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d'attacher leur existence à un résultat mémorable.

Mais M. de Brienne, pour asseoir son crédit, désiroit de plaire à la Cour, et il la voyoit déja fatiguée de la conduite des Notables et de la considération qu'ils s'étoient acquise par leur résistance à M. de Calonne. M. de Brienne encore avoit plusieurs idées systématiques dont il étoit impatient de faire l'épreuve, et il n'étoit pas sûr d'inspirer aux Notables la même curiosité. Il croyoit même que ces idées lui vaudroient beaucoup de réputation, et il ne se soucioit point de mettre sa gloire en partage. Enfin, il avoit l'esprit tranchant ; il vouloit avancer, circonspection d'une Assemblée lui paroissoit une sorte d'indocilité qui ne pouvoit lui convenir. Tous ces motifs le déterminèrent à dissoudre avec précipitation l'Assemblée des Notables, et cet empressement à vouloir être seul contre tant d'obstacles, donna des doutes sur sa prudence : il eût fallu du moins laisser le tems aux Notables de constater

Tome I.

C

et la

régulièrement la situation des Finances, et c'étoit trop, sans contredit, de ne vouloir d'eux ni pour juges des ressources qu'on se proposoit d'employer, ni pour garans éclairés de l'étendue des besoins de l'Etat. Il n'étoit pas sage, et peut-être n'étoit-il pas permis au Gouvernement de ramener tout à son seul témoignage et à ses lumières, au milieu de l'épouvante qu'inspiroit par toute la France le bruit d'un déficit immense entre les revenus et les besoins ordinaires. Aussi le Parlement de Paris fut-il approuvé lorsqu'il demanda la communication des Tableaux de recette et de dépense, avant de concourir librement à l'accroissement des charges publiques.

Les anciens usages autorisoient le Ministre à refuser cette communication; mais après avoir dédaigné l'alliance et la sanction des Notables, après avoir commis cette faute essentielle, il valoit mieux céder aux instances du Parlement, que d'engager une querelle avec les Cours Souveraines, dans un moment où le Gouvernement avoit perdu l'appui de l'opinion publique.

Le Parlement connut ses forces, et refusa l'enregistrement de deux Edits bursaux, l'un destiné à l'établissement d'un droit sur le timbre, l'autre à une conversion des vingtièmes dans une subvention de quatre-vingt millions.

Le Roi tint un Lit de justice où, de son exprès commandement, on enregistra ces mêmes Edits. Le Parlement fit des protestations; elles furent cassées par un Arrêt du Conseil. Le Parlement persista dans son opposition on l'exila; et après quelques semaines de séjour à Troyes, son rappel fut ordonné, et l'on retira les Edits.

Ainsi plus de droit de timbre, plus de subvention. Il restoit pour ressources fiscales d'élever les vingtièmes à leur juste valeur. Le Ministre croyoit en avoir obtenu la liberté des Chefs de la Magistrature dans le tems. de leur triste séjour à Troyes. I dit, dans ses confidences, que c'étoit le prix de l'indulgence du Roi; il invoqua même le témoignage de quelques Négociateurs

circonstances étoient changées, et l'autorité de ces Cours, l'autorité du Gouvernement, l'autorité de l'opinion publique, ces diverses autorités n'étoient plus dans les mêmes proportions. Tout fléchissoit sous la gloire. et sous l'empire de Louis XIV, quand il défendit aux Parlemens de lui faire des. remontrances avant l'enregistrement de ses Edits, et la Nation conservoit un souvenir d'indignation et de mépris de la guerre de la fronde. C'étoit d'ailleurs, on le savoit, c'étoit de la volonté même du Monarque et de l'intérieur de ses sentimens qu'émanoient les ordres destinés à maintenir les divers genres de subordination ; et l'on n'espéroit pas de faire changer ses opinions ́en détruisant le crédit de ses Ministres.` Tout étoit différent sous le règne de Louis XVI: aucun ascendant personnel ne prêtoit encore de la force au Monarque, et il s'en falloit bien que l'ancien style des Edits, ce voulons et nous plaît, toujours conservé par usage, fût reçu, fût admis dans la plénitude et la rigueur des mots.

LES avertissemens qu'avoit reçu M. de Brienne sur la puissance de l'opinion publique, et la déférence que lui-même avoit eue pour elle, en renonçant avec tant de promptitude à ses plans d'imposition, ne le détournèrent pas de sa marche hasardeuse; et blessé personellement des sentimens que lui montroient les Cours souveraines, il conçut le projet de les attaquer dans leurs principes de vie, au risque, et au risque évident d'associer de plus en plus la Nation à leur cause. Elle eût approuvé peut-être la réduction de leur ressort judiciaire et l'accroissement de la compétence des Bailliages. Ce fut la première disposition adoptée par le Conseil du Roi; mais on voulut aller plus loin, et, pour s'affranchir de toute espèce de contrainte, on se proposa de réunir en un seul Corps, présidé par le Monarque ou par son chancelier, le droit de vérifier et d'enregistrer les loix de police générale, les loix de finance et d'imposition. C'étoit dépouiller en un moment tous les parlemens

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