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des Lettres-de- cachet, des emprisonnemens arbitraires, et ils se croyoient déjà plus à l'aise, en pensant que bientôt la surveillance exercée par les Magistrats, au nom de la loi, seroit la seule Autorité redoutable.

on

On appercevoit encore le vice des anciens systêmes d'Administration, entendoit les plaintes et les murmures qu'excitoient continuellement le régime et la distribution des impôts, les rigueurs et les bizarreries de la Législation Fiscale, et l'on étoit instruit des obstacles qu'une complication . formidable de privilèges et d'autorités opposoit aux idées de réforme et d'amélioration. Ainsi, lorsqu'on avoit éprouvé pendant si long-temps la foiblesse et l'inconstance du Gouvernement dans toutes les entreprises étrangères à l'Autorité Royale, il étoit naturel que l'on désirât de voir enfin réunies dans un même centre la connoissance des abus, la volonté de les détruire ou de les corriger et la puissance nécessaire pour y parvenir.

Tome I.

E

Les vœux de la Nation ne se dirigeoient donc pas sans motifs vers une convocation d'Etats- Généraux, et lorsque cette convocation fut promise, lorsqu'on se permit alors de raisonner plus ouvertement sur l'organisation du gouvernement Français, on en discuta les abus, on en désigna les défauts, et bientôt on vit naître une opinion inquiète, dont les progrès s'étendirent avec une accélération singulière. Les circonstances qui servent à dissimuler les vices d'une ancienne Constitution politique, ou qui force l'attention à s'en distraire, ces diverses circonstances n'existoient plus. Le voile étoit déchiré, et la confiance dans la sagesse de l'Administration, le respect pour l'Autorité dominante, la force des préjugés, le sommeil enfin de la prospérité, tout étoit disparu; aucune attente, aucune espérance, aucun songe flatteur, ne favorisoient plus les idées d'habitude, et l'œil pénétrant de la censure avoit repris toute son activité.

Alors on

se demanda ce que signifioit

un ordre social où les conditions du pouvoir législatif n'étoient point fixées, où le Monarque et les siens croyoient que ce Pouvoir appartenoit en définitif à la volonté du Prince exprimée dans un Lit de justice; tandis que les Parlemens et les disciples de leur doctrine considéroient comme incomplètes toutes les loix qui n'étoieut pas enregistrées avec liberté par les différentes Cours Souveraines.

Le premier systême, en réunissant sous la même autorité le Pouvoir exécutif et le Pouvoir législatif, présentoit l'idée du despotisme.

Le second, en soumettant toutes les dispositions d'un ordre général à l'assentiment de treize Parlemens, délibérans chacun à part pour l'étendue de leurs ressorts, offroit un modèle de confusion.

Le combat entre ces deux systêmes, et leur supériorité alternative, selon que l'opinion

favorisoit l'une ou l'autre, étoient et devoient être une source continuelle de troubles et de divisions. Et lorsque la querelle entre l'Autorité Royale et l'Autorité Parlementaire, éclatoit en hostilités, la Cour exiloit, emprisonnoit, et les Magistrats cessoient de rendre la justice (1). Les Parlemens discréditoient le Conseil du Roi, le Conseil cherchoit à avilir les Parlemens; et durant le cours de ces débats et de ces offenses mutuelles, la considération de toutes les Autorités s'affoiblissoit. Enfin le Pouvoir législatif lui-même, au milieu de tant de déchiremens, ne paroissoit plus aux yeux des Peuples avec l'éclat qui lui sied, avec la splendeur qui lui appartient, et souvent alors le respect paroissoit chancelant et l'obéissance languissante.

(1) Le Parlement de Paris cessa toutes ses fonctions, et les Avocats, à son imitation, refusèrent de plaider dans aucun Tribunal, parce que Louis XV avoit défendu aux Cours souveraines de se mêler des affaires relatives à la Bulle Unigenitus.

Les parlemens encore, lorsqu'on examinoit Feur composition, ne paroissoit pas assortis. ou proportionnés au rang qu'ils vouloient tenir dans la Constitution de l'Etat. Le besoin seul d'un intermédiaire entre le Roi et la Nation, prêtoit à ces compagnies de Magistrats le secours

de l'opinion publique; mais comment n'auroit-on pas vu, lorsqu'on étoit appelé à y penser, comment n'auroit-on pas vu que des particuliers, élevés en autorité par l'acquisition vénale d'un office, n'étoient pas les organes naturels du vœu de la Nation, n'étoient pas les hommes désignés au nom de la raison, pour être et pour rester toujours Ies seuls dépositaires d'une aussi magnifique/ prérogative que le droit d'accepter ou de refuser les loix, les loix régulatrices de tous les intérêts de l'Etat ? Comment encore: n'auroit-on pas apperçu que des hommes, dont toutes les études et les occupations étoient concentrées dans le cercle de la Jurisprudence civile ou criminelle et dans la science des formes, n'étoient pas préparés par leurs habitudes et par leurs connoissances,,

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