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élevés en autorité par l'acquisition vénalo d'un office, n'étoient pas les organes naturels du vœu de la nation, n'étoient pas les hommes désignés, au nom de la raison, pour être et pour rester toujours les seuls dépositaires d'une aussi magnifique prérogative que le droit d'accepter ou de refuser les loix, les loix régulatrices de tous les intérêts de l'état? Comment encore n'auroit-on pas apperçu que des hommes, dont toutes les études et les occupations étoient concentrées dans le cercle de la jurispru dence civile ou criminelle, et dans la science des formes, n'étoient pas préparés, par leurs habitudes et par leurs connoissances, à cette immense diversité de questions dont l'ordre public se compose ?

Qu'il soit permis encore à un homme si long-tems l'ami du peuple, de ce peuple alors délaissé, qu'il lui soit permis de rappeller, entre toutes les bisarreries du Gouvernement François, celle dont il a toujours été péniblement affecté pendant le cours de son Administration. Le bien du Royaume, les principes d'une saine morale, la protection due à la classe ignorante de la société tous les motifs enfin qui peuvent déterminer un Ministre honnête, m'auroient fait desirer un grand changement, un changement presque absolu dans le systême des contributions publiques.

L'impôt sur les terres n'étoit soumis à aucun principe régulier de répartition, et des privilèges injustes en eux-mêmes, mais suspendus encore à d'anciennes idées, en rejettoient le principal fardeau sur la partie de la Nation qui, par son état et sa fortune, auroit exigé le plus de ménagement.

Les droits sur les consommations offroient à tous les regards des disparités d'un autre genre; on les avoit diversifiés à l'infini, on les avoit élevés graduellement au plus haut période, et tandis que plusieurs Provinces en étoient surchargées, d'autres excitoient leur envie en se glorifiant des franchises dont elles étoient en possession. La Gabelle, les Aides, et d'autres droits également connus, rappellent encore aujourd'hui, par leurs noms seuls, tout ce que je viens de dire; cependant cette bigarrure et ces oppositions frappantes excitoient, par l'appât du gain,. un esprit de fraude, et la guerre étoit ouverte, la guerre étoit continuelle entre les aventuriers de la contrebande et la milice du fisc.

Tant de confusion, tant de désordres dans le systême et la distribution des impôts, invoquoient sans doute un amendement et peut-être une régénération complète; mais, pour y parvenir, au milieu d'un si grand nombre d'intérêts en rivalité, il eût fallu

réunir à une même opinion les Parlemens, les pays d'Etats, et peut-être encore les Chambres des Comptes et les Cours des Aides; car, pour suspendre et pour empêcher, il n'étoit aucune autorité qui n'eût sa puissance, et peu de semaines avant l'Assemblée des Etats- Généraux, j'ai vu de simples tracasseries de la part de la Cour des Aides de Normandie arrêter dans cette Province la collecte et la répartition de la Taille; et ces tracasseries n'avoient cependant pour motif qu'un petit sentiment d'humeur ou de dépit contre les Administrations provinciales nouvellement établies.

On n'a pu connoître que par expérience la contexture embarrassée et l'enchevêtrement, s'il est permis de s'exprimer ainsi, du Gouvernement François dans ses rapports avec l'Administration intérieure du Royaume. On s'entendoit; on cheminoit à l'aide de l'habitude et en suivant les routes frayées; mais il falloit livrer mille petits combats pour faire réussir l'innovation la plus raisonnable.

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On dira sans doute, et l'on sera cru des hommes qu'une simple vraisemblance séduit ou persuade, on dira que l'Autorité royale, si l'on avoit su l'employer, auroit détruit les abus les plus enracinés, auroit vaincu tous les genres de résistance. Mais

on ne réfléchit pas que la puissance, pour. être active et soutenue, doit tenir à une volonté et tenir encore ostensiblement y , or, une telle volonté dans un Monarque ne s'unira jamais à une idée aussi abstraite et aussi compliquée que la rénovation d'un systême Fiscal, d'un systême d'Administration, d'un systême de Jurisprudence. Richelieu fut soutenu par un Prince foible dans une entreprise hardie, mais cette entreprise étoit en rapport continuel avec un terme simple et toujours entendu, toujours chéri des Rois, l'accroissement de l'autorité. Et, je n'en doute point, le même Ministre qui subjugua les Grands, qui rabaissa l'Autriche au nom de Louis XIII, auroit impatienté son Maître s'il lui avoit demandé de la tenue et de l'obstination, pour rendre le prix du sel uniforme dans le Royaume.

C'étoit donc uniquement à des EtatsGénéraux que pouvoit être attachée l'espérance d'une réforme salutaire dans l'Administration intérieure de la France. On étoit sûr qu'appelés à s'occuper de la destruction des abus, leur volonté seroit en harmonie avec leurs moyens ; et c'est d'une telle harmonie que dépendent, chez tous les Peuples, le triomphe des obstacles et la réussite des grandes choses.

Cependant n'est-il pas un langage que l'on

pourroit tenir sans trahir la vérité ? La France, diroit-on, la France étoit l'objet continuel de la jalousie de l'Europe. Que lui falloit-il de plus? Souvenez-vous de la diversité de ses manufactures, de la perfection de ses arts, de l'activité de son industrie, de l'étendue de son commerce, de l'immensité de son numéraire. Voyez encore les vestiges de son ancienne magnificence, ses chemins, ses canaux, ses pompeux monumens, ses fondations utiles. Que de ves réunies, que de signes apparens de la sagesse de son administration!

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Hélas! qui a fait valoir plus que moi les richesses et les prospérités de ce beau Royaume? et qui les a jamais racontées avec tant d'amour et d'ostentation? Mais soyons toujours justes, l'éclat d'un pays et sa fortune même ne suffisent pas pour attester l'excellence d'une constitution politique; car, avant d'évaluer le produit des bienfaits d'un gouvernement, il faut, dans les calculs de la reconnoissance, adjuger à la simple nature la part qu'elle a droit d'exiger, et cette part est incommensurable dans une contrée que le ciel a favorisée de tant de manières. Un air pur, un climat tempéré, un sol fécond en productions diverses, des rivières qui le fertilisent et qui multiplient en même tems toutes les communications

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