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On ne savoit encore, en réfléchissant aux Etats-Généraux, si l'on avoit plus de craintes à concevoir du choc des passion's que de lá confusion des idées et des opinions. C'étoit donc au milieu d'une agitation générale que les Ministres et le Conseil d'Etat avoient à placer heureusement leur foible autorité. Ils devoient, pendant la tenue des Etats-Généraux, : n'omettre aucun moyen naturel de faire paroître le Monarque avec dignité et de ramener les regards vers son rang suprême; mais il importoit également de ne jamais compromettre une intervention dont le crédit pouvoit défaillir à la plus légère épreuve indiscrète.

Le Gouvernement devoit encore chercher à concilier les difficultés et à rapprocher les esprits; car si près des sujets de mécontentement qu'il avoit donnés, et au milieu de la défiance qu'il inspiroit encore, discorde et la confusion étoient plus propres à faire naître des idées extrêmes qu'à ramener vers lui. Il falloit donc parler aux

la

uns des sacrifices que les circonstances conseilloient, et aux autres de la modération qui appartenoit à tous les tems. Il falloit aussi présenter sans cesse l'importance de l'ordre public à ceux qui voyoient tout dans la liberté, et l'importance et l'importance du Pouvoir Exécutif à ceux qui voyoient tout dans la loi. Il falloit encore, en ces tems de systême, défendre avec confiance le présent contre l'avenir, le certain contre le possible, et toutes les idées réelles contre les invasions journalières de l'esprit métaphysique. Enfin, il étoit sur-tout d'un devoir rigoureux, pour un homme public, de se montrer constamment l'ami respectueux de la justice, de la bonne foi, et de rester invariablement fidèle aux principes conservateurs des sociétés, à ces principes éternels et consacrés chez tous les Peuples par les loix de la morale et les préceptes de la Religion.

Tel étoit le plan général de conduite que devoit se proposer le Gouvernement : on jugera s'il s'en est écarté, s'il l'a fait

sciemment, s'il l'a fait par méprise; et le compte que je rendrai des événemens passés fera connoître aussi la part que j'ai eue aux résolutions du Monarque et aux délibérations de son Conseil.

Nul déguisement ne me sera nécessaire ; et j'en aurois besoin, que je rejeterois encore cet honteux secours. C'est au moment où les haines et les injustices de tous les partis vous resserrent de plus en plus en vous-même qu'il faut se mettre bien dans cet unique asyle, et le moindre reproche en détruit la tranquillité. Je ne sais d'ailleurs. si l'ouvrage que je commence sera publié de mes jours; et je ne sacrifierai pas à mon ombre le respect que j'ai toujours eu pour la vérité, la fidélité que je lui ai gardée dans la vigueur de ma vie et sous l'empire de mes passions.

SECTION

I I I.

Etats- Généraux jusques à la Séance Royale du 23 Juin 1789.

AVANT l'ouverture des Etats - Généraux

une question de la plus haute importance occupoit tous les esprits. On se demandoit de quelle manière et dans quelle forme les trois Ordres, une fois réunis, discuteroient et résoudroient les affaires publiques? Un grand nombre de personnes, qui toutes cependant faisoient partie de la Noblesse et du Clergé, soutenoient avec fermeté, que chacun des trois Ordres devoit délibérer séparément. Elles ne s'arrêtoient point à rechercher si la nécessité d'un accord entre trois volontés, et entre quatre même, en y joignant la sanction royale, étoit une condition sage en Législation; mais elles invoquoient l'autorité des anciens usages. On convenoit néanmoins que, dans plusieurs

circonstances, les deux premiers Ordres s'étoient réunis au troisième; mais ils l'avoient fait librement, ils l'avoient fait lorsque le nombre des Députés réunis de la Noblesse et du Clergé étoient plus nombreux que les Députés du Tiers - Etat; et à parité, disoit-on, aucune réunion ne pouvoit être tolérée.

La Nation embrassoit ouvertement un opinion contraire. Elle fixoit moins il est vrai son attention sur des institutions ancien

nes, interrompues par une durée de deux siècles, que sur le présent et sur l'avenir. Elle voyoit, elle sentoit fortement que toute espérance de restauration seroit perdue, si l'établissement solide d'un ordre dans les finances et dans toutes les parties du Gouvernement devoit dépendre d'une harmonie d'idées et de volontés entre trois Corps rivaux délibérans séparément; et l'on craignoit qu'à cette condition les EtatsGénéraux, dont la perspective avoit animé tous les esprits, ne dégénérassent, comme

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