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leçons allégoriques, toujours adoucies par la dextérité du courtisan et par le charme d'une langue harmonieuse et poétique, on vit, de nos jours, une foule d'écrivains approfondir, sans danger et souvent dans un style barbare, les plus importantes questions de l'économie politique, et censurer encore, avec sécurité, les fautes des Ministres et les erreurs ou l'insouciance de l'autorité suprême. Ils furent lus cependant, et ils eurent, dans tous les rangs, des adeptes et des sectateurs.

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Ón vit de plus, et c'étoit une bisarrerie singulière, on vit les mêmes personnes, qui profitojent à la Cour des faveurs du Prince, revenir dans la société prendre leur part des louanges qu'on accordoit aux sentimens d'indépendance et au courage de la liberté. On célébroit les Américains; on raisonnoit sur la constitution d'Angleterre et comme le trésor-royal, à la fin dépouillé, n'attiroit plus à lui le même nombre de poursuivans, on croyoit qu'il étoit tems de jouer un rôle dans la politique; et, pour s'y préparer, chacun parloit du peuple et de son infor

tune.

Beau langage sans doute, mais difficile à concilier avec un luxe sans bornes, et avec toutes les vanités qui lui servoient d'accompagnement. Ah! combien les mœurs étoient

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encore en contraste avec les principes dont on commençoit à faire parade, avec les droits politiques que l'on cherchoit à rétablir! Tous les liens étoient relâchés, toutes les autorités étoient importunes, et le joug même de la décence paroissoit affoibli. Les jeunes gens étoient devenus dominans; et, jettés dans le monde avant d'avoir eu le tems d'éclairer leur jugement, ils croyoient

ouvoir se ranger parmi les penseurs, sans autre contingent qu'un petit nombre d'idées générales, de ces idées qui mènent à tout, et qui ne suffisent à rien.

Cependant il étoit manifeste que chacun aspiroit à se composer une réputation d'esprit ou de caractère. On vouloit faire quelque chose de soi, on le vouloit par vanité, on le vouloit par inquiétude, on le vouloit par ennui, et l'on envioit aux derniers courtisans de Louis XV l'honneur de s'être marqués dans l'opposition.

La jeunesse des Parlemens, s'unissant à l'esprit du tems, eût aussi le désir de paroître et de faire effet; et se lassant tout-àcoup de vivre obscurément au milieu des procès et des querelles particulières, elle chercha le bruit et la renommée; et pour sortir avec éclat de son enceinte, elle donna le signal d'un grand sacrifice personnel, en dénigrant elle-même, en atta

quant la première, les prétentions politiques et les plus anciennes prérogatives des cours souveraines,

On marchoit ainsi de plusieurs points différens vers un but encore vague et mal défini; mais tous les mouvemens se rapportoient à un mécontentement de la situation présente, à un goût général d'innovation. Néanmoins aussi long-tems que le peuple, resserré dans le cercle étroit de ses pensées habituelles, n'en franchissoit point les bornes, il étoit facile au gouvernement de dominer la classe inquiète et raisonneuse de la société, et de l'arrêter au passage des idées spéculatives à l'action et à la volonté. Mais l'immensité des impôts, leur inégale répartition, le désordre absolu des finances, et ces signaux de détresse que l'on déployoit continuellement aux regards d'une nation impatiente d'être soulagée du poids de ses taxes, toutes ces circonstances, et les justes alarmes des créanciers de l'état, multiplièrent les mécontens, et donnèrent une foule d'amis aux promoteurs d'un changement dans l'ordre du gouvernement. Ce fut autour de cinq cents millions d'impôts que l'alliance se forma, et sans y penser, sans le prévoir, les courtisans avides et les ministres

déprédateurs devinrent les négociateurs de ce traité.

Ce fut la coïncidence du premier retour des lumières avec les abus excessifs de la cour de Rome qui décida la réforme au tems de Léon X ; c'est de même une agitation singulière dans les esprits, qui, réunie au bouleversement des finances, a consacré l'époque de la révolution françoise.

Enfin, il est une subversion générale qui doit être essentiellement attribuée à un petit nombre d'hommes connus de toute l'Europe, et dont le génie hardi, l'éloquence entraînante ébranlèrent les plus anciennes opinions et frayèrent ainsi les voies à tous les écarts de l'imagination, et à tous les abus de la liberté. C'est à leur voix éclatante et sous leur bannière qu'on a vu l'esprit philosophique étendre chaque jour ses conquêtes, et favoriser toutes les insurrections contre les idées reçues et contre les vérités communes. Cet esprit, né de nos jours, s'appliquoit à ruiner les fondemens de tous les devoirs en se jouant des opinions religieuses; et s'exerçant ensuite sur les principes politiques, il brisa de prime abord toutes les barrières, et il s'efforça de substituer l'exagération de la liberté à la sagesse des freins, et les con

fusions de l'égalité aux prudentes gradations dont l'ordre social se compose. Ainsi l'on préparoit un relâchement universel, en essayant de persuader aux hommes qu'il n'existoit rien de respectable, ni dans le ciel ni sur la terre.

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J'ai vu, pour résister à l'influence des nouveaux systêmes, ou pour en éloigner le danger, j'ai vu, pour lutter s'il le falloit contre l'autorité de l'opinion publique, ou pour traiter avec elle, un roi parfait comme honnête homme et comme ami du bien parfait encore dans ses mœurs et dans ses vertus privées ; un prince d'un sens droit, et qui, dès sa jeunesse avoit eu dans l'esprit le calme et la modération de l'âge mûr. En même tems, néanmoins, un roi dont la volonté avoit besoin d'appui, et qui montroit rarement dans les affaires une fermeté d'opinion, ou une insistance dérivant de lui-même; caractère le moins propre être opposé à de grandes circonstances; car rien n'encourage autant aux aggressions contre le gouvernement, que la certitude de n'avoir point en présence de soi, d'une manière durable, la personne et les sentimens du prince, puisque lui seul est l'être invariable dans le cercle des autorités. J'ai vu d'ailleurs un roi plus en péril qu'un autre s'il venoit à se livrer à de mauvais

હૈ

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