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Juin 23. même plus souvent, lorsque nous le jugions

nécessaire.

Je désirerois fort qu'on employât plus généralement l'huile de Tartre; car je suis convaincu qu'on la placeroit bientôt dans la liste des spécifiques les plus propres à conserver la santé des gens de mer, cette classe si utile, si digne en même-tems de l'attention du ministère. Ce remède résiste à la putréfaction, détruit la vermine et les insectes de tout genre; il dissipe toutes les mauvaises odeurs, et est aussi agréable que salubre.

Le soir nous eûmes un tems calme, avec des éclats de tonnerre, dans le lointain " accompagnés d'éclairs les plus vifs que j'aye jamais vus. La chaleur étoit si accablante, que les femmes qui se trouvoient parmi les prisonniers, tomboient souvent en foiblesse : cet accident se terminoit ordinairement par des convulsions. Cependant, malgré leur accablement et les misères de leur état, plusieurs d'entr'elles se livroient aux matelots, lorsque pendant la nuit on ouvroit les écoutilles.

Le peu de vent qui souffloit alors par intervalle, nous étant contraire, et la santé de ces malheureuses étant altérée par la chaleur, le capitaine Phillip, quoique bien

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convaincu de la nécessité d'arrêter toute Juin 23.
communication entre ces femmes et les gens
de l'équipage, fit établir un treillis pour
laisser circuler l'air, dans les entreponts.
Celles qui étoient sur les autres vaisseaux
désiroient si ardemment la compagnie des
hommes, que ni la honte qui, à la vérité,
n'étoit par un frein bien puissant pour elles,
ni la crainte des châtimens, ne pouvoient
les empêcher de franchir tous les obstacles
pour aller trouver les matelots.

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Toujours du calme dans la lat. 8° 30' 25. N. long. 22° 26' O., nous aperçûmes un fort courant qui se dirigeoit verd le nordouest de sorte, que le jour suivant, quoique d'après notre Log. (22), nous eussions fait trente milles au sud-est; cependant nous étions restés lat. S° 45', ce qui prouve

que

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le courant nous emportoit, en sens contraire, près d'un noeud par heure.

Je visitai les vaisseaux de transport, et je trouvai les troupes et les prisonniers en meilleur santé, qu'on ne pouvoit l'espérer, sous une latitude et dans une saison aussi défavorable.

Encore du calme, de violens éclats de tonnerre et des pluies continuelles.

27.

Juin 28.

Juillet

2.

5.

Une brise s'éleva de l'ouest, et le jour suivant, à onze heures du matin, nous déCouvrimes une voile au sud-ouest; elle arbora pavillon portugais. Le Syrius lui parla, et nous fimes voile emsemble en cinglant au sud-est.

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Le vent étant toujours sud lat. 6o 56' N. 20° 23' O. long. Le Syrius fit signal au convoi de virer de bord, et se tint à l'ouest. Ce jour-là, nous vimes un grand nombre de poissons volans (25). On les eut pris pour autant de petits oiseaux. Ces pauvres poissons étoient poursuivis de si près par les bonites (24), les albacores (25), et les fous (6) leurs ennemis naturels, que, malgré leurs ailes, ils avoient bien de la peine à leur échapper.

Il plut abondamment dans la nuit suivante. J'observai que nous eûmes tous les soirs calme et vents contraires, tant que nous restâmes entre le 9. et 6. dégré de latitude. Nous éprouvâmes aussi, durant sept jours, vers le soir, de fortes pluies et quelques rafales (27) qui venoient toujours du Nord.

Dans la soirée, nous vimes une grande multitude de marsouins ( 28 ). Les plus vieux matelots n'en avoient jamais ren

contrés un si grand nombre, et nous conjec- Juillet turâmes qu'ils poursuivoient quelque poisson 5. blessé; ils étoient si occupés de leur chasse, qu'ils passèrent à travers la flotte, et même très-près de quelques uns des vaisseaux sans se déranger. Lorsque les rayons du soleil tomboient à plomb sur la furface de la mer, on les eut pris pour une nombreuse meute de chiens qui couroient à travers les flots. Le calme duroit toujours; j'allai visiter les vaisseaux, et je fus surpris, vu l'humidité et la grande chaleur de l'air, de trouver aussi peu de malades parmi les équipages.

Dans le cours de la journée, nous parlâmes à un Sloop, faisant voile pour la côte d'Afrique, et qui appartenoit à la maison Mether de Londres. Il étoit parti depuis quatre mois, et il portoit alors à l'ouest.

Le vent étoit toujours contraire, la flotte n'avançoit que lentement, et le capitaine Phillip réduisit les officiers, les matelots, les soldats et les prisonniers à trois pintes d'eau par jour, sans compter un quart accordé à chaque homme pour faire bouillir des pois et du gruau. Or, cette quantité d'eau est à peine suffisante pour réparer la déperdition des esprits animaux, qui, sous

6.

6.

Juillet la zone torride, est occasionnée par une excessive transpiration et le long usage des viandes salées. Je ne puis m'empêcher d'observer ici qu'il seroit fort à désirer que les gens de mer ne fussent jamais réduits à une petite provision d'eau, car je suis convaincu que l'eau prise à haute dose, est un des meilleurs préservatifs contre le scorbut, surtout depuis qu'on a trouvé le moyen de purifier l'air, à bord des vaisseaux, par une machine dont ont fait aujourd'hui généralement usage; l'expérience m'ayant appris que les anti septiques et les anti-scorbutiques même les plus puissans, perdent une partie de leur efficacité, lorsque les malades n'ont pas de l'eau en abondance.

Nous avions embarqué quantité de choukraut (29). J'avois aussi une ample provision d'essence de drêche (30), le premier des anti scorbutiques connus, ainsi que tous les remèdes qui peuvent être renfermés dans le coffre du chirurgien. Cependant, lorsque la nécessité nous forçoit à diminuer la portion d'eau, alors j'employois en vain l'essence de drêche et les autres spécifiques connus. Le scorbut faisoit des progrès si rapides, que rien ne pouvoit l'arrêter; la seule rencontre de quelque bâtiment bien pourvu d'eau fraîche,

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