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CORRESPONDANCE authentique de la cour de Rome avec la France, depuis l'invasion de l'État romain, jusqu'à l'enlèvement du souverain Pontife, suivie de pièces officielles (1).

De toutes les iniquités du gouvernement ambitieux et tyrannique qui vient de crouler sous les coups de l'Europe liguée pour le détruire, je ne sais s'il en est qui réunisse plus de caractères de violence, de barbarie, de perfidie, de lâcheté même que la conduite qu'il a tenue avec le chef de l'Eglise, et l'opiniâtre persévérance avec laquelle il a épuisé, pendant six ans, l'insulte et les rigueurs envers ce digne pontife. Que lui avoit donc fait ce respectable et malheureux vieillard? en quoi avoit-il pu s'attirer tant d'inimitié? Souverain d'un petit Etat, il ne pouvoit causer ni alarme ni ombrage. Doux et modéré par caractère, il étoit bien éloigné de provoquer des sujets de querelle. Borné à l'exercice de ses droits spirituels et au gouvernement de l'étroit domaine qu'on lui avoit laissé, il n'offroit point de prise à l'ambition ni de prétexte

(1) 1 vol. in-8°. ; prix, 2 fr. 5o c. et 3 fr. 25. c. franc de port. A Paris, chez Saintmichel, quai des Augustins, et Adrien Le Clere, même quai, no. 35.

Tome Ier. L'Ami de la Relig. et du Roi. No. III.

à la calomnie. Tout récemment il avoit donné l'exem→ ple d'un grand sacrifice. Il avoit quitté sa résidence et avoit passé les Alpes, dans la saison la plus rigoureuse pour venir à Paris rendre un service important à celui-là même qui devoit, dans la suite, le payer de tant d'ingratitude. Il avoit fait cette démarche dans l'espérance d'adoucir un esprit altier, et d'en obtenir des avantages pour la religion et pour l'Eglise. Il ne pouvoit sans doute donner une plus grande preuve de sa condescendance et de son amour pour la paix. Quel en fut le prix? Aussitôt qu'on eut obtenu du Pontife ce qu'on souhaitoit, on s'empressa peu de satisfaire à ses demandes. On ne lui accorda que quelques concessions de peu d'importance. Le reste lui fut refusé sans ménagement, ou bien on ne lui donna que des espérances vagues qui n'aboutirent à rien de positif, et il repartit pour l'Italie avec la douleur de ne tirer aucun fruit solide de l'éclatant sacrifice qu'il avoit fait, et de la condescendance qu'il avoit cru devoir montrer pour le bien de la religion et pour la paix.

Bientôt même celui qu'il venoit d'obliger si gratuitement, lui donna de nouveaux sujets d'inquiétude. Il se fit couronner roi d'Italie, et cette excessive augmentation de puissance dans un homme d'une ambition reconnue, dut causer quelque alarme à la cour de Rome, qui par ses intérêts temporels et même par

ses droits spirituels, ne sauroit être étrangère à la situation politique de l'Italie. Ces alarmes augmentèrent encore par la conquête de Naples, où fut envoyé, comme roi, un membre de la même famille. L'expulsion de l'ancien souverain dut paroître au Pape l'annonce de ce qu'il avoit à craindre pour lui-même au moindre prétexte. Il se voyoit entièrement à la merci d'un homme puissant et irritable, et ses Etats, cernés de toutes parts par ceux des deux frères, étoient des plus traversés, en tout sens, par leurs troupes, qui y séjournoient à leur aise, et vivoient aux dépens des habitans ou aux frais de la chambre apostolique, obligée de pourvoir à leurs besoins. Cette dépense seule se monta en peu d'années à une somme considérable.

Dans cet état de choses, le souverain Pontife se tourna naturellement vers un monarque qui avoit déjà montré son attachement au Saint-Siége en plusieurs occasions importantes, et à qui il devoit son retour à Rome et la restitution des domaines de l'Eglise. Il noua des relations plus intimes avec la maison d'Autriche. Ces relations éveillèrent les soupçons du maître de l'Italie. Il intercepta des lettres où le Pape manifestoit ses craintes, et cette première violation du droit des gens, fut la source de plaintes, de reproches et de mécontentemens, qui, avec un caractère hautain et absolu, prirent en peu de temps

la tournure la plus grave, et amenèrent une rupture ouverte. On s'empara d'abord de deux principautés qui étoient depuis long-temps du domaine du SaintSiége. L'ambassadeur de France, à Rome, fut rappelé. Loin d'accorder au Pape les demandes qu'il avoit faites, on lui adressa à lui-même des demandes qui tendoient toutes à la diminution de son autorité spirituelle et temporelle. On vouloit qu'il se joignît à ce qu'on appeloit le systême continental, et qu'il fermât ses ports aux Anglois. On exigeoit même qu'il leur déclarât la guerre, et qu'il épousât entièrement la cause et les intérêts de la nouvelle dynastie. Ces propositions et plusieurs autres, lui furent faites avec instance. En vain Pie VII représenta, que par devoir autant que par inclination, il lui convenoit de rester neutre dans les différends qui agitoient l'Europe; en vain offrit-il tous les tempéramens qui pouvoient sé concilier avec sa dignité ou avec les intérêts de l'Eglise. Ses représentations et ses offres furent également dédaignées, et son refus d'accéder aux propositions qu'on lui faisoit, acheva d'aigrir un homme impérieux et impatient.

Des troupes marchèrent sur Rome. On prétexta qu'elles alloient à Naples. Mais, le 2 février 1808, elles entrèrent dans la capitale du monde chrétien désarmèrent la garde à la porte del Popoli, s'emparèrent du château Saint-Ange, et se présentèrent avec

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des pièces d'artillerie devant le palais Quirinal, où le saint Père faisoit sa résidence. Ce fut là le premier acte d'hostilité, et le premier anneau de cette chaîne d'injures et de violences que nous allons voir se succéder rapidement. On annonça au souverain Pontife qu'il alloit être dépouillé de la plupart de ses domai nes. Six cardinaux, originaires du royaume de Naples, eurent ordre de s'y rendre dans les vingt-quatre heures; et en effet, quatre d'entr'eux y furent conduïts par une escorte. Le général françois prit la direction de la poste, saisit les imprimeries, et incorpora les troupes romaines avec les siennes. Le colonel Bracci, qui refusa de se prêter à cet arrangement, fut mis au châtau Saint-Ange, puis exilé. Au mois de mars, quatorze autres cardinaux furent emmenés de Rome par la force armée, et conduits dans les villes d'Italie où ils avoient pris naissance. Ceux qui avoient des places et des charges auprès de Sa Sainteté ne furent pas exempts de cette mesure. En même temps, les' cardinaux napolitains, qu'on avoit enlevés précédemment, furent transportés de Naples à Modène. Le saint Père fut obligé de choisir de nouveaux ministres. Seulement il conserva aux anciens leurs titres, et ne nomma que des vicaires. Le cardinal Gabrielli fut fait pro-secrétaire d'Etat, et se dévoua avec courage à une mission qui ne lui présageoit que des rigueurs, et qui, en effet, lui en procura bientôt.

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