Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

plus brillantes que les autres, et lorsqu'on exposoit cette eau à la lumière elle paroissoit couverte d'une écume graisseuse. La troisième nuit la lumière de l'eau de mer étoit très-foible et plus pâle qu'auparavant, lorsqu'elle étoit tranquille; mais lorsqu'elle étoit agitée, sa lumière devenoit assez forte pour qu'il fut possible de distinguer l'aiguille d'une montre. Le thermomètre se soutint environ à 60 dégrés.

Expérience troisième. Je mis, continue J. Canton, du sel commun dans un gallon d'eau douce, jusqu'au moment où l'aréomètre m'eut indiqué qu'elle avoit la pesanteur spécifique de l'eau de mer. Je fis dissoudre ensuite dans un autre gallon d'eau douce deux livres de sel, et je mis un hareng frais dans chacun d'eux. Le lendemain au soir la surface de l'eau de mer factice étoit lumineuse et devint plus brillante lorsque je l'eus agitée.

[ocr errors]

L'eau du second gallon qui avoit été saturée de sel ne donna aucune lumière. Le septième jour j'en retirai le hareng; après l'avoir nettoyé, je le trouvai ferme et sain, l'autre étoit mou et putride.

On peut conclure des expériences 2 et 3, dit ce savant Anglais, que la quantité de sel contenu dans l'eau de mer accélère la putréfaction. Ce fait confirme la découverte de M. Pringle.

Opinion du capitaine Newland extraite des Transactions philosophiques, 1772.

1

Ces apparences laiteuses, dit-il, quelquefois entremêlées de petites raies noires qui vont en serpentant, ont été remarquées dans les mers près de Surate, mais rarement sur les rivages ou le long des côtes. Nous primes une certaine quantité de cette eau qu'on porta dans un réduit obscur, et nous crûmes y distinguer des animalcules vivans, luisans et qui peuvent, dit-on, provenir du frai des poissons. Ils flottent à la surface des eaux agitées, et sont plus ou moins nombreux selon les lieux où ils se trouvent.

Opinion et expériences de M. Rigaud consignées dans un mémoire lu en 1768 à l'académie des sciences de Paris.

Cet observateur prétend que sur les côtes de France, depuis l'embouchure de la Garonne jusqu'à Ostende, même dans l'Océan depuis le port de Brest jusqu'aux îles Antilles et au banc de Terre-Neuve, l'aspect lumineux de la mer est principalement occasionné par une immense quantité de petits polypes de forme sphéroïde presqu'aussi diaphanes que l'eau, ayant environ un quart de ligne de diamètre et un seul bras d'environ un sixième de ligne de longueur, qu'ils meuvent avec lenteur ainsi que leur corps. Ces polypes deviennent lumineux dès qu'on agite l'eau de la mer.

A force d'attention et de soins le même savant est parvenu à distinguer la forme ainsi que les mou

vemens de ces petits animaux, et même à les dessiner; or pour s'assurer, continue-t-il, que ces polypes sont autant de foyers lumineux qui éclairent l'eau dans laquelle ils nagent, il suffit de filtrer cette eau par un papier gris, elle ne rend plus de lumière, et les polypes qui restent dans les pores du filtre étant écrasés avec le doigt, deviendront aussitôt lumineux ainsi que le doigt. Si l'on remplit un verre de montre de cette eau lumineuse et qu'on y verse quelques gouttes de vinaigre un peu fort, ou d'une eau acide minérale vitriolique, on voit s'agiter et briller à l'instant autant de points phosphoriques qu'il s'y trouve de polypes. L'été et l'automne sont les tems où ces petits animaux sont plus agiles et en plus grand nom→ bre; ils sont plus gros et plus lumineux encore sous la zone torride que sous la zone tempérée.

Opinion de Dicquemare.

Ce physicien attribue également le phénomène de la mer lumineuse à certains petits animaux de forme ronde qu'il croit avoir reconnu à l'aide du micros→ cope, et il ajoute que le 20 mai 1778 leur abondance étoit si considérable au Havre-de-Grace que la mer paroissoit couverte d'une couche d'huile épaisse et disséminée par petits globules; je remplis, dit-il, un vase de cette eau, et l'ayant examinée vers les dix heures du soir, elle jettoit au loin une lumière si vive que les yeux avoient peine à en supporter l'éclat,

j'en répandis un peu sur le plancher, elle y brilla durant plus de trois minutes.

Opinion de Bajon, médecin à Cayenne, rapportée par Bomare.

Les mouvemens violens et brusques, dit Bajon, sont peu favorables à la formation des étincelles elles deviennent plus abondantes et plus vives, quand le mouvement est uniforme. Ces étincelles, ajoute-t-il, sont plus fortes qu'entre les parties méme de l'eau lorsque les mouvemens sont produits par des corps étrangers.

Indépendamment de ces étincelles, on voit à certaines époques se former dans l'intérieur de l'eau, à deux et plus de trois pieds de profondeur, des apparences laiteuses, d'autres fois des espèces de flammes plus ou moins grandes, et de figure irrégulière.

Bajon soupçonne que ces flammes pourroient bien étre l'effet des frottemens qui s'opèrent dans l'intérieur de l'eau par la rencontre des courans dont la direction est diamétralement opposée. Il n'a observé ces espèces de flammes, qu'après avoir passé le Tropique du cancer, et elles ne sont, dit-il, devenues fréquentes que vers le douzième, le dixième et le huitième dégré de latitude septentrionale, et c'est préci¬ sément dans cet endroit, continue-t-il, que j'ai ob→ servé les courans les plus forts.

Ce physicien prétend qu'outre les frottemens inté

rieurs il en existe encore d'autres dépendans de l'impulsion de l'athmosphère sur la surface de l'eau, qui d'ailleurs ne peut en faire mouvoir qu'une certaine

masse.

C'est autour, et particulièrement à la poupe des navires qui font un sillage rapide, et dont la marche occasionne des bouillonnemens des remoux, des

[ocr errors]

tourbillons que les lumières ou étincelles sont si variées, si nombreuses et si éclatantes, que la vue en est éblouie.

Lorsque des colonnes entières de poissons, même de ceux dont la couleur est sombre, font des émigrations en nageant un peu vîte, ils laissent sur la mer dans le lieu de leur passage une trace lumineuse; cette lumière est encore un effet du frottement. Bajon ayant examiné attentivement ces points lumineux leur figure lui a paru sphéroïde.

D'après cet exposé, ajoute ce physicien, on peut attribuer à une matière qui a une analogie directe avec l'électricité la cause de ces feux ét principalement des étincelles. qu'on observe sur la surface de la mer, puisqu'elles n'ont réellement lieu qu'aux endroits où l'on reconnoît un frottement marqué.

[ocr errors]

Ayant tiré de l'eau de la mer dans un sceau Bajon a reconnu que de tous les corps dont il s'est servi pour l'agiter soit avec un morceau de bois, soit avec une lame de couteau, soit avec ses doigts

[ocr errors]
« PrécédentContinuer »