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traire, est un Amour endormi, ses traits sont ravissans; il s'agite dans son sommeil, et sur ses jones brille l'incarnat animé du premier âge. Si ce morceau est original, ce dont je doute, on ne peut nier qu'il ne soit d'une belle conservation.

Dans le nombre des tableaux flamands de cette collection, on distingue de superbes Marines, entr'autres une Barque fendant l'onde. Ce morceau est de Backuysen (1); il est peint avec une grande vérité. Bonaventure Pieters (2) a été plus heureux en

(1) Peintre de Marines, né en 1631 dans la ville d'Embden, au cercle de Westphalie. Il fut élève d'Albert Erendinger. Son coloris est suave et harmonieux, ses compositions pleines de feu. On estime singuliérement ses dessins au lavis. Il nous a laissé plusieurs gravures à l'eau-forte. Cet artiste mourut en 1709.

(2) Né à Anvers; excellent peintre de Marines et de Paysages. Sa touche est fine et brillante. Il ornoit ses compositions de petites figures dessinées avec esprit ; de son vivant même ses tableaux se vendoient un prix excessif. On voit à Lisbonne, dans le cabinet de Diego de Napolite Novogris, une superbe Marine de ce maître, ainsi qu'un magnifique Paysage dans la maison Allegretti. Cet halxile artiste vivoit encore en 1614.

core lorsqu'il a voulu peindre les flots transparens de la mer en courroux, comme une partie animée d'un tout incommensurable. L'art de représenter la perspective architeclonique de l'intérieur d'une église, appartient presqu'exclusivement aux Flamands. En supposant même que ces tableaux ne fussent que des images fidelles et non des créations, ils acquièrent un nouveau charme sous le pinceau délicat de l'artiste qui sait toujours choisir avec adresse le point de vue de la ligne diagonale, afin de rompre l'uniformité des lignes parallèles de chaque pilier, et de tromper ainsi les yeux par l'opposition magique des masses d'ombres et des échos de lumières. Il existe ici un petit morceau de ce genre qui m'a singuliérement attaché par son ordonnance et l'excellente distribution des jours. Ce joli tableau est de Flink (1).

On nous a montré aussi une Joueuse de

(1) Né à Clèves en 1616. Il fut d'abord élève de Rembrant; mais il quitta bientôt le Portrait pour - l'Histoire. Alors il renonça à sa première manière pour étudier l'école italienne. Ce peintre mourut en 1660, à l'âge de 44 ans.

vielle du précieux Gabriel Metzu (1). Ce morceau n'offre rien de remarquable, si ce n'est l'habillement qui est entiérement de satin, et qui produit en effet l'illusion de la nature. Avec un semblable talent pour l'imitation cet artiste auroit surpassé tous ses rivaux, s'il l'eût employé à des objets plus dignes de son pinceau. Quel dommage que la nature ait emprisonné son imagination dans le cercle brillant mais étroit des étoffes et des draperies!

Les connoisseurs prétendent que l'école hollandoise n'a point produit de plus grand peintre que François Mieris (2) l'aîné. Un tableau représentant une Vieille Femme qui tient une bouteille de vin à moitié vuidée, atteste ici le talent original de ce maître. Ce morceau pourroit servir de preuve matérielle de la transsubstantiation ad oculum, car la figure de cette Vieille semble s'im

(1) Né à Leyde en 1615. Il fut élève de Gérard Dow. Ce peintre s'est plu à représenter des Marchandes d'herbes et de fruits. Sa touche est fine et spirituelle; son coloris aussi pur, aussi brillant que celui de Mieris. Il mourut en 1658, à l'âge de 43 ans.

(2) Voyez tom. I, pag. 393, note 1.

biber à mesure du vin qui manque dans la bouteille. Ici l'on doit se borner à admirer l'imitation exacte de la nature à laquelle Mieris s'est particuliérement attaché.

Un des tableaux les plus remarquables de cette collection est une figure de Femme nue, et du plus aimable coloris. Elle est de Pierre Vander Werff, frère du chevalier Adrien. On y voit encore le portrait d'uneRei. ne d'Angleterre, ainsi qu'une esquisse hardie de celui du sculpteur Feulerbe, qui doivent être compiés au rang des meilleurs ouvrages de Vandyck (1). Infin, un tableau qui représente un Sultan dans toute sa pompe ; ce dernier morceau est un des rayons du génie de Rembrant 2), et l'une des principales richesses de ce beau cabinet.

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Le portrait d'une Hospitalière, et celui de la Fille du peintre Seghers, tous deux par Rabens, semblent, comme tous ceux de ce grand maître, respirer sur la toile. Le coloris du premier st d'une fraîcheur impossible à lécrire; on diroit qu'il vient d'être achevé. Sans doute on doit gémir sur

(1) Voyez tom I, pag. 59, note 2.

(2) Voyez tom. I, pag. 396, note 1.

la négligence de nos peintres modernes pour tout ce qui concerne la composition des couleurs car enfin, c'est de leur fraîcheur et de leur durée que dépend la célébrité à laquelle tout artiste doit prétendre.

Le cabinet de M. Vanlancker contient une collection plus considérable encore de tableaux flamands. Les Paysages de Both (1), Van Goyer (2), Berghem (3), Wynants (4),

(1) Nom de deux frères célèbres dans l'histoire de la peinture; Jean et André. Ils naquirent à Utrecht, et furent élèves de Bloëmaert. Leurs tableaux sont trèsrecherchés. Tous deux allèrent étudier à Rome. Jean s'attacha à imiter la manière du Lorrain, et André celle du Bamboche. Leur union étoit si étroite, que nonseulement ils firent ensemble leurs études et leurs voyages, mais qu'ils travailloient conjointement aux mêmes ouvrages; l'un faisoit le Paysage, l'autre les Figures et les Animaux. Leur touche étoit facile, moëlleuse`, et leurs tableaux sont d'une extrême fraîcheur. Ces deux artistes moururent en 1650.

(2) Né à Leyde en 1596. Ce peintre excelloit dans le Paysage. Il mourut à la Haye en 1656.

(3) Né à Amsterdam en 1624. Il fut élève de Jean Goyer. Aucun peintre de Paysage ne l'a surpassé. Ses conceptions sont grandes et riches. Son dessin est pur, et son coloris est celui de la nature même. On raconte

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