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penses ne souffrit pas un seul retard. Il convertit rapidement, en monnaie française, les 50 millions de la casauba d'Alger qui remboursaient à la France le prix de sa conquête, en même temps qu'ils s'appliquaient aux besoins courants avec les ressources auxiliaires d'un crédit administratif toujours fidèle à son fondateur.

Cependant le commerce et l'industrie, inopinément comprimés dans leur développement, étaient à la veille d'interrompre le mouvement des ateliers du travail, par la chute imminente des maisons de banque dont le papier alimentait leurs efforts, en leur fournissant des avances continuellement remboursables avec les fonds des marchandises produites et consommées. Pour conjurer un péril aussi grave, un crédit de 30 millions fut ouvert et distribué en numéraire, par une commission spéciale, en prêts temporaires, entre les négociants qui employaient les plus fécondes ressources à soutenir le plus grand nombre d'existences. Cette intelligente répartition de secours, tantôt directs et individuels et tantôt accordés par l'entremise de nouveaux comptoirs d'escompte, a prévenu les catastrophes du crédit privé, ranimé l'activité du génie industriel, préservé la population ouvrière des angoisses de la misère, et défendu la société tout entière contre les coups dangereux des bras désœuvrés.

Toutefois, au mois de novembre 1830, des esprits négatifs et frondeurs, qui ne sont habiles qu'à détruire, écartèrent momentanément, par leur entrée dans l'administration, l'homme d'initiative et d'expérience qui avait si bien préparé le salut de la fortune publique. Mais leur participation de quelques mois dans le maniement des affaires, où ils ne pouvaient plus déguiser

leur vaniteuse insuffisance par des paroles vides et déclamatoires, ramena bientôt le désordre dans la capitale, la détresse dans le trésor et l'impuissance dans le gou-vernement.

On rappela donc le restaurateur infatigable des finances (1) pour rétablir l'équilibre si promptement détruit des ressources et des besoins de l'Etat. Il provoqua sans hésiter une enquête parlementaire, afin de dévoiler, sans délai, l'effrayante situation qui lui fut laissée par son prédécesseur le 31 mars 1831, et sut obtenir immédiatement des sacrifices indispensables pour ramener l'abondance au trésor et la sécurité à ses créanciers, vers la fin du mois d'avril suivant.

Il parvint en même temps à réaliser, avec des ménagements équitables, le précédent emprunt de 80 millions, contracté en 4 pour 100 au cours élevé de 102 fr. 7 c. et demi, et dont une rigueur imprévoyante aurait fait évanouir la précieuse ressource dans la ruine du débiteur. Il reçut ensuite de la propriété foncière, récemment soulagée de 92 millions par des dégrèvements antérieurs, une imposition additionnelle et temporaire de 60 millions, dont le produit servit à couvrir une partie du déficit que le malaise de ces temps difficiles et d'hostiles préventions venaient de créer sur les boissoins et sur les autres produits indirects. Enfin il réclama, toujours avec le même succès, les avances des receveurs généraux et les fonds des capitalistes en offrant pour gage, à ces derniers prêteurs, une portion des forêts domaniales.

Ces nouveaux efforts de courage et de talent ont fait

(1) M. Louis.

triompher pour la troisième fois la fortune de la France, après vingt mois d'améliorations rapides, des calamités d'une odieuse banqueroute et ont su conserver intacts son honneur, son indépendance et son crédit.

Mais la lutte engagée en juillet 1830 contre l'autorité royale, devait nous imposer encore de plus longues épreuves et de plus grands sacrifices. Il a fallu suppor-* ter, dans le cours des huit années suivantes, 900 millions de charges extraordinaires pour enrôler les soldats de l'anarchie à des travaux d'utilité publique, pour opposer une force militaire suffisante aux troubles intérieurs, ou à la méfiance du dehors, pour élever au niveau des exigences de la sûreté du pays, non-seulement les secours et les indemnités réclamés par les victimes des événements politiques, mais aussi les frais de la surveillance générale et de la police secrète, enfin pour recouvrer, seulement en 1839, une situation financière à peu près aussi favorable que celle qui avait été perdue en 1830.

Le maintien de l'ordre et la conservation de la tranquillité générale avaient, dès lors, rétabli le crédit public, et rendu sa progression croissante au revenu de l'Etat; l'armée venait aussi de rentrer dans ses anciens cadres, et le gouvernement préparait déjà la reprise des grandes améliorations interrompues par nos discordes intérieures, lorsqu'un dissentiment avec les puissances étrangères, sur les affaires de l'Orient a fait subir à la France, en 1840, le régime menaçant et dispendieux de l'isolement politique et de la paix armée.

Le pouvoir monarchique renversé et relevé sur les barricades de 1830, avait donc à peine énervé la haine des partis par le retour de la prospérité matérielle, qu'il

fut encore en butte aux charges de la guerre, aux attaques des infatigables prétendants à la souveraineté du peuple, enfin à l'opposition des grands propriétaires, restés fidèles au principe de la légitimité comme à la plus sûre garantie de leurs droits.

Cette perturbation nouvelle a commencé l'ébranlement d'une puissance encore mal affermie, a troublé l'économie générale de notre système de finances, a fait fléchir notre crédit et a détruit l'équilibre du budget de l'Etat.

C'est en vain qu'une loi du 25 juin 1841 voulut opposer une limite à l'agrandissement des cadres de l'armée, à l'extension des sacrifices faits pour l'Algérie, au développement précipité des grands travaux publics et aux augmentations trop impatiemment réclamées par les différents services, en réservant les futurs excédents de recette qui nous étaient promis par la conservation d'une paix féconde, à l'extinction des découverts déjà formés sur trois exercices, et en consacrant un emprunt extraordinaire de 450 millions à l'achèvement des moyens de défense du pays, ainsi qu'à la continuation des entreprises d'utilité générale.

L'administration, les chambres, les départements, les communes, enfin la France tout entière furent entraînés, dès l'année suivante, par les bienfaits et par les espérances d'une ère nouvelle d'abondance et de crédit, à des dépenses immodérées et à des anticipations sans mesure, pour les constructions civiles et militaires de nos routes, de nos places fortes, de nos frontières, de nos ports et de nos villes, pour l'approvisionnement de nos arsenaux, pour l'entretien d'un effectif exagéré dans l'intérieur et surtout dans l'Afrique, enfin pour réaliser avec

précipitation des œuvres souvent inconsidérées et trop justement appelées par le gouvernement lui-même les témérités de la paix.

La loi du 11 juin 1842, qui autorisa l'exécution d'un vaste réseau de chemins de fer sur un plan plus souvent conforme aux combinaisons de la politique du moment qu'à l'intérêt général des voies de communication de la France, ouvrit, pour la première fois, les caisses publiques à ces dispendieuses entreprises, sans leur assurer d'autre provision de recette que les emprunts temporaires de la dette flottante du Trésor et sans préparer d'autre gage au remboursement de ce nouveau passif exigible que les réserves éventuelles de l'amortissement. Cette exorbitante faculté de créer des besoins extraordinaires à l'Etat en chargeant le crédit spécial de l'administration des finances d'y pourvoir par des expédients dangereux, s'est bientôt étendue à tous les services qui dépassaient les crédits ouverts par le budget ou par des lois particulières (1).

Pendant les huit dernières années de la prospérité nationale si laborieusement reconquise, nous avons vu grandir le revenu public de 3 à 4 cents millions; cependant les progrès soutenus de cette richesse nouvelle n'ont pas suffi pour couvrir les excédants de dépenses, toujours plus considérables, du service ordinaire de chaque exercice. Des découverts croissants et imprévus ont annuellement absorbé, non-seulement l'augmentation continuelle des produits du budget, mais encore 463 millions de fonds réservés sur l'amortissement des trois rentes 5, 4 et demi et 4 pour 100, dont les cours se maintenaient

(1) Voir l'opinion prononcée le 2 juin 1842 à la chambre des pairs

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