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fils aîné de l'Eglise, titres précieux dont V. M. se glorifie, que la France sera redevable de son heureux retour à la religion et aux bonnes mœurs, qui doivent lui rendre les droits à l'estime des nations, et la replacer parmi les puissances les plus favorisées du ciel ». M. l'évêque a encore eu l'honneur de haranguer le Roi à la préfecture, et il l'a fait avec l'accent de la sensibilité, et en même temps de la manière la plus convenable dans la bouche d'un pasteur. «La religion trop long-temps méconnue, a-t-il dit, persécutée surtout dans son vénérable chef, dont le courage vraiment divin fera l'admiration de la postérité, respirera désormais à l'ombre des lis, recouvrera son antique splendeur et son influence salutaire. Les vertus de saint Louis, reprenant leur place autour du trône de son auguste petit-fils, mériteront à V. M. la protection du Roi des Rois, en même temps qu'elles assureront la félicité des peuples ». M. l'évêque a aussi adressé un discours à Mme. la duchesse d'Angoulême. Le défaut d'espace pouvoit seul nous empêcher de faire connoître en entier ces discours qui respirent le dévouement au sou☀ verain, et l'amour de la religion.

De toutes parts on écrit pour annoncer la joie générale à l'occasion du retour du Roi. On chante partout des Te Deum. Les villes et les campagnes rivalisent de zèle. M. le curé de Cognac a prononcé avant le Te Deum, chanté dans son église, un discours fort bien fait sur les causes et les suites de l'heureux changement qui vient d'arriver. A la Cornuaille, au diocèse d'Angers, il y a eu feu de joie, décharge de mousqueterie, le 24 avril. Les bons habitans de ce lieu se réjouissoient comme nous le faisons à Paris. Ils se disoient sans doute : On ne nous enlevera plus nos enfans.

-M. Gillet, curé de Saint-Médard, vient de mourir. Il étoit aimé dans sa paroisse, où on a rendu les plus grands honneurs à sa mémoire. Les habitans ont voulu, suivant l'ancien usage, que son corps fut porté à bras tout

autour de la paroisse. La croix étoit élevée; elle précédoit le clergé qui étoit en surplis ef chapes.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS, 3 mai.-Déclaration du Roi.

Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront,

salut:

Rappelé, par l'amour de notre peuple, au trône de nos pères, éclairé par les malheurs de la nation que nous, sommes destinés à gouverner, notre première pensée est d'invoquer cette confiance mutuelle si nécessaire à notre repos, à son bonheur.

Après avoir lu attentivement le plan de constitution proposé par le Sénat, dans sa séance du 6 avril dernier, nous avons reconnu que les bases en étoient bonnes, mais qu'un grand nombre d'articles portant l'empreinte de la précipitation avec laquelle ils ont été rédigés, ils ne peuvent, dans leur forme actuelle, devenir lois fondamentales de l'Etat ;

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Résolu d'adopter une constitution libérale, voulant qu'elle soit sagement combinée, et ne pouvant en accep ter une qu'il est indispensable de rectifier, nous convoquons pour le 10 du mois de juin de la présente année, le Sénat et le Corps-Législatif, nous engageant à mettre sous leurs yeux le travail que nous aurons fait avec une commission choisie dans le sein de ces deux corps, et à donner pour base à cette constitution les garanties suivantes :

Le gouvernement représentatif sera maintenu tel qu'il existe aujourd'hui, divisé en deux corps, savoir:

Le Sénat, et la chambre composée des députés, des départemens.

L'impôt sera librement consenti.

La liberté publique et individuelle assurée.

La liberté de la presse respectée, sauf les précautions nécessaires à la tranquillité publique.

La liberté des cultes garantie..

Les propriétés seront inviolables et sacrées; la vente des biens nationaux restera irrévocable.

Les ministres, responsables, pourront être poursuivis par une des chambres législatives, et jugés par l'autre. Les juges seront inamovibles, et le pouvoir judiciaire indépendant.

La dette publique sera garantie; les pensions, grades, honneurs militaires, seront conservés, ainsi que l'ancienne et la nouvelle noblesse.

La légion d'honneur, dont nous déterminerons la décoration, sera maintenue.

Tout François sera admissible aux emplois civils et militaires.

Enfin, nul individu ne pourra être inquiété pour ses opinions et ses votes.

Fait à Saint-Ouen, le 2 mai 1814.

Signé, LOUIS.

- Le Roi occupe, au palais des Tuileries, les grands appartemens; Mme, la duchesse d'Angoulême, le pavillon de Flore; LL. AA. RR. MONSIEUR et Mr. le duc de Berry, le pavillon Marsan. LL. AA. SS. Mr. le prince de Condé et Mr. le duc de Bourbon habitent le petit palais Bourbon.

Par un décret du 9 mai, S. A. R. MONSIEUR, lieutenant-général du royaume, a nommé aux préfectures ci-après, savoir:

M. le comte de Voyer d'Argenson à la préfecture des Bouches-du-Rhône;

M. Siméon à la préfecture du département du Nord;
M. C. de Montlivaut à la préfecture des Vosges;
M. de Mesy à la préfecture de l'Aube;

M. de Mik, maire de Nancy, à la préfecture de la Meurthe.

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On écrit que Bonaparte a passé à Aix, dans la nuit du 25 au 26, et qu'il a dû s'embarquer, le 28, à SaintTropez (i).

MARSEILLE. Cette ville étoit dans l'incertitude et les alarmes, lorsque, vers les fêtes de Pâques, il se répandit des bruits de paix, qui commencèrent à donner l'essor aux esprits. Le préfet chercha à les comprimer par une proclamation où il annonçoit encore les victoires d'un homme déjà renversé. Mais le 14 avril, un voyageur arrivant d'Aix annonça que Louis XVIII y avoit été proclamé. Cette nouvelle mit tout en mouvement dans la ville, et tous les habitans se trouvèrent dehors pour voir arriver le courrier qui parut, en effet, vers les six heures du soir, avec l'olivier et la cocarde blanche. On n'eut pas besoin d'en voir davantage pour crier de toutes parts vive le Roi! Chacun se fit une cocarde. L'enthou siasme se communiqua rapidement. Le peuple se porta à la préfecture, et y auroit peut-être commis quelques voies de fait, sans les conseils de plusieurs personnes sages mêlées avec la foule, et qui donnèrent une autre direction à son ardeur. On alla à la colonne Bonaparte, on abattit sa statue et on la traîna par la ville. La statue qui étoit à la mairie fut aussi abattue. Toutes les autorités furent forcées de crier vive le Roi! et le pavillon blanc arboré. Toute cette soirée fut orageuse. Le peuple étoit dans un état d'effervescence difficile à rendre. Il y eut quelques excès; mais la garde nationale, qui se mit sur pied, parvint à rétablir l'ordre et à contenir la foule. La nuit toute la ville fut illuminée. Les jours suivans, l'enthousiasme fut le même, mais pourtant avec moins de tumulte. La joie étoit aussi grande, mais plus

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(1) On nous a reproché d'avoir dit, dans notre troisième numéro, que cet homme n'avoit pas su mourir. On n'a pas apparemment compris notre pensée. Nous persistons à croire que ce fier à bras ne devoit point abdiquer, mais périr les armes à la main, s'il le falloit, pour défendre cette puissance à laquelle il avoit sacrifié tant de braves. Il est elair qu'il a eu peur de mourir, et dès-lors le voilà déshonoré,

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tranquille. La ville avoit l'air d'être dans une fête continuelle. Tous les magasins et ateliers étoient fermés. Le 16, sur la demande du maire, on descendit NotreDame de la Garde, et après avoir chanté un Te Deum dans la cathédrale, on la porta en procession solennelle dans les différens quartiers. Deux frégates angloises parurent dans la rade: un fort tira contre elle par mégarde; mais le maire alla faire des excuses aux capitaines, qui descendirent et assistèrent au Te Deum et à la procession. La plus grande cordialité régna entre les Anglois et les François. On faisoit des feux de joie dans les rues on illuminoit les maisons, et l'allégresse générale se ma→ nifestoit par tous les moyens qu'elle pouvoit imaginer, Le dimanche 17, on a fait, comme autrefois, le feu de la Saint-Louis sur la place de ce nom. Les prisonniers d'Etat furent élargis. Parmi eux se trouva M. l'abbé Desmazures, prédicateur, qui étoit détenu au château d'If. Ils assistèrent à la procession, et on fit une quête pour eux. L'activité, le zèle, et surtout la prudence de la garde nationale, ont fait qu'il s'est passé peu de désordre. Le mouvement subit et spontané du peuple, sa joie franche, ses applaudissemens biens naturels et non payés, montrent assez combien l'homme qui régnoit étoit odieux. Marseille ne le cède pas, sur cet article, aux autres villes du royaume. Aujourd'hui la ville est calme; mais la joie, quoique moins bruyante, continue à se manifester dans toutes les classes. On admire une révolution si heureuse et si prompte, et on bénit la Providence qui a fait un si beau changement. Dexterá Domini fecit virtutem. On a proposé de mettre la statue de la sainte Vierge sur la colonne de Bonaparte, en remplacement de la statue de ce même homme.

Il y a eu, le 20 avril, une révolution subite à Milan. Le peuple s'est soulevé, a massacré un des ministres de Bonaparte, et a insulté les sénateurs. Le prince Eugène est en fuite. Les Milanois demandent à former un Etat indépendant,

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