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pièces sont d'ailleurs des monumens historiques; ce sont des matériaux pour les annales de la religion, et d'honorables témoignages en faveur des droits de l'Eglise, et de la conduite pure et ferme de son vénérable chef. On y admirera la pieuse constance de cet auguste captif: son courage s'y montre sans ostentation, et sa bonté y paroît sans foiblesse. Il règne dans la simplicité de ses défenses une dignité imposante. On voit dans quelle source il puisoit sa résistance et sa résignation, et on ne peut s'empêcher de remarquer que, prisonnier, opprimé, calomnié, abreuvé d'outrages, il étoit néanmoins plus grand aux yeux du monde même, que son persécuteur entouré de tout l'appareil de la force et de la puissance. La vertu daus le malheur avoit un éclat qui éclipsoit la fausse grandeur de l'injustice sur le trône c'étoit le sage de Sénèque en proie à la mauvaise fortune, et la domptant par sa noble fermeté, tandis que le coupable oppresseur frémissoit de dépit au milieu de sa toutepuissance, de voir les projets de son ambition contrariés par la résistance passive d'un seul homme.

Ce recueil est donc extrêmement précieux. Nous regrettons qu'il s'y soit glissé des pièces qui, nonseulement n'ont aucun caractère d'authenticité, mais qui sont même fausses. Telle est celle intitulée : Pie VII aux cardinaux, et datée du 5 février 1808. Le style en est tout-à-fait étranger à celui de la cour de Rome; et elle contient d'ailleurs de prétendues demandes faites par le gouvernement françois, auxquelles on ne doit ajouter aucune créance. Telle est encore une lettre sur le voyage du Pape, datée de Gênes, le 10 août 1809, et qui se trouve à la page 107 du volume: elle renferme des faits inexacts. Il est fâcheux

qu'on ait mêlé ces pièces apocryphes avec des documens très-authentiques et des notes ministérielles, et il étoit utile d'en prévenir nos lecteurs, afin de leur apprendre à discerner le vrai du faux, et ce qui émane du Saint-Siége, d'avec ce qui est supposé.

Depuis que nous avons donné notre premier article sur la Correspondance, nous avons reçu une lettre anonyme où l'on nous adresse, à ce sujet, quelques reproches que nous ne méritons pas. L'auteur nous blâme d'avoir dit que Napoléon n'étoit pas nommé dans la bulle d'excommunication; et il cite un bref du 12 juin, envoyé, dit-il, aux évêques de France, et adressé à tous les fidèles, où cet empereur étoit positivement nommé. Mais nous pouvons lui rendre, à cet égard, la leçon qu'il veut bien nous faire. Nous pouvons l'assurer que le bref, dont il s'appuie, est faux et apocryphe : c'est ce que nous a certifié for mellement un prélat romain, distingué par son mérite, ainsi que par la part qu'il a eue dans la dernière persécution. Honoré de la confiance du Pape, qu'il a payée de quatre ans de prison, il étoit plus en état que personne de nous donner des lumières sur l'authenticité des pièces qui composent la Correspondance, et il a eu la bonté de lever sur ce point tous nos doutes. Il avoit connoissance de ce faux.bref, que l'on trouve, je crois, dans l'édition de Gênes, et qui a été, avec raison, supprimé dans les autres. Son témoignage est une autorité qui doit en imposer à l'auteur de la lettre, lequel a peut-être plus de zèle que de connoissance précise, et plus de bonnes intentions que d'exactitude et de critique. Qu'il prenne des informations, et il verra qu'en voulant nous redresser, c'est lui qui a besoin de l'être. Il est fort attaché aux rè

gles de l'Eglise; nous l'en louons, et nous espérons ne pas lui céder en cela: mais nous ne pouvous nous persuader que la circonspection et les ménagemens qu'il nous reproche soient des défauts. La circonspection est toujours une chose louable, et les ména– gemens pour les personnes sont conformes à l'esprit de la religion, qui, en même temps qu'elle est inflexible sur les principes, permet, commande même pour les individus l'indulgence et la modération. Le zèle peut avoir ses excès, comme la tiédeur et l'indifférence; et il ne convient point aux simples fidèles de vouloir être plus difficiles que le Pape, et plus sévères que l'Eglise. Nous nous tiendrons constamment à ces autorités imposantes, à ces guides sûrs; mais nous n'irons pas plus loin, et nous espérons qu'en cela, nous serons approuvés par toutes les personnes sages et religieuses.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

On dit que le Pape a dû faire son entrée à Rome le 10 de ce mois, avec les membres du sacré collége qui l'avoient rejoint. Partout le saint Père étoit accueilli avec cet empressement et cet intérêt qu'on doit à sa dignité, à sa vertu et à ses longs malheurs. Les peuples accouroient sur son passage A Bologne, sa présence a été célébrée par des fêtes, et cette ville qui avoit été détachée précédemment du domaine du Saint-Siége, a paru revoir avec un nouveau plaisir son ancien maître. On se flatte que dans un moment de restitution générale, le souverain Pontife sera admis à faire valoir ses droits sur tout le patrimoine de l'Eglise. Déjà, on a remarqué que Pie VII étoit allé à Ravenne, quoique cette ville ne se trouvât pas sur sa route; et les politiques eurent que puisque chacun reprend son bien, le chglise ne sera pas seul privé de cet avantage, น้อง

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et recouvrera tous ses domaines, dont il n'avoit été dépouillé que par l'injustice et la violence.

-Il s'imprime, en ce moment, un Mandement de MM. les vicaires-généraux du chapitre de Paris, qui ordonne qu'il soit chanté, dans toutes les églises du diocèse, une messe solennelle, en actions de grâces, pour la délivrance de N. S. P. le Pape Pie VII, et de son entrée dans ses Etats.

Le discours prononcé par M. l'abbé Duval, le jour du service funèbre à Notre-Dame, est le même que ce vertueux ecclésiastique prononcera à Saint- Thomas d'Aquin, le lundi 23. Il roule sur les malheurs de la révolution, et renferme des morceaux pathétiques et touchans sur les victimes qu'elle a faites. La sensibilité de l'orateur s'y montre dans des mouvemens nobles et attendrissans, mais on y voit aussi toute sa modération et la charité qui l'anime. Il y fait entendre le langage de la paix, de l'indulgence et de l'oubli des injures. M. l'abbé Duval s'est bien pénétré de l'esprit de l’Evangile, et des sentimens si bien développés par notre dernier Roi dans ce testament simple et sublime, où il s'exprime avec cet abandon, cette clémence et cette résignation qui n'appartiennent qu'à un chrétien. On croit que le désir d'entendre le discours en question, attirera beaucoup de monde à Saint-Thomas-d'Aquin. Il est maintenant certain que M. le cardinal Maury a quitté l'archevêché. S. E. a eu quelque peine à déférer aux ordres qu'elle avoit reçus à ce sujet. Elle se mit en route, le mercredi matin, avec des signes non équivoques d'abattement et de chagrin. Elle monta en voiture accompagnée d'un seul valet de chambre. On dit qu'elle se rend à Montefiascone. Le frère, les neveux et les nièces du cardinal sont encore à l'Archevêché, où il n'est pas probable que leur séjour soit fort long. Ils n'ont plus de titre pour résider dans ce palais, qui est destiné, dit-on, à loger provisoirement Mme. la duchesse d'Orléans, douairière, que l'on espère voir bientôt à Paris,

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-On dit que l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois redeviendra la paroisse royale, et qu'une nouvelle démarcation lui rendra les Tuileries, qui cesseront d'être de la paroisse de la Magdeleine. La petitesse extrême de cette dernière église a probablement contribué à cette détermination, qui rétablira les choses sur l'ancien pied. S. M. a témoigné, à cet égard, son désir, qui est d'autant plus fondé, que devant se montrer à sa paroisse, en quelques occasions solennelles, elle n'auroit pu, pour ainsi dire, remplir ce devoir dans l'église excessivement étroite de la Magdeleine, autrement dite de l'Assomption.

-On fera, lundi, dans la même église de Saint-Germain-l'Auxerrois, un service solennel, pour les deux Rois et les deux Princesses, victimes de la révolution. M. l'abbé Siret prononcera l'oraison funèbre..

TROYES. Il est assez curieux de faire connoître ce qui se passa ici après la première occupation de cette ville par les alliés, quand Bonaparte y entra à la suite de l'affaire de Montereau. On a su sa cruauté à l'égard d'un chevalier de saint Louis qui avoit porté sa décoration. Mais il étoit occupé à la fois d'objets fort différens. Et cet homme qui avoit alors l'Europe sur les bras, et dont les momens étoient comptés, trouvoit encore le temps de brouiller les affaires de l'Eglise et de tourmenter ses ministres. H avoit à cœur que l'ecclésiastique qu'il avoit nommé au siége de Troyes, régit le diocèse en vertu des pouvoirs du chapitre. L'opposition de la meilleure partie du clergé étoit un obstacle à ses désirs. Il entreprit de la vaincre. Il manda successivement plusieurs chanoines, et il entreprit de leur prouver que M. Boulogne ayant donné sa démission, le siége étoit vacant, et le chapitre investi conséquemment des pouvoirs. En vain on lui répondit, qu'une démission donnée sous les verroux étoit nulle, et qu'elle n'avoit point d'ailleurs été acceptée par l'autorité compétente. Il employa tour à tour les caresses, l'artifice et la menace pour ébranler le chapitre. Il retint un des chanoines à dîner. Il se moqua de leurs scrupules. Sur ce

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