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De l'Egalité dans ses rapports avec le Bonheur et avec la Morale.

On verra que cet Ouvrage avoit été terminé à la fin de 1795. Une indécision de ma part et des difficultés de librairie ont retardé la publicité.

DE

LA RÉVOLUTION

FRANÇA IS E.

SECTION PREMIÈRE.

Avant - coureurs et préparatifs des États

Généraux.

L'ÉPOQUE d'une grande révolution politique n'est jamais le tems qu'il faut choisir pour en écrire l'histoire. Ces mémorables récits, auxquels l'opinion des siècles doit rester attachée, ne peuvent obtenir la confiance, ne peuvent présenter un caractère d'impartialité, s'ils sont entrepris au milieu des haines et durant le tumulte des passions. Et cependant, s'il existoit un homme assez étranger à l'esprit de parti ou assez maître de lui-même, pour décrire avec calme les orages dont il auroit été le témoin, on seroit mécontent de sa tranquillité, et l'on craindroit que son

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ame n'eût pas su garder l'empreinte de tous les sentimens auxquels on voudroit s'associer.

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fl faut donc se borner, dans le tems où nous sommes, à recueillir, à préparer les matériaux dont les Tite - Live et les Tacite des âges suivans pourront un jour faire usage. Nous avons mieux connu l'esprit de la Ligue que les contemporains des Guises et des Valois, et nous avons mieux jugé le grand Henri que ses ennemis ou ses courtisans il en sera de même de la Révolution présente ; nos successeurs en découvriront plus sûrement que nous et l'origine et les premières causes, et c'est à eux seuls aussi qu'il appartiendra d'assigner une place fixe aux hommes qui auront paru dans la carrière des affaires publiques, ou au milieu de l'arène ouverte à la rivalité des différentes ambitions. Hélas!

je le dis à l'avance, malheur au plus grand nombre des noms dont l'Histoire perpétuera le souvenir; car il en est peu, ce me semble, destinés à servir de signal à l'admiration ou à la reconnoissance.

C'EST la progressión morale de la Révo lution française que je veux principalement décrire, et cependant je n'imiterai point ces Écrivains philosophes, qui pour expliquer les causes des événemens modernes, se transportent aux âges les plus reculés. C'est, en apparence, une manière de placer son génie à une grande hauteur ; et pourtant il est vrai que, plus on établit de distance entre les objets de sa méditation, plus il est aisé de les unir par des liens arbitraires ; et il résulte si peu d'utilité de ces rapprochemens fantastiques que nous suivrons une autre méthode. Nous ne fuirons point les idées premières, nous ne rejeterons point les principes généraux; mais nous nous y laisserons ramener sans effort et de proche en proche, par les faits et par les réalités.

Je ne sais à quelle époque de l'Histoire de France on n'auroit pas su présenter une grande insurrection nationale comme une conséquence inévitable des événemens anté rieurs. On eût dit, après le Gouvernement

féodal, que le Peuple, justement irrité de sa longue servitude, avoit dû reprendre toute son énergie, et donner des loix à son tour. On eût dit, qu'après les Croisades, lassé des sacrifices dont les prédications monastiques avoient imposé l'obligation, il avoit dû secouer le joug de l'église et briser jusques au frein des opinions religieuses. On eût dit, qu'après les funestes suites de la démence de Charles VI, après l'appel des Anglois au sein du Royaume, ce même Peuple avoit dû sentir l'immensité des hasards auxquels il étoit exposé par la transmission héréditaire du trône et de la couronne. On eût dit qu'après les guerres civiles dont la France avoit été le théâtre sous le règne des derniers Valois, la Nation n'avoit pu s'abstenir de reconnoître tous les dangers attachés à la Royauté, à ce rang unique et suprême, qui maintiendroit éternellement les rivalités et les combats des hommes, ambitieux de parvenir au commandement. Enfin, après l'épuisement absolu d'hommes et 'd'argent où se trouvoit le Royaume à la mort de Louis XIV, on eût

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