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sanction du Roi, lorsque l'Assemblée, après l'avoir reçue, nomma des Commissaires pour examiner une seconde fois nn Décret dont elle commençoit à présager les suites. Mais il n'étoit plus tems; le public de Paris, enchanté du premier signal de nivellement, se prononça fortement; et les commissaires, rendus craintifs par ce mouvement, laissèrent oublier leur mission et n'en rendirent aucun compte. J'osai seul déclarer mon opinion en faisant imprimer avec la permission du Roi mon avis au Conseil et les observations que j'avois proposées. Je contribuai de plus au Décret de révision de l'Assemblée; mais je me fis nn grand tort auprès du Parti populaire. Il n'est rien de si séduisant que l'égalité au moment où elle commence, au moment surtout où elle sait l'inégalité; mais en supposant qu'elle fût applicable à aucun ordre social, ce n'étoit pas autour d'un Roi, ce n'étoit pas dans un Gouvernement déclaré Monarchique que l'on devoit en faire l'expérience.

On s'étonnera sans doute de la détermination

du Roi dans cette circonstance, et l'on demandera par quels motifs, résistant à un avis soutenu vigoureusement dans son Conseil, il sanctionna sans délai, sans aucune observation préalable, un Décret si contraire aux intérêts de sa Couronne, et si fort en contraste avec ses propres opinions? Je ne puis rendre compte des suggestions secrètes auxquelles il déféra dans cette occasion, mais plusieurs apperçus m'ont instruit de la politique qui dominoit alors parmi les hommes admis à son intimité. Ils croyoient que les fautes de l'Assemblée Nationale serviroient dans l'opinion l'Autorité suprême; et considérant alors comme une des plus essentielles et des plus marquantes la destruction de la Noblesse et le nivellement des conditions ils souhaitoient que le Roi n'y opposât aucune résistance. Ils attachoient de plus une grande importance à constater publiquement l'état de contrainte où le Monarque se trouvoit réduit; et ils pensoient que cette vérité deviendroit manifeste aux yeux de l'Europe, si le Roi, sans aucun délai, donnoit son

acquiescement à un Décret évidemment contraire à ses plus précieux intérêts, évidemment en opposition avec les sentimens

communs à tous les Princes.

Une telle politique eût été bonne entre des particuliers qui, soumis les uns et les autres à l'autorité d'un Tribunal supérieur, peuvent se faire relever de leurs engagemens en administrant des preuves de violence ou d'esclavage; mais entre un Monarque et les Représentans d'une Nation, il n'y a point de juges, il n'y a point d'arbitres; et dans leurs rivalités, c'est toujours de puissance dont ils ont à lutter ensemble. C'étoit donc, je le crois et je l'ai dit souvent, c'étoit un faux calcul de sacrifier un seul moyen de crédit, un seul moyen d'influence, au désir de donner un degré d'authenticité de plus à l'état de gêne et d'alarme où le Roi se trouvoit réduit. Pouvoit-on douter que près d'un Tribunal, ou en reprenant un jour son Autorité, Louis XVI eût manqué d'élémens pour composer un Mémoire de griefs?

Pouvoit-on supposer que sa situation fût inconnue aux Princes de l'Europe et aux Nations étrangères? If eût donc été plus sage de s'opposer, selon l'étendue de ses moyens, à l'établissement d'une disposition législative qui enlevoit au Trône son lustre et qui introduisoit un systême incompatible avec les principes constitutifs du Gouverne ment Monarchique.

On se trompoit de même quand on imaginoit servir la Royauté, en laissant, pour ainsi dire, un champ libre aux écarts de l'Assemblée Nationale et à son esprit de destruction. On a pu remarquer que ses entreprises les plus hardies, ses fautes mêmes, quand elles n'étoient pas combattues, ajoutoient à sa force réelle, en donnant une nouvelle idée de sa puissance.

en

Une pensée m'est souvent venue, remarquant la facilité, ou plutôt la résignation avec laquelle le Roi donna son consentement à plusieurs Décrets dont il

désapprouvoit le but et les principes. Il vouloit, je le crois, ménager et rassembler toutes ses forces pour obéir à sa conscience, en s'opposant à la loi destructive des instituts ecclésiastiques, lesquels dans son opinion étoient étroitement liés à la conservation pure du Culte religieux et de la Foi Catholique; et l'on a vu sa longue résistance et toute l'expression de sa douleur quand il fut contraint de céder.

LE Roi cependant, avant l'époque du Décret sur la destruction des rangs dont je viens de parler, mais lorsqu'il étoit encore à Versailles, s'étoit opposé avec fermeté à un systême de désorganisation dont les progrès ont été si rapides. Il tempéra le zèle inconsidéré des deux premiers Ordres, lorsque la nnit célèbre du 4 Août 1789, et dans l'ivresse d'une générosité fastueuse, ils prodiguèrent à l'envi leurs sacrifices, et consacrèrent le noviciat d'un parfait désintéressement, par un par un

entier oubli de la chose publique. Les observations

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