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Dans la soirée, nous arrivâmes à Téné- Juin 3. riffe, et nous mouillâmes sur treize brasses d'eau, environ à un mille au N. E. de la ville de Santa Cruz (11). Quelques-uns de nos vaisseaux mouillèrent à vingt brasses. La nuit même nous fûmes visités, suivant l'usage établi dans ce pays par le maître du port. Ensuite nous obtinmes la permission de faire notre provision d'eau, et de nous procurer les rafraîchissemens que l'île pouvoit fournir. On servit alors aux équipages du vin au lieu de liqueur. On distribua par jour une livre de boeuf frais aux prisonniers ainsi qu'aux matelots, avec une livre de riz au lieu de pain, et tous les végétaux qu'on pouvoit se procurer. A la vérité, ce dernier article n'étoit pas abondant, la saison étant encore peu avancée.

Le capitaine Phillip, en sa qualité de gouverneur de nos établissemens à la Nouvelle Galles, et de commandant en chef de l'expédition, accompagné des vingt principaux officiers de son état-major, alla visiter le marquis Branciforte , gouverneur de

cette île et des autres Canaries. Nous fûmes reçus, par son Excellence, avec politesse et cordialité.

Tandis que l'équipage étoit occupé à

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embarquer la provision d'eau, à bord de l'Alexandre, un des prisonniers, nommé Powel, trouva moyen de se glisser dans un petit bateau, et de s'éloigner à la faveur de la nuit. Etant parvenu, en ramant, jusqu'à un vaisseau de la compagnie des Indes hollandoises, qui étoit à l'ancre, il fit aux gens de l'équipage, une histoire assez plausible, et pria qu'on voulut bien le recevoir à bord; mais, quoiqu'en ce moment les Hollandois eussent grand besoin d'hommes, ils ne voulurent pas de ce malheureux. S'étant abandonné une seconde fois à la merci des flots, il fut poussé par les courants dans une petite ile située sous le`vent des vaisseaux et fut repris le matin du jour suivant. Le bateau et les rames qu'il ne put cacher, le firent découvrir. Sans ces indices, il est vraisemblable qu'il eût échappé à nos poursuites. Lorsqu'on l'eût ramené, le capitaine Phillip ordonna qu'on le mit aux fers; mais ayant trouvé moyen d'intéresser, par une pétition, l'humanité du gouverneur, quelque tems après, on lui ôta ses chaines.

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L'approche de l'île de Ténériffe (12) et du célèbre Pic, n'offre que l'aride aspect d'une haute montagne hérissée de pointes et surmontée d'un roc élevé. Au pied du Pic,

on apperçoit la ville de Santa-Cruz; elle est assez peuplée, mais très irrégulière et assez mal bâtie. Cependant on y trouve quelques maisons spacieuses, commodes et bien construites. Quoique cette ville ne soit pas regar. dée comme la capitale de l'ile, Laguna (13), jouissant de la prééminence, je me crois fondé à lui donner ce titre, puisqu'elle est la résidence du gouverneur. Le commerce de cette ville est d'ailleurs plus considérable que celui de Laguna, et les vaisseaux des diverses nations préfèrent en général ce port à tous ceux des autres îles Canaries.

Le gouverneur actuel a établi une manufacture d'étoffes de soie et de laine, dans un des faubourgs de cette ville. On n'y admet que de pauvres enfans, des vieillards, des infirmes et des femmes repenties. Le gouverneur Branciforte a fait construire aussi vers le centre de Santa-Cruz, un mole où aboutissent plusieurs canaux qui charient une eau très-salubre. Ce mole est construit de la manière la plus commode pour faire aiguade. Les bateaux peuvent s'approcher de si près, qu'on remplit aisément les tonneaux, en appliquant un antonnoir au

robinet destiné à cet usage.

Le débarquement et l'embarquement des

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marchandises s'opère avec la plus grande célérité. En un mot je crois pouvoir indiquer ce port, comme très-favorable aux vaisseaux qui entreprennent de longues traversées, lorqu'il s'agit de faire de l'eau, et de refraîchir les équipages, particulièrement dans la saison des fruits.

A quatre ou cinq milles de Santa-Cruz dans l'intérieur des terres, on trouve la ville de Laguna ainsi nommée, à cause d'un lac aux environs duquel elle est située. Ce lac est presque à sec durant les chaleurs de l'été; et même l'hiver, dans la saison des pluies, il n'offre qu'un amas d'eaux stagnantes.

On artive de Santa-Cruz à Laguna, par un chemin rude et raboteux. Cette ville bâtie sur une hauteur, à l'extrémité d'une plaine de trois à quatre milles d'étendue, renferme deux églises, dont une est richement ornée; plusieurs couvents d'hommes et de femmes, et deux hôpitaux, l'un destiné aux enfans trouvés, l'autre originairement fondé, dans la sage intention d'extirper la maladie vénérienne, qui, malgré tous les soins du gouvernement est encore trèscommune dans cette ile. On m'a cepen

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dant assuré qu'on recevoit

aujourd'hui des

malades de toute espèce, dans cet utile

établissement. Outre ces édifices, on re- Juin 3. marque encore plusieurs monumens publics, et un assez grand nombre de jolies maisons.

Le commerce de Laguna est peu considérable. C'est dans cette ville que réside la noblesse de l'ile, et où se retirent les négocians de Santa-Cruz, lorqu'ils abandonnent le commerce. Elle est aussi la résidence des officiers de justice, tels que le corregidor, le lieutenant de police, et un juge dont l'emploi est de régler les affaires dé commerce. On y trouve un office de l'inquisition, dont les membres sont soumis au tribunal établi dans la grande ile de Canarie.

Les naturels du pays ont presque enrièrement perdu leur empreinte originelle, leur mélange avec les Espagnols, ayant confondu les traits primitifs. Ils sont, en général, d'une stature médiocre; leur taille est déliée; ils ont le teint brun, les yeux grands et noirs, le regard vif.

Les paysans sont mal vêtus : ceux qui sont moins misérables s'habillent à la mode espagnole. Les hommes d'un rang plus élevé sont très parés, et vont rarement sans porter une longue épée. On en voit très-peu qui marchent avec aisance et dignité, ce qu'on peut attribuer à l'usage des habits longs.

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