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la Cour paroissoit encore de loin la porte d'entrée des mines du Mexique ou du Pérou, Enfin l'éducation, la science et les lumières avoient fait de grand pas; l'art de parler et d'écrire s'étoit perfectionné, et chacun brûloit du désir de paroître et de se montrer, Mais toutes ces considérations n'étoient rien encore, près des grands motifs qui attiroient l'attention universelle vers les Etats-Généraux de 1789 et qui tenoient tous les esprits en fermentation. Les Parlemens et le Monarque à leur imitation, avoient déclaré que les Représentans de la Nation pouvoient seuls autoriser par leur consentement l'établis sement et la levée des contributions. Ainsi les sacrifices des Peuples, et par une suite nécessaire le sort de la dette publique, la détermination des dépenses, devoient se fixer dans une assemblée, déja remarquable par le retour d'une solemnité inconnue à la génération présente, et qu'un intervalle de deux siècles avoit effacé de son souvenir.

La rénovation des principes d'Adminis

tration et la modification de plusieurs parties de l'ordre politique s'unissoient encore en perspective aux résultats des prochains EtatsGénéraux. Jamais donc aucun Peuple n'avoit été appelé à influer par sa représentation sur des événemens d'une plus haute importance. Toute la France appercevoit cette vérité, et le troisième Ordre de l'Etat, plus en espérance qu'aucun autre parce qu'il avoit plus de vœux à former, considéroit avec un intérêt sans mesure la perspective nouvelle offerte à ses regards, et il attendoit des lumières du tems et de l'influence énergique de ses réprésentans le redressement de tant de griefs, inutilement exposés en d'autres circonstances.

Les communes du Royaume, animées de cet esprit, auroient peut-être envoyé aux Etats-Généraux un nombre indéfini de Députés, si l'ancien formulaire des Lettresde-convocation leur eût rappelé la liberté dont elles avoient joui de tout tems. Le Gouvernement avoit même de premières

notions sur leurs dispositions à cet égard, et il prévint par sa conduite un systême d'élection inconsidéré. Les deux premiers Ordres, à l'imitation du Tiers-Etat, auroient multiplié peut-être le nombre de leurs Députés, et il y auroit eu un désordre complet, et comme une sorte de cohue, à l'ouverture des Etats-Généraux.

Cependant, si le Roi présageant l'abus.

que feroit le Tiers-Etat de l'ancienne liberté des élections, et si calculant avec prudence la mesure de son Autorité repressive, il s'étoit assuré d'une complète obéissance, sans manquer aux règles de sa justice, n'auroit-il pas rempli de cette manière les conditions qu'il devoit se proposer?

Aussi, l'on doit s'en souvenir, le Résultat du Conseil du 27 Décembre 1788 répandit un calme universel; et ce calme, heureux présage, sembloit annoncer, sembloit promettre la tranquillité des Etats-Généraux et leur influence propice. Que n'a-t-on secondé

secondé les soins paternels du Monarque! que n'a-t-on respecté sa marche circonspecte! que ne s'est-on rangé autour de sa prudence au lieu de lui demander, hors de tems, de se déclarer le champion de toutes les prétentions que son bon esprit l'empêchoit d'approuver indistinctement, et que l'Autorité Royale auroit en vain alors essayé de défendre! Elle ne pouvoit plus, cette Autorité, dédaigner de compter avec l'opinion, et il y auroit une sorte de méprise malicieuse à s'autoriser de mon Rapport au Conseil, pour supposer que je jugeois le Monarque en pleine liberté de régler arbitrairement la Députation des trois Ordres; pour supposer que je lui croyois une égale faculté de se faire obéir, soit qu'il admit ou rejetât la réclamation animée, et le vœu prononcé de toutes les Communes de France.

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Un des devoirs du Ministre, dans ce Rapport destiné à une grande publicité, étoit de jeter un voile sur les idées de contrainte et de nécessité, afin de maintenir Tome I.

I

au

en son éclat la Majesté Royale, et peutêtre encore plus, afin de ménager Monarque l'amour et la reconnoissance de la majeure partie de la Nation. Je ne faisois tort à personne en prenant pour le Roi la part qui pouvoit appartenir aux circonstances, et c'est ainsi qu'en mille occasions et au risque d'être mal jugé, j'ai toujours cherché à le servir.

LE témoignage des hommes du tems présent suffit pour faire foi de la véhémence avec laquelle on prenoit part en France à une décision attendue chaque jour de la part du Conseil du Roi. Mais un témoignage de - tradition s'affoiblit insensiblement, et je trouve important de consacrer ici une preuve 'éclatante et durable de la vérité que je viens de rappeler.

Cette preuve est inscrite sur les registres d'une Cour Souveraine, et la plus célèbre entre toutes. Le Parlement de Paris,

avant

le Résultat du Conseil du 27 Décembre,

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