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parallèles, car il étoit évident que le même esprit public, dont le mouvement unanime arrachoit au Roi la promesse d'une convocation prochaine d'Etats-Généraux, influeroit aussi sur la formation de ces Etats. Le Gouvernement parut lui-même avoir le pressentiment de cette vérité; mais au lieu de l'approfondir à tems, et d'en mesurer les conséquences, il se borna à requérir avec une sorte de solemnité, des renseignemens et des instructions qu'on ne lui donna point.

Ce fut par un Arrêt du Conseil, rendu sous M. de Brienne, que les Municipalités, les Administrations Provinciales, et même les Académies de Savans et de gens, de lettres, furent invitées à adresser des Mémoires aux Ministres ; et si la Nation eût pu rester incertaine sur l'autorité de son opinion, elle auroit été rassurée en voyant les doutes du Gouvernement et l'imperfection de ses connoissances.

Ainsi lorsque je rentrai dans le Ministère

au mois d'Août 1788, je trouvai le Prince et son Conseil engagés et par leurs promesses et par les espérances qu'ils avoient données. Je vis en même tems la Nation disposée à toutes les prétentions qui naissent du sentiment de ses forces; et quoique la nouveauté des circonstances et l'inexpérience générale tinssent encore dans le vague toutes les pensées politiques, on s'accordoit univer sellement à désirer, à vouloir que les Etats-Généraux ne fussent pas une vaine parade. L'on demandoit avec décision qu'ils eussent, par quelque moyen, l'unité d'action necessaire, et pour extirper cette foule d'abus dont les racines paroissoient si profondes, et pour entreprendre, avec succès, une régénération, dont on avoit l'impatience et dont on éprouvoit le besoin.

Les derniers Etats avoient été rassemblés en 1614, au moment de la majorité de Louis XIII, et sous l'autorité toujours subsistante de Marie de Médicis. Ils furent convoqués à la hâte et dissous de la même

manière. On y vit les efforts du Clergé pour faire reconnoître en France l'autorité temporelle du Pape et le Concile de Trente, mais aucune autre discussion importante n'occupa les Etats. Les trois ordres rassemblés éparément se rendoient des visites par Commissaires, s'envoyoient réciproquement des Orateurs. On observoit scrupuleusement toutes les étiquettes, on comptoit le nombre des pas que l'on faisoit dans une des trois Chambres, pour accompagner les Délégués des deux autres, on pour aller au-devant d'eux. Il y avoit de ces pas, un tel nombre pour le Tiers-Etat, un tel nombre pour la Noblesse, un tel autre pour le Clergé, et l'on en tenoit registre. On inscrivoit également les harangues, et et ces harangues ressembloient à des déclamations théatrales, plutôt qu'à des controverses sérienses. Enfin, au milieu des complimens les plus fastidieux, il s'élevoit des querelles sur des phrases inconsidérées, et il fallut, entre autres, beaucoup de négociations et d'entrevues pour appaiser la fermentation

occasionnée par une comparaison imper tinente d'un Orateur du Tiers, qui, en parlant au Roi, avoit désigné les Nobles comme des adorateurs de la Déesse Pécune. On composa cependant des doléances, et l'on espéroit recevoir quelque satisfaction. avant la séparation des Etats; mais cette séparation fut ordonnée au moment même de la réception des cahiers. Les Députés du Tiers-Etats parurent humiliés et désolés d'être contraints à s'en retourner dans leurs Bailliages, sans avoir rien obtenu pour la chose publique ; et voici comment s'explique un Député de cet Ordre, le rédacteur des procès-verbaux.

Quoi, disions-nous, quelle honte, quelle confusion à toute la France, de voir ceux qui la représentent, en si peu " d'estime et si ravilis....

"L'un publie le malheur qui talonne l'Etat, l'autre déchire de paroles M. le › Chancelier et ses adhérens et cabalistes.

L'un frappe sa poitrine, accusant sa lâcheté, et voudroit chèrement racheter un voyage

si infructueux, si pernicieux à l'Etat, et dommageable au Royaume d'un jeune "Prince, duquel il craint la censure, quand "l'âge lui aura donné une parfaite connois"sance des désordres que les Etats n'ont "pas seulement retranchés, mais acerus,

fomentés et approuvés. L'antre, minute son retour, abhorre le séjour de Paris, " désire sa maison, voir sa femme et ses " amis, pour noyer dans la douceur de si tendres gages la mémoire de la douleur ,, que la liberté mourante lui cause.",

Les Etats de 1614 durèrent à peine quatre mois, et en déduisant de cet intervalle tout le tems consumé par des cérémonies ou par d'autres distractions inutiles, il ne resteroit pas six semaines de travail assidu.

Certainement des Etats-Généraux dont le rassemblement n'avoit servi qu'à signaler la puissance de la Cour et la foiblesse des

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