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qui venoient dans leurs canots à côté des Av. 27. chaloupes pour recevoir différentes bagatelles que le gouverneur leur avoit destinées. Le soir nous revînmes à Sidney-Cove.

James Bennet fut exécuté pour avoir volé 1o. Mai. une tente appartenante au vaisseau de transport la Charlotte. Il avoua son crime avant d'être mis à mort, et déclara que malgré sa jeunesse il étoit un vieux malfaiteur. Le tribunal jugea en même tems quelques autres vols de moindre importance, dont les auteurs furent punis par une peine corporelle.

mer;

Le Supply dirigea sa route vers l'ile de lord Howe, afin d'y prendre des tortues de le vaisseau de transport Lady Penrhyn leva aussi l'ancre. Le Scarborough quitta également le port et il fut suivi le lendemain par la Charlotte. Ces trois vaisseaux étoient destinés pour la Chine. Plusieurs insulaires vinrent à côté du Syrius et demandèrent par signes qu'on les rasât (103); loin de témoigner la moindre méfiance, ils subirent patiemment cette opération et s'en retournèrent fort satisfaits.

William Ayres prévenu de plusieurs dé- 21. lits et à qui j'avois permis durant sa convalescence d'aller cueillir quelques herbes dont on se servoit comme de thé, fut trans

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porté la nuit suivante à l'hôpital, il étoit blessé dans les lombes d'un coup de l'ance;

cette arme (*) en usage chez les naturels du pays étoit dentelée, et par cette raison si fortement fixée dans la plaie qu'on ne pouvoit l'agiter. Après avoir dilaté la blessure à une largeur et une profondeur considérable, j'arrachai, mais non sans quelque difficulté, cette lance qui avoit pénétré les chairs jusqu'aux instestins. Ce malheureux nous raconta ensuite qu'il avoit été blessé par trois insulaires qui marchoient derrière lui sans qu'il les eût apperçu; il ajouta qu'ils l'avoient battu d'une manière cruelle et lui avoient arraché ses habits pour les emporter, en lui faisant signe de retourner au port; qu'enfin son compagnon Pierre Burn étoit tombé au pouvoir d'un autre détachement des naturels, qu'ils l'avoient entraîné avec eux après lui avoir mis la tête toute en sang et que vraisemblablement il étoit à la dernière extrémité. Lui-même épuisé, nous dit-il, par la perte de son sang et hors d'état de secourir son compagnon, s'étoit cru bien heureux d'échapper vivant de leurs mains.

Je dirai deux mots en passant de la grive du port Jackon dont je n'ai point voulu (*) Voyez note 80.

parler plus haut, afin de ne point inter- Mai 21. rompre le fil de ma narration.

Cette espèce habite la forêt voisine du port Jackson. Le sommet de la tête est d'un bleu gris; le derrière du cou et le dos sont couleur de chocolat; les ailes et la queue paroissent de couleur plombée; les bords des plumes sont plus pâles; la queue est longue et unie; les parties inférieures du bec ainsi que le dessous de la gorge jusqu'à l'anus sont d'un brun clair à l'exception du milieu du cou au-dessus de la poitrine; cette partie est couleur de chocolat; le bec est d'un jaune désagréable et les jambes sont brunes.

Le Supply revint de l'île de lord Howe sans une seule tortue, ce qui fut un contretems bien fâcheux pour ceux de nos gens qui étoient affectés du scorbut. Plusieurs d'entr'eux en sont morts, et nous avons lieu de craindre qu'un grand nombre d'autres ne subissent le même sort. Un semblable malheur étoit de nature à jeter l'alarme dans la colonie, d'autant plus qu'il étoit impossible d'y remédier, avant que les végétaux fussent en état d'être cueillis ce qu'on ne pouvoit espérer que plusieurs, mois après, vu la saison où nous étions alors. J'avois même lieu de craindre que la récolte ne

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fut point assez abondante, car on ne peut se faire une juste idée de la difficulté qu'éprouvoient ceux d'entre nous qui étoient chargé du défrichement des terres. Croiroiton que j'ai vu douze hommes occupés durant cinq jours à arracher un arbre jusqu'aux racines. Qu'on joigne à ce travail excessif la foiblese des travailleurs souvent épuisés par les maladies, la rareté des outils, leur facilité à s'émousser à raison de la dureté du bois, ceux enfin qu'on perdoit dans la forêt parmi les herbes, on jugera sans peine que le sort qui nous attendoit n'étoit rien moins qu'agréable. Toutes nos provisions étoient à terre, mais les provisions générales ainsi que les particulières au lieu de s'améliorer se détérioroient et diminuoient de jour en jour.

Deux hommes de l'équipage du Syrius furent conduits devant le tribunal et mis en jugement pour avoir attaqué et cruellement maltraité un autre homme appartenant au même vaisseau, tandis qu'il étoit employé sur une des îles dépendantes de la colonie à divers ouvrages relatifs à l'entretien des bâtimens. Ils furent condamnés à recevoir cinq cents coups de fouet, mais je ne les jugeai pas en état d'endurer ce genre de punition, étant violemment attaqués du scorbut ainsi que la plupart des autres colons.

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Le capitaine Hunter, son premier lieute- Mai 28. tenant et le chirurgien du Syrius visitèrent la portion du pays qui forme la côte boréale du port Jackson. Ils virent sur la route. un vieillard suivi d'une petite fille âgée d'environ cinq ans, couchée sur la terre: tous deux paroissoient occupés à observer leurs mouvemens et faisoient en même tems de grands efforts pour n'être pas apperçus. Le chirurgien étoit muni de son fufil dont il fit voir l'effet à ce vieillard en tirant un oiseau qui tomba à ses pieds. L'Indien fut d'abord alarmé par cette explosion; mais il se rassura lorsqu'il vit qu'on n'avoit pas eu l'intention de lui faire du mal. On lui donna cet oiseau qu'il pluma entièrement, et quoique nous ne l'eussions fait rôtir qu'à moitié il le dévora sans le vider. Quant à la petite fille elle témoignoit une crainte excessive et se tenoit cachée derrière le vieillard, afin de se dérober autant qu'il lui étoit possible à tous les yeux.

Le capitaine Campbell officier de marine, 30. qui avoit été sur la côte pour chercher diverses provisions nécessaires à la colonie, amena à l'hôpital les corps de William Okey et de Samuel Davis deux de nos déportés chargés de couper des joncs pour le service de

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