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Nation avoit tort de s'alarmer, qu'il n'étoit dans l'intention du Roi d'employer la médiation de la cour-plénière pour établir aucun impôt de durée, aucun impôt dont la sanction avoit appartenu de tout tems à d'autres Autorités. Et pourtant il représentoit cette Cour comme un renouvellement de l'ordre des choses, tel qu'il existoit il y a plusieurs siècles; il rappeloit la date de la création des Parlemens; il rappeloit l'ancienne circonscription de leurs prérogatives; enfin il remontoit jusques au commencement de la Monarchie pour indiquer le type de sa nouvelle institution. Mais de quoi servoient ces recherches aux hommes de la génération présente? Tous les Rois de la première et de la seconde race auroient paru pour témoigner de la ressemblance de l'idée de M. de Brienne avec leurs anciens Plaids, avec ces Conseils où s'étoient formés tous leurs Capitulaires et tous leurs Capitules, que l'opinion de la France moderne n'eût pas été changée. La différence des tems équivaudra toujours,

et par de bonnes raisons, à la différence

des pays.

Le Ministre apperçut enfin l'inutilité de ses efforts; il vit que la foible autorité du Gouvernement ne pourroit subjuguer la vigoureuse puissance de la volonté générale, et au mois d'Août 1788, trois mois après l'institution de la Cour plénière, déclaration du Monarque abrogea solemnellement cette nouveauté politique.

une

On conçoit néanmoins combien des changemens si rapides, si rapides, ces expériences hardies et ces prompts repentirs devoient discréditer le Gouvernement.

UNE conduite si incertaine servit aussi parfaitement le vœu progressif de la Nation en faveur des Etats-Généraux. Le Parlement de Paris avoit demandé leur convocation dès le mois d'Août 1787, et tandis que, par un arrêté formel, il accusoit le Gouver nement de réduire la Monarchie française à

t'état de despotisme, de disposer des personnes par Lettres-de-cachets, des propriétés par des Lits de justice, des affaires civiles et criminelles par des évocations ou cassations, et de suspendre le cours de la justice par des exils particuliers ou des translations arbitraires, il se déclaroit lui-même dans l'impuissance légale d'adhérer dorénavant à aucune imposition, il marquoit ses regrets d'avoir adopté si longtems d'autres principes, et il transmettoit à tous les Bailliages sa nouvelle profession de foi.

L'opinion publique qui lui avoit indiqué sa route, excitée par un aveu si décisif, s'anima de plus en plus, et les Etats-Généraux devinrent le cri de ralliement de Paris et des provinces.

Le gouvernement essaya de résister à ce vœu général, puis il y céda graduellement. Il annonça d'abord une convocation des Députés de la Nation pour l'année 1792; il voulut prouver qu'à cette époqne elle seroit plus utile et plus convenable. On n'admit

n'admit point ce retard. Les instances redoublèrent; et pour donner des espérances plus prochaines, un Arrêt du

Conseil

autorisa toutes les Municipalités, toutes les Administrations intérieures, à rassembler les renseignemens propres à guider le Gouvernement dans la formation des. Etats-Généraux. Enfin l'opinion devenant chaque jour plus pressante, et la marche des affaires, au milieu des anxiétés de l'Administration, se trouvant comme suspendue, le Roi, par une Déclaration formelle, fixa l'ouverture des Etats-Généraux au premier Mai 1789.

CEPENDANT M. l'Archevêque de Sens touchoit à la fin de sa carrière ministérielle.. Son crédit à la Cour résistoit encore aux atteintes qu'y portoient chaque jour et sa conduite et les événemens; il luttoit contre les troubles intérieurs du Royaume, tour à-tour en se roidissant et en se relâchant, avec plus ou moins de prudence et d'oppor tunité; mais les embarras du Trésor royal D

Tome 1.

l'ayant déterminé à proposer d'acquitter, partiellement, les rentes de l'Hôtel-de-ville et d'autres engagemens, avec des assignats à terme, les Créanciers de l'Etat entrèrent en irritation, et leurs clameurs se joignant aux plaintes de tous les mécontens, le Roi fut obligé d'abandonner son Ministre ; et M. de. Brienne, découragé lui-même à l'aspect des difficultés qu'il avoit à vaincre parut se retirer volontairement le 25 Août 1788.

On m'avoit sondé peu de tems auparavant, de la part du Roi, pour savoir si je voudrois prendre l'Administration des Finances à côté de M. l'Archevêque de Sens, avec l'entrée au conseil. Je refusai. On revint à moi après sa retraite, et j'obéis à l'appel et au choix de Sa Majesté.

Je fus à Versailles. Le Roi voulut me voir dans le cabinet de la Reine et en sa présence. I éprouvoit, dans sa grande: bonté, une sorte d'embarras, parce qu'il

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