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rances, qu'on ne pouvoit douter de la réalité de leurs dispositions.

Sans doute le moment est venu où beaucoup d'entr'eux ont changé de route; mais l'altération de leurs sentimens, la déviation de leur conduite, ont été le résultat des grands évènemens et des fautes majeures dont je rendrai compte dans la suite de cet ouvrage.

Au reste, la petite digression, dans la→ quelle je viens de m'engager, ne doit point laisser conjecturer que le gouvernement avoit cherché à favoriser l'élection des ecclésiastiques du second ordre.

Je déclare au contraire que les ministres du roi, dans la mesure de leurs moyens et autant qu'ils le purent avec sagesse, cherchèrent à diriger les suffrages des ecclésiastiques vers les hommes les plus distingués de leur ordre; et les seuls alors généralement connus, occupoient les premiers rangs dans le clergé.

Le roi désiroit, avec un intérêt digne d'éloges, de voir appelés aux états-généraux, les hommes les plus distingués dans les trois ordres, et par leur caractère, et par leur probité. Et si, dans un parti, dans un ordre de censeurs auxquels le malheur a donné tant de droits, on avoit pu conserver un jugement impartial, on auroit au Tome I.

moins relevé favorablement l'intentiort qu'avoit eue le monarque en autorisant les trois états à choisir des députés dans un ordre différent du leur. Ce n'étoit pas l'avis des notables, et cependant cette liberté fit entrer dans la chambre du tiers un grand nombre de nobles, un grand nombre d'hommes destinés à le devenir, ou par leurs charges, ou par les offices de leurs pères et un grand nombre encore de privilégiés à différens titres; tandis qu'aucun roturier, comme on ne pouvoit en douter, ne fut nommé député que par les

siens.

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Choix de Versailles pour la tenue des États:

Le roi fixa le rassemblement des étatsgénéraux à Versailles, et tout le monde alors approuva sa détermination! C'est après des évènemens hors de toute attente, qu'on a demandé si l'on n'auroit pas mieux fait de réunir les députés des trois ordres à une distance de Paris beaucoup plus grande. Mais au commencement de 1789, on craignoit uniquement les dispositions des provinces contre les nombreux créanciers de l'état, et l'on ne cessoit de dire que l'opinion de Paris pouvoit seule servir de sauve-garde à la dette publique. Le gouvernement, témoin de ces inquiétudes,

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dévoit-il s'y montrer indifférent ? Etoit-ce d'ailleurs une chose simple, que de transporter le siège de l'administration à cinquante lieues de la capitale, dans un tems où la pénurie du trésor royal, et les signes alarmans d'une grande disette, exigeoient une assistance journalière au lieu central des ressources et des gens d'affaires ?

Les derniers états-généraux, en 1614, s'étoient tenus à Paris (1). Louis XVI devoit-il montrer plus de défiance que Marie de Médicis ? Le devoit-il au milieu des profusions d'amour et de reconnoissance. qui lui venoient de la part du tiers-état ? Les lettres adressées dans ce tems-là, et au monarque et à ses ministres, témoigneroient, encore aujourd'hui, du dévouement sans bornes dönt les villes et les communautés faisoient alors profession, et pour le prince et pour le gouvernement.

Je n'ai point oublié qu'à mon retour au ministère, en 1788, le roi, personnellement offensé de la conduite de la noblesse de Bretagne, croyoit devoir fortifier son autorité

(1) Ce fut le séjour de Louis XI et de son suc cesseur au château du Plessis-lès-Tours, qui décida la convocation des Etats dans la ville de Tours, vers la fin du XV siècle. Tous les précédens, à une exception près, avoient été rassemblés à Paris.

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de l'attachement du tiers-état. Etoit-ce un sentiment si nouveau de la part des monarques François ? Etoit-ce le tiers-état qui les avoit réduits à être, aux derniers tems de la seconde race, des rois sans domination, et de simples seigneurs de Soissons, de la Fère et de Laon ? Etoit-ce le tiers-état qui les avoit obligés, durant trois siècles, à partager leur autorité avec tous les feudataires de la couronne? Et me devoient-ils pas à l'appui des communes la reprise de leur pouvoir et le rétablissement de leurs droits? Cet appui ne leur fat-il pas encore nécessaire pour réprimer de nouvelles usurpations, pour étouffer entièrement le germe renaissant de l'ambi tion des grands, et pour éteindre une espérance dont on apperçut les derniers vestiges sous Henri IV, lorsque le duc de Montpensier vint demander au roi de rétablir, en faveur des gouverneurs, de, province, Pancienne constitution féodale ? Louis XI ne disoit-il pas sans cesse, qu'il préféroit l'attachement des bourgeois, à la foi douteuse des grands: et ce prince, qui relevoit en toute occasion le tiers-état, a-t-il laissé la réputation d'un monarque inexpert en autorité? Le principe de la Souveraineté du peuple, par qui fut-il mis en avant pour la première fois ? Les monumens de l'his→ toire n'en accusent pas le tiers-état, mais

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les princes Lorrains, qui vouloient donner de la puissance au vœu de la nation, et se servir de ce vou pour commencer une nouvelle dynastie. Enfin, nous resserrant dans les états-généraux de 1614, est-ce le tiersétat qu'on y vit occupé de soutenir l'autorité suprême de l'église, et de rendre au souverain pontife le droit de disposer des couronnes? Non, sans doute ; et tandis que le clergé qui proposoit, adoptoit ces principes, tandis que l'ordre de la noblesse avoit la foiblesse d'y adhérer tacitement, les députés du tiers-état y opposoient une résistance inébranlable. Et voici littéralement les maximes mémorables qu'il professa dans cette assemblée nationale, la dernière de toutes avant 1789.

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Que pour arrêter le cours de la perni»cieuse doctrine qui s'introduit, depuis » quelques années, contre les rois et puis»sances souveraines établies de Dieu, par » des esprits séditieux, qui ne tendent qu'à » les troubler et subvertir, le roi sera sup

»

plié de faire arrêter en l'assemblée de ses » états, pour lai fondamentale du royaume, » qu'il soit inviolable et notoire à tous ; que » comme il est reconnu souverain en son » état, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n'y a puissance en terre, quelle qu'elle soit, spirituelle ou temporelle, qui

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