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Londres les principes de son art. Quelques Août 8. minutes après notre arrivée, on leva un rideau qui nous cachoit la chambre de parade; et le commodore nous présenta tous au viceroi. Ensuite on nous fit entrer dans une sale fort vaste. Je fus surpris de la mesquinerie des ameublemens; car la garde nom, breuse que j'avois vu au dehors, sembloit annoncer la demeure d'un prince. Nous n'apperçûmes que six tables à jouer et les portraits de deux souverains du Portugal. L'un étoit celui du roi Sébastien (40) premier, l'autre, celui de la reine actuellement régnante.

Le vice roi étoit un homme de moyen âge, robuste, fort gras et louche des deux yeux (41). Il parloit peu, mais avec politesse. Je ne pus cependant m'empêcher de remarquer la grande différence qu'il y avoit entre ce gouverneur et l'élégant marquis Branciforte.

Le commissaire fournit aux troupes et aux prisonniers du ris, du boeuf frais, des végétaux, des oranges et ces divers rafraîchissemens firent bientôt disparoitre tous les simptômes de scorbut.

Le commodore ordonna que six femmes qui s'étoient bien comportées, fussent tirées

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Août. du vaisseau l'Amitié, pour être amenées à bord de la Charlotte; et qu'un pareil nombre de celles dont on n'étoit pas aussi content, fussent mises à leur place. Le dessein du commodore étoit de séparer celles dont la conduite décente méritoit quelque faveur d'avec celles qui paroissoient avoir renoncé à tout sentiment de vertu.

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Cornellius Connel, soldat de marine, fut puni de cent coups de fouet, d'après la sentence d'une cour martiale , pour avoir eu communication avec une des femmes. Thomas Jones, qui devoit recevoir trois cents coups de fouet , pour avoir tenté de gagner une sentinelle, afin de pénétrer dans la partie du vaisseau où l'on avoit placé les femmes, fut recommandé à la clémence du commodore, à raison de sa bonne conduite passée. Cette démarche lui valut son pardon. John Jones et James Reiley, accusés de la même faute que Connel, furent acquittés, la simple déposition des prisonniers n'étant point recevable.

une

Ce jour étant consacré chez les Portugais, nous vimes dans l'après-midi foule d'habitans, revêtus de leurs plus beaux habits, sortir de Rio-Janeiro (42), et prend re la route qui conduit à l'église de Santa Gloria,

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située sur une éminence, près de la mer, à Août
environ un mille de distance de la ville.
Des personnes de tout rang, les unes en
voiture, d'autres à cheval ou à pied, se joi-
gnirent à la multitude; mais je n'ai jamais
pu savoir quel étoit le motif de ce concours,
ni l'origine de cette cérémonie ( 43 ). L'é-
glise de la Gloria qui, pour l'ordinaire, est
plutôt propre que riche, étoit ce jour-là
illuminée d'une manière brillante

et dé.
corée de fleurs disposées avec goût. J'observai
que le peuple s'arrêtoit à cette église, et
qu'il y récitoit certaines prières avant de
retourner à la ville. Cette fête dura tout le
jour, mais les gens de distinction n'y paru-
rent que l'après-midi.

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Sur le soir, comme je retournois à la ville, j'apperçus dans une rue détournée une église richement décorée, et dans laquelle se précipitoit une foule d'hommes de femmes et d'enfans; je me joignis à eux par curiosité mais tout ce je gagnai, après avoir été bien baloté, et n'avoir fendu la presse qu'avec des efforts infinis, fut de voir ceux qui étoit entrés s'agenouiller et prier en apparence avec beaucoup de ferveur. Sur un des côtés de l'église étoit un homme couyert de haillons et qui vendoit à la

Août multitude des chapelets bénis. En sortant, 15. je trouvai encore, à la porte, un de ces vendeurs. J'avoue que je ne pus m'empêcher de rire et de les comparer à des charlatans qui, montés sur des trétaux, débitent leurs drogues aux passans. Je vis encore dans les rues un assez grand nombre de ces pieux merciers, à qui j'achetai quelquesuns de leurs chapelets dans la crainte de me compromettre si je n'imitois pas en cela les dévots habitans de la colonie.

Devant la porte de l'église, on avoit dressé un théâtre, sur lequel une troupe de joueurs d'instrumens et de chanteurs faisoient leurs efforts pour charmer leur auditoire. Vers dix heures, on donna au peuple un feu d'artifice, genre de divertissement pour lequel les Portugais sont très-passionnés. Sans doute des intrigues galantes terminèrent la fête; car j'apperçus, vers la fin du jour, des femmes placées sur le seuil de leurs portes ou à leurs fenêtres et qui tenoient des bouquets à la main. L'on m'a assuré que leur usage étoit de les présenter à ceux qu'elles vouloient gratifier de leurs faveurs. En effet, ce soir-là je vis dans la foule plusieurs de ces femmes très-parées et qui se promenoient librement. Cependant, après,

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un mois de résidence dans ce pays, j'eus Aone. occasion de me convaincre que les femmes de la classe inférieure étoient les seules qui se livrassent à cette licence.

La faveur dont le commodore jouissoit auprès du vice-roi et des principaux habitans procura aux officiers la liberté de visiter les diverses parties de la colonie. Tout étranger qui débarquoit dans le port devoit être accompagné d'un soldat; mais nous en fûmes dispensés, ce qui nous donna la faciliter d'examiner en détail les mœurs et le caractère des habitans.

Ce jour étant l'anniversaire de la naissance du prince de Brésil, le Syrius et un des forts se saluèrent réciproquement par des décharges d'artillerie. Ensuite, le capitaine Phillip, suivi de son état major, alla présenter son hommage au vice roi. Un officier vint nous recevoir à la descente du vaisseau et nous conduisit à la chambre de parade où son excellence, assise sous un dais, recevoit les complimens des officiers de la garnison, des principaux habitans et des étrangers. La cour étoit brillante, si une cour peut l'être lorsqu'il n'y a pas de femmes. Les hommes étoient vêtus avec autant de richesse que d'élégance; les chefs de

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