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m'avoit exilé l'année précédente (1). Je de mon dévouement et

ne lui parlai que

de mon respect; et dès ce moment, je me replaçai près du Prince, ainsi que j'avois été dans un autre tems.

Second Ministère de M. Necker.

Ici commencent et mon second Ministère et mon association aux mesures politiques du Conseil du Roi. Je me sers du mot d'association comme le plus exact et le plus conforme à la vérité; mais ce n'est point, je le déclare, pour chercher un partage, et pour affoiblir ainsi la responsabilité qu'on m'impose. Il est singulier peut-être qu'on veuille compter avec moi

(1)J'avois rendu publique une réponse de moi à une attaque injurieuse de M. de Calonne, nonosbtant une improbation indirecte de la part du Roi. C'étoit un tort; mais entraîné par un vif sentiment d'honneur, je courus librement les hasards d'une sorte de désobéissance.

seul des décisions prises par le Monarque au milieu de ses Ministres; mais je ne réclame point contre cette jurisprudence arbitraire, et je veux bien me présenter, sans alliés et sans compagnons, au Tribunal de l'Europe et de la Postérité.

Je voudrois seulement qu'il me fût permis de récuser pour Juges deux sortes de censeurs, également exagérés dans leurs opinions. Les uns ne voient dans le Ministre d'un Roi qu'un aveugle serviteur de l'Autorité,

et ils lui demandent le sacrifice de toute espèce d'idée libérale. Les autres ne voient dans ce même Ministre qu'un simple particulier, l'Agent momentané de la Nation, et ils lui demandent une obéissance servile à toutes les idées populaires. C'est entre ces deux extrêmes que le devoir d'un Ministre est placé. Il ne délaissera jamais, auprès du Prince, les principes d'honneur et les sentimens de générosité qui sculs rendent dignes d'une grande place, et il n'oubliera jamais non plus les devoirs que lui impose la

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confiance de son Maître. J'ai parlé sans cesse à Louis XVI des malheurs et des besoins du Peuple; j'ai parlé sans cesse au Peuple des vertus et des intentions bienfaisantes de son Roi, et j'ai défendu de tous mes efforts la Monarchie, sans dissimuler au Monarque l'utilité d'une balance dans la Constitution d'un Gouvernement. J'ai mérité, peut-être, d'avoir quelques amis parmi les hommes sages et modérés, et leur protection fait ma confiance dans un moment où, essayant de tracer la marche progressive d'une grande Révolution, je ne puis empêcher que les premiers signaux ne rappellent la mémoire de mon administration.

JE trouvai les Finances et le crédit dans un état déplorable, et j'apperçus les avantcoureurs d'une disette, dont les symptômes devinrent terribles en peu de tems. Je soutins les paiemens, pendant un an, sans aucun secours de la part des Parlemens et des ÉtatsGénéraux; et avec des précautions inouïes, je sauvai Paris et la France des horreurs

de la famine. Je crois avoir fait davantage encore pour garantir la France des malheurs politiques dont elle étoit menacée; mais je n'ai pu obtenir en ce point une justice universelle. Trop de gens ont eu besoin de se servir de moi pour voiler leurs fautes; et la foule des spectateurs, en me regardant de la plaine, a dû me voir sans cesse autour d'un char qui descendoit, rouloit avec vitesse, du hant d'un mont élevé, et elle a pu croire que je le poussois, que j'accélérois du moins son mouvement, tandis qu'au contraire, je retenois les roues de toutes mes forces, et j'appelois continuellement au secours.

Que l'on retienne cette comparaison, et l'on jugera, par les développemens consécutifs que je donnerai, si elle n'est pas exacte et conforme à la vérité.

LES États-Généraux étoient promis, ils l'étoient de la manière la plus solemnelle, et les Parlemens, devenus les gardiens d'un engagement que le Monarque leur avoit

adressé, ne pouvoient se dispenser de veiller à son exécution. Deux circonstances d'ailleurs le rendoient presque indestructible: l'une, cette nouvelle profession de foi des Cours souveraines sur le long abus de leur autorité et sur l'impuissance où elles étoient et vouloient être de concourir dorénavant à aucune imposition; l'autre, cette Déclaration du Roi parfaitement analogue au même systême, et par laquelle il reconnoissoit l'illégalité des contributions ordonnées sans l'acquiescement des représentans de la Nation. Enfin, les vœux, et les vœux prononcés de tous les Ordres de l'État environnoient, pour ainsi dire, un engagement que l'on considéroit comme un rappel aux anciennes maximes de la Monarchie, et comme un présage de la félicité publique.

Concevra-t-on facilement que des hommes, aveuglés par leurs passions et revenant sur les tems passés, me reprochent aujourd'hui de n'avoir pas détourné le Monarque de la convocation des Etats- Généraux. Il ne les

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