels objets doivent-ils être représentés ? Quant à moi je ne pourrois en soutenir la vue. Cependant nous voici parvenus à la belle galerie. Demain je te parlerai des chef-d'œuvres qu'elle renferme.

Quelle différence entre Cologne et l'agréable ville de Dusseldorff! Conviens que de belles maisons, des rues propres et alignées, des habitans actifs et bien vêtus, sont un spectacle qui repose également l'ame et les

yeux du voyageur! Depuis deux ans, l'électeur a fait démolir une partie des fortifications, et a permis de construire des maisons sur l'emplacement même. Aujourd'hui il s'y élève une nouvelle ville dont l'étendue, autant qu'il est possible d'en juger par l'alignement des rues, sera plus considérable que celle de l'ancienne ville. Il règne parmi les habitans une émulation qui, certes, doit ourner au profit de tous. C'est à qui surpassera son voisin, en bâtissant la maison la plus belle et la plus commode. Les capitaux destinés à cet usage forment déjà une somme assez considérable. Dans peu d'années Dusseldorff aura le double de son étendue actuelle, et sera sans contredit plus magnifique.

Comment est-on parvenu, dans les duchés de Berg et de Juliers, à réunir d'aussi grandes richesses? Comment se peut-il faire qu'il ne règne pas moins d'abondance dans les plus petites villes que dans la capitale même› de cet Etat? Comment trouve-t-on parmi les cultivateurs du plat - pays le même esprit d'économie la même industrie que dans les pays de fabriques? Comment, enfin, at-on découvert ici avec tant de facilité le

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