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Sur une brochure nouvelle.

Parmi les nombreux pamphlets que fait éclore le moment actuel, et qui attestent, sinon toujours la sagacité de leurs auteurs, du moins la liberté des opinions et la douceur d'un gouvernement ennemi de la contrainte et de la servitude, il en est un qui a mérité d'être remarqué par un mélange de bizarrerie, de jactance et d'opiniâtreté. Un écrivain, qui se qualifie, ancien évéque de Blois, est l'auteur de cette brochure piquante par sa singularité. D'abord il prend un titre qui ne lui appartient pas. Il ne peut y avoir d'autre ancien évêque de Blois que M. de Thémines, qui étoit retiré en Angleterre, et qui a subi les rigueurs d'un long et honorable exil. D'après la constitution civile du clergé de 1790, l'évêque établi à Blois ne s'intituloit que l'évêque du département de Loir et Cher. Quiconque prend le titre d'évêque de Blois, est donc un homme qui cherche à tromper son monde, et qui veut se donner un air antique, quoiqu'il soit fort nouveau. On ajoute, ce qui rend la chose un peu plus ridicule, que le même homme se fait ap peler Monseigneur, quoiqu'autrefois il ait déclamé avec toute l'énergie du patriotisme contre ces dénominations serviles. Quand on se vante de n'avoir pas varié, on devroit au moins ménager les apparences, et ne pas se mettre si fort en contradiction avec soi-même. Il y a au surplus un article sur lequel cet auteur ne change pas. Il nous parle encore de la souveraineté du peuple, pauvre systême aujourd'hui frappé à mort, et qui après avoir été confondu par la raison, vient de l'être d'une manière péremptoire par l'expérience. Il s'élève avec Tome Ier. L'Ami de la R. et du R. No. VI.

la chaleur d'un ardent ami de la liberté, contre tout ce qui rappelle les formes monarchiques, contre l'expression de mattres, contre la souplesse des courtisans. Cet homme là ne peut se détacher de cette république, objet de ses plus chères affections, et qu'il a l'honneur d'avoir contribué à établir. Il ne sauroit oublier les discours qu'il a prononcés à la Convention, ni ces belles apostrophes à la liberté, ni ces véhémentes sorties contre les rois, qu'il appeloit si bien des étres pu rulens, l'écume de l'espèce humaine; ni entr'autres ces éloquentes paroles: Tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, est renfermé dans l'idée de sans culotisme. Le Moniteur et les procès-verbaux de la Convention sont remplis de ces monumens du zèle civique de Monseigneur. Il ne faut pas qu'il crie ici à la calomnie. Ses discours sont imprimés, ses rapports sont écrits. Ces pièces authentiques se trouvent dans toutes les bibliothèques. Ce n'est pas nous qui les avons fabriquées ; ce n'est pas nous qui avons rédigé un Essai sur les arbres de la liberté, où il y a sur la mort des rois des choses ineffables. Cet écrit est dans nos mains et sous nos yeux, et nous en pourrions citer tel passage, qui seroit à faire mourir de honte, dans ce moment, son auteur. Quelle est donc cette manie de vouloir faire songer à soi quand on a tant d'intérêt d'être oublié, de vanter sa constance quand on a encensé tour à tour tous les partis, de parler de son caractère et de ses principes quand on en a changé suivant les circonstances, et qu'on a juré tour à tour fidélité à toutes les constitutions, à la loi et au Roi en 1791, et à la république en 1792, puis haine à la royauté en 1796, puis de nouveau fidélité à un usurpateur? L'auteur prétend aujourd'hui qu'il a toujours été ennemi de la dernière tyrannie. Il

assure qu'il a voté dans toutes les occasions contre les mesures désastreuses et injustes, contre l'impérialité, contre les conscriptions, contre le divorce. Cela est possible. Mais il se trouvera probablement des gens malins, qui diront que rien ne le prouve, que l'auteur se donne des éloges à bon marché, que son courage a été bien secret, et sa résistance bien prudente; qu'il avoit bien su parler plus haut dans un temps où il n'auroit pas mal fait de se taire, et qu'il s'étoit tu précisément quand il eût été à souhaiter qu'il parlât. Voilà ce que l'on pourra dire. Si l'auteur appelle cela de la calonnie, il sera tout seul de son avis. Il est juste que l'on rende à chacun selon ses œuvres. Les pièces du procès sont là. Elles sont nombreuses et authentiques. On ne peut ni les faire disparoître ni s'inscrire en faux, et celui qu'elles accusent, n'a d'autre ressource que de passer condamnation et de s'avouer coupable. Si au milieu de ses torts il veut prendre des airs arrogans, s'il se vante, s'il est content de lui, sa jactance ne sert qu'à le rendre plus ridicule, et qu'à donner plus d'envie de rappeler les sujets de reproche qu'on est en droit de lui faire. Telles sont les vérités dont l'auteur de la brochure nous force à le faire ressouvenir. Le ton qu'il prend lui est interdit par les rôles qu'il a joués. Il ne faut pas être si fier quand on a tant de raisons d'être modeste. Son écrit est d'ailleurs rédigé d'une manière bizarre. Point de suite, point de méthode, point de goût, point d'intérêt. Le style est brusque et haché, les digressions sont fréquentes. L'auteur semble en vouloir à tout le monde. Il attaque à droite et à gauche tout ce qu'il rencontre. Il inculpe tous les corps et tous les particuliers. Parce qu'il n'est pas pur, il ne veut pas, ce semble, que personne le soit. 11

fronde surtout les gens qui n'ont pas de caractère, et il paroît très-content de celui qu'il a. Mais on abuse de tout, de la force comme de la foiblesse, et un caractère trop prononcé a des inconvéniens graves. L'usurpateur qui vient de tomber, étoit aussi très-prononcé, et il se vantoit d'avoir une ame forte. Lui aussi se moquoit des gens pusiilanimes, et il appeloit ainsi tous ceux qui n'avoient pas la même énergie que lui. J'ai peur que l'écrivain qui nous occupe ne raisonne de même, qu'il n'appelle foible tout ce qui n'est pas violent, et apathie tout ce qui n'est pas esprit de parti. Les auteurs de secte ont tous été des hommes très-prononcés, qui trouvoient aussi apparemment, que ceux qui n'avoient pas la même vigueur étoient des hommes mous. Dieu nous garde des gens ardens, des têtes chaudes et des caractères énergiques! Ce sont ceux là qui troublent le monde, qui enfantent ou propagent l'erreur, qui suscitent des guerres, et qui dans les révolutions se mettent à la tête des partis, soufflent la discorde, et se signalent par l'enthousiasme, l'entêtement et l'exagération.

Nouveau Chemin de la Croix, ou gravures nouvelles,

Représentant les quatorze Stations du saint exercice de piété, connu sous le nom de Via crucis, qui, sans parler d'une infinité d'églises, chapelles, oratoires, etc., où il est établi, a été érigé à Rome par Benoit XIV, dans l'enceinte de ce fameux édifice, dont le sol est empreint du sang des martyrs, martyrs, appelé vulgairement Colisée. Là se trouvent quatorze petites chapelles, dans lesquelles il fit peindre ce que la tra

dition nous rapporte être arrivé à Jésus-Christ montant au Calvaire.

Cet illustre Pontife, aussi pieux que savant, dans sa bulle de 1741 (qui commence par ces mots : Cùm tanta sit Passionis et Crucis Domini vis) exhorte MM. les curés à établir cette dévotion, dont il faisoit le plus grand cas, dans toutes leurs paroisses, (après en avoir conféré avec l'ordinaire, et obtenu sa permission) leur représentant, que la proximité des lieux n'est pas une raison suffisante, pour qu'un zélé pasteur prive son troupeau d'un si précieux trésor. L'on voit tous les jours en France les heureux fruits du Chemin de la Croix, qui, par la grande miséricorde du Seigneur et le zèle des ministres de la religion, se propage de plus en plus.

Les présentes Stations ont été gravées à Paris, par M. Duthé, dont on pourra apprécier le talent et l'habileté par la beauté de l'ouvrage. Elles sont plus complètes et plus parfaites que celles qui ont paru jusqu'ici, en ce que, 1o. dans toutes les autres, on ne voit que trois ou ou quatre fois paroître la mère de Jésus, tandis que dans celles-ci étant représentée comme de coutume à la quatrième Station, (où selon saint Bonaventure, elle joignit son adorable Fils, pour ne plus s'en séparer), elle se trouve aussi représentée dans toutes celles qui suivent, jusqu'au tombeau inclusivement. 2o. Il n'y en a pas encore eu dans lesquelles les portraits de Jésus et de Maric se trouvent aussi bien saisis, le graveur ayant observé une grande uniformité dans les traits du visage du Fils et de la Mère.

On a ajouté deux gravures, l'une de Marie pleurant auprès du tombeau, et l'autre intitulée : Horloge de la Passion. De plus, le portrait naturel et moral du

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