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Le 27 mars, un ordre du jour du général françois annonça aux troupes pontificales qu'elles ne recevroient plus d'ordres à l'avenir ni des prétres ni des femmes. On reconnut à la grossièreté de cet outrage, le langage bas et insultant de celui qui, dans ses bulletins, prenoient plaisir à injurier toutes les puissances, et à calomnier les personnes les plus vertueuses et les plus élevées en dignité. Le même rendit, le 2 avril, un décret pour réunir au royaume d'Italie les provinces d'Urbin, Ancône, Macerata et Camerino. Un autre décret, du même jour, confisqua les biens des cardinaux, prélats et autres italiens, qui ne se rendroient pas au lieu de leur naissance. Le ༡ avril, on désarma la plus grande partie de la garde du saint Père, et on mit en prison les nobles de cette garde. M. Guidobono-Cavalchini, gouverneur de Rome, fut enlevé et envoyé à Fenestrelle po. sa fidélité à son souverain. Le 11 juin, des officiers françois entrèrent dans l'appartement du cardinal Gabrielli, mirent les scellés sur son secrétaire, placèrent en face une sentinelle, et signifièrent à ce ministre de S. S. l'ordre de partir dans deux jours pour son évêché de Sinigaglia. Le Pape réclamoit vainement contre ces violences et ces attentats. On faisoit imprimer à Rome, sous ses yeux, une gazette où l'on insultoit à son autorité. On arrêtoit journellement quelques-uns de ses officiers et de ses servi

teurs. On encourageoit ses sujets à la révolte, on aidoit des factieux à exciter des troubles. Le saint Père avoit choisi le cardinal Pacca à la place du cardinal Gabrielli. Le 6 septembre, deux officiers vinrent chez le cardinal pour l'arrêter et le faire partir pour Bénevent sa patrie. Ce fut alors que le souverain Pontife montra ce courage tranquille et cette dignité imposante qui déconcertèrent pour le moment ses ennemis. Il descendit dans l'appartement du cardinal, parla avec force à l'officier françois, se plaignit de tant d'outrages, et prenant son mimistre par la main, remonta avec lui dans ses appartemens, laissant les ministres de la tyrannie honteux de leur rôle, et déconcertés par sa fermeté inattendue. Ils réussirent mieux contre le cardinal Antonelli, doyen du sacré collége, que l'on fit partir de Rome, le 7 septembre, sans même lui laisser le temps de faire ses dispositions. On n'eut égard ni à sa dignité ni à son âge avancé, et ses vertus et ses lumières parurent même peut-être une raison de plus pour le bannir de Rome et le séparer du Pape. Le même jour, on déporta, en Toscane, Mr. Arezzo, qui avoit remplacé M. Cavalchini dans le gouvernement de Rome. L'évêque d'Anagni fut enlevé de son diosèse et conduit au château Saint-Ange. Le palais Quirinal étoit bloqué par des soldats. On arrêtoit et on visitoit les voitures qui en sortoient. Au

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milieu de toutes ces violences, il est douteux si l'on devoit regarder comme une dérision ou comme un hommage la demande que fit le général Miollis, le 31 décembre 1808, d'être admis à saluer le lendemain le saint Père à l'occasion de la nouvelle année , et à le saluer comme chef de l'Eglise et comme souverain de Rome. S. S. se contenta de lui faire répondre, que dans l'état de captivité où elle étoit, il ne lui convenoit point de recevoir des félicitations. On lui ménageoit, en effet, dans le même temps, de nouveaux sujets de chagrins, et on sapoit sa souveraineté au moment où on affectoit de la reconnoître. On déportoit les évêques des provinces réunies, qui refusoient de prêter serment. On mettoit aux arrêts l'ambassadeur d'Espagne et deux auditeurs de Rote de la même nation. Le 17 mai 1809, un décret, daté de Vienne, réunit les Etats du Pape à l'Empire françois. Le préambule en étoit injurieux au Saint-Siége et au Pape régnant. Une consulte fut nommée pour régir la nouvelle conquête qu'on venoit de faire si glorieusement. Le souverain Pontife protesta, le 10 juin, contre l'usurpation, et refusa généreusement les deux millions de revenus qu'on lui offroit. En même temps, ulcéré par tant d'outrages, il usa des armes spirituelless auxquelles il crut que tant d'injustices lui donnoient le droit de recourir. Il donna la hulle d'excommunication contre les auteurs,

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fauteurs et exécuteurs des violences exercées contre lui et contre le Saint-Siége. Il y récapituloit tous les griefs et les attentats dont il avoit à se plaindre, et s'abstenoit seulement de nommer ni l'auteur de tous ses maux ni aucun individu. On ne lui sut point gré de cette retenue. Un homme qui affectoit de se moquer de l'excommunication, parut outré qu'on en eût porté une contre lui; lui qui, depuis dix-huit mois, tenoit le chef de l'Eglise captif, s'emparoit de son autorité, frappoit et dispersoit ses conseillers et ses serviteurs, s'indigna que sa victime eût osé appeler à son secours ses armes naturelles. Pendant long-temps il en fit le sujet de ses plaisanteries amères et insultantes, et il ne tarda pas à en tirer une vengeance éclatante.

Tous les détails que nous venons de donner sont tirés des pièces officielles qui se trouvent dans le vo lume que nous annonçons. Ils sont, par conséquent, authentiques et certains. Dans un autre article, nous raconterons l'enlèvement du Pape et son voyage à Savone, et nous parlerons de la Correspondance et des pièces intéressantes qu'elle renferme.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

Le 31 mars, jour de l'arrivée du souverain Pontife à Bologne, le roi de Naples, qui se trouvoit dans cette ville, alla faire visite à S. S., qui la lui rendit quelques instans

après. Le 4 avril, le prince adressa au saint Père la lettre suivante :

« Très-saint Père, je me suis réjoui, avec tous les fidèles, du retour de V. S. en Italie, et j'ai ordonné des prières publiques dans toutes les églises de mon royaume, ainsi que dans toutes celles des pays occupés par mon armée, pour en rendre grâces au Très-Haut.

» Mon désir est de voir bientôt le chef de l'Eglise reprendre, dans la capitale de la chrétienté, et ses honneurs, et l'exercice d'un pouvoir si nécessaire au bonheur du monde.

>> Le sort des armes m'ayant rendu maître des Etats que vous possédiez lorsque vous fûtes forcé de quitter Rome, je ne balance pas à les remettre sous votre autorité, renonçant en votre faveur à tous mes droits de conquête sur ces pays.

>> Si je connoissois moins les sentimens des souverains dont je suis l'allié, à l'égard de V. S., je croirois devoir attendre qu'ils les eussent exprimés, pour la rétablir dans son gouvernement, ayant la ferme volonté de ne rien faire qui ne soit conforme à leurs vues; mais ne pouvant pas révoquer en doute les intentions de ces princes magnanimes, dans une circonstance si mémorable, j'aime à les accomplir avec un empressement qui puisse être aux yeux de l'Europe la preuve de ma profonde vénération pour le Saint-Siége, ainsi que de mes sentimens particuliers pour un souverain Pontife, si digne, par ses éminentes vertus, du haut rang où la Providence l'a placé.

» Afin que la remise de vos Etats, dont le gouvernement françois avoit formé les deux départemens de Rome et du Trasimene, s'exécute avec l'ordre et la solennité convenables, je prie V. S. de me faire connoître à quelle époque, et par quels actes elle veut en prendre possession. Aussitôt que je serai instruit de vos déterminations, très-saint Père, mon chambellan, le marquis de Montrone, qui aura l'honneur de vous présenter ma lettre, recevra l'autorisation de se concerter pour tous les arrangemens à prendre avec la personne que V. S. voudra bien désigner. J'adopterai avec plaisir toutes les mesures qui auront pour objet, ou l'avantage du SaintSiége, ou la satisfaction personnelle de V. S. : je me flatte que de son côté elle voudra bien accueillir toutes celles qui seront jugées nécessaires; que le gouvernement provisoire établi par moi à Rome y cesse ses fonctions avec dignité. Les

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