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nom par des nouveautés et des réformes; sans improuver constamment ce que les autres font pour faire valoir leurs propres lumières aux dépens de plusieurs millions d'hommes, sans faire parler enfin l'arbitraire et l'autorité suprême là où les loix seules doivent décider. Aussi l'amour des peuples pour les bons princes est, aux yeux du penseur qui sait prévoir, une des plus dangereuses victoires que le despotisme puisse remporter sur la liberté.

Le ministre Staremberg partageoit avec le prince la bienveillance du peuple; tous deux savoient respecter ses préjugés, caresser ses goûts, et profiter sans bruit de sa bonne volonté. L'éclat dont il étoit environné, les plaisirs qu'il faisoit régner à sa cour, le nom de protecteur des sciences et des arts que les princes acquièrent à si bon marché, les embellissemens de la ville commencés par ses ordres et sous son inspection, ses soins pour tout ce qui concernoit le bonheur du peuple, furent ses droits à cet amour populaire, et lui valurent des státues équestres et pédestres, non-seulement dans toutes les places publiques, mais

encore

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encore sur les combles de plusieurs édi fices.

Long-temps on vit les Belges errer mollement, bercés dans la route facile de l'ha bitude et de l'usage; ils régloient arbitrairement, sur-tout méchaniquement le travail du jour, sans inquiétude pour l'avenir. Leur confiance dans la sage conduite des Etats alloit si loin, que plusieurs cités brabançonnes ne faisoient aucun usage de leurs prérogatives, aussi le tiers-état n'existoit plus que de nom. Le clergé considéré comme le premier et le plus nombreux des trois ordres, avoit dans presque toutes les provinces une prépondérance absolue. Son dévouement pour la cour étoit appuyé sur des intérêts qui leur étoient communs. La douce autorité que les prêtres et la noblesse exerçoient sans obstacle sur les esprits, loin d'être gratuite, étoit amplement salariée le peuple. On assure que Marie-Thérèse durant la guerre de sept ans, a tiré des PaysBas, tant en contributions volontaires que par la voix de négociation, environ cent millions de florins; et même peu de temps avant l'insurrection des Belges, on évaluoit Tome II.

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par

le revenu annuel de la chambre impériale à la somme exorbitante de sept millions.

L'empereur, en visitant les Pays-Bas, avoit pénétré de son regard scrutateur jusques dans les abus les plus profondément enracinés. Il trouva cette classe d'hommes

qu'on nomme toujours le peuple, abrutie plongée dans la superstition, et incapable d'user de ses facultés morales, mais composée d'individus forts, laborieux, et s'abandonnant volontiers aux jouissances les plus grossières. Leur phlegme originel n'est point dénué de courage, qualité heureuse dont un législateur peut habilement profiter pour réveiller un jour cette nation assoupie, de même qu'il est possible de mettre en mouvement un corps lourd dès qu'on l'allie avec un plus léger. Malheureusement ceux qui, parmi les Brabançons, sont chargés de l'instruction publique, auroient besoin eux-mêmes d'être instruits. Le clergé belge n'a pas fait autant de progrès que le clergé allemand et le clergé françois. Il est resté en arrière d'un siècle au moins; et l'espace immense qui sépare ses ridicules prétentions de la masse de lumières répandues dans le reste de

l'Europe est au dix huitième siècle un des trop nombreux phénomènes de l'insolence ecclésiastique.

Le pouvoir politique et l'autorité de la hiérarchie étoient cependant réunis dans les mains du clergé ; ses chefs dominoient dans l'assemblée des Etats. Leur tête astucieuse savoit semer et cultiver avec art la sottise ainsi que l'ignorance dans les écoles et dans les académies. Tous, depuis le premier jusqu'au dernier membre de la sainte hiérarchie, façonnoient à leur gré la conscience des habitans. Il falloit avoir toute l'activité de Joseph et son esprit dominateur pour concevoir un plan d'épuration, et pour prétendre l'exécuter ici.

Il débuta par des épargnes auxquelles on n'avoit point songé sous le gouvernement précédent trop dénué de forces coactives pour entreprendre de semblables réformes. Assuré d'une alliance avec la France, et convaincu que les limites établies par le traité des Barrières de l'année 1715 n'avoient point été observées, il imagina, en 1787, de proposer aux Hollandois de rompre formellement ce traité, et de retirer leurs garnisons des différens postes qu'elles occupoient,

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Dès qu'il eut obtenu ce point auquel lés Etats-Généraux consentirent, dans la vue seulement de se délivrer d'une dépense aussi onéreuse qu'inutile, toutes les fortifications des Pays-Bas, excepté celles de Luxembourg, furent démolies, et les sommes que leur entretien coûtoit annuellement à l'Etat tournèrent au profit de l'épargne. Non content de cette économie, Joseph fit encore d'autres réformes dans les diverses parties de l'administration; il réduisit la gouvernante des Pays-Bas, sœur de l'empereur, ainsi que son mari le duc de SaxeTeschen, à une somme déterminée pour leur dépense.

On peut espérer un changement avantageux dans le caractère du peuple, toutes les fois qu'on lui donne les moyens d'exercer une activité nouvelle; peut-être falloitil une occasion extraordinaire pour régénérer les facultés engourdies du Belge. L'ouverture de l'Escaut auroit produit cet heureux effet, puisque le simple projet de sa clôture avoit paru si important à toute l'Europe. Mais la politique ambitieuse et jalouse fit évanouir d'autant plus facilement ce plan si bien conçu en lui-même, que le

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