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Roose (5) et autres, appellent l'attention et le suffrage des connoisseurs par leurs richesses, leur variété, leur élégance. La vue de ces délicieuses productions de l'art m'a démontré jusqu'à l'évidence combien la carrière du paysagiste étoit plus vaste que celle du peintre d'histoire, ou du peintre de genre. Le globe entier, les élémens même deviennent son patrimoine. La nature lui est soumise; il est inspiré par elle, et sans cesse elle lui offre le ravissant spectacle d'une création toujours jeune, parce qu'elle renaît du sein même de la destruction.

Dans les tableaux de paysages, il est si facile de saisir l'harmonie des parties, ainsi que l'unité de l'ensemble et la magie des

que sa femme étoit si avare, qu'elle s'étoit logée au dessus de lui, afin de pouvoir frapper au plafond et l'ẻveiller, lorsqu'excédé de fatigue Berghem vouloit goûter quelques instans de repos. t artiste mourut en 1685. On a beaucoup gravé d'ap es lui.

(4) Né à Harlem en 1665; a sez bon peintre de Paysage Le e et la débauche régèrent sa carrière.

O ignore l'ann ́e de si mort.

(5) Voyez pag. 218, note 2.

oppositions. Le pinceau du paysagiste, toujours libre, toujours indépendant du despotisme des proportions, plane au dessus des règles, et, nouveau créateur, assigne lui-même la forme aux êtres dont il veut tracer image. Les masses de lumières les nuages, l'air, l'eau, les rochers, les montagnes, et les inégalités du sol sont des essences indéfinies; leur figure est aussi variée, aussi fugitive que la nature elle-même. Les objets, vus à l'extrêmité de l'horizon deviennent des hieroglyphes, et c'est ce qui nous donne le pouvoir de les imiter à volonté, il suffit de plaire aux yeux par cette mobilité, cette illusion décevante cette agréable confusion qui naît de la lutte constante de la lumière et des ombres sur un fond transparent et vaporeux. Mais malgré cette apparente facilité, il n'y a qu'un Claude Lorrain qui soit à l'abri de la

censure.

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J'ai encore remarqué dans le cabinet de M. Vanlancker, un Wouwermans (1) d'une

(1) Il fut élève du Père Paolo, et naquit à Harlem en 1620. Cet artiste étoit un des meilleurs peintres de Paysage de l'école hollandoise, et excelloit à représenter des Caravanes, des Haltes, des Campemens,

incomparable beauté, mais que je ne peux examiner cependant avec cette admiration extatique de la plupart des connoisseurs. Ce tableau représente une Bataille. Les attitudes convulsives des combattans acharnés l'un sur l'autre, des grouppes d'hommes blessés, des corps sans vie, des chevaux furieux précipités au milieu du combat par le bruit de l'artillerie; quel spectacle, et quels souvenirs! Ah! de telles images ne sont que trop capables de froisser l'imagination, en reportant l'ame du spectateur au milieu même de la scène ensanglantée que l'artiste devoit avoir eue sous les yeux, puisqu'il a pu la rendre avec tant de vérité. Je suis bien éloigné de contester les beautés de semblables ouvrages; mais je t'avouerai que je détourne involontairement mes yeux de

des Batailles. Ses chevaux sont du dessin le plus élégant, et le plus correct. Son pinceau est séduisant, sa touche fine et délicate. Les tableaux de Wouwermans sont en général d'un fini précieux. Mais il règne dans les derniers une harmonie grise ou bleuâtre qui en diminue considérablement le prix. Moyreau, et plusieurs autres artistes célèbres ont gravé d'après cet excellent maître. 11 vécut pauvre, et mourut en 1668.

ces spectacles sanglans qui me retracent d'une manière si penible les misères de l'humanité. Q'ai-je besoin de me trouver. transporté dans cette mêlée ? Quel intérêt m'y attire? Pour qui aurois-je combattu? Quel est le vainqueur? A qui appartiennent ces drapeaux flottans?

Une bataille nous intéresse lorsque nous en connoissons le motif; lorsque nous so haitons que la victoire couronne l'un des deux partis; lorsqu'enfin on retrouve quelques traits, quelques é isodes qui, au milieu de ces scènes insensées et barbares, éveille le souvenir d'un trait héroï que Ou d'une action touchante Aussi, lorsqu'un grandartiste vént représenter une Bataille, a t-il toujours soin de choisir un sujet connus, auquel le spectateur puisse s'intéresser. Ces finesses tiennent à la magie de l'art. Sans elles un combat de ces sauvages enrégimentés qu'on nomme soldats est aussi insignifiant que la gazette qui le publie. Suffit-il à l'artiste de pouvoir exprimer sur la toile tout ce que lui indique su fantaisie? Son premier devoir n'est-il pas de faire sentir et penser? Hélas! qu'on m'enseigne donc le moyen de persuader aussi cette

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utile vérité à ceux de nos jeunes gens qui prennent pour du talent les vagues impulsions de leur vanité, et qui, semblables aux nouveaux ennoblis, sont aussi insolens, aussi fiers de leurs prétentions que les véritables gens de lettres savent être modestes de leurs droits.

M. Vanlancker possède encore un trèsbeau Teniers (1). Si l'art de la peinture avoit conservé cette vertu magique qu'on lui attribue; s'il pouvoit agir aussi vivement qu'autrefois sur les sens et l'ame du spectateur, certes il seroit à desirer que les princes eussent sans cesse ce tableau sous les yeux, parce qu'il deviendroit pour eux une image sensible du besoin de jouir si naturel à tous les hommes, et si légitime pour le peuple; il leur rappelleroit que le devoir des pasteurs d'hommes est aussi d'inviter au plaisir en garantissant avec sévérité les mœurs et les loix ; qu'enfin, si les peuples jouent quelquefois avec leurs chaînes, ils savent en même temps briser celles qui sont trop pesantes, plutôt que de succomber sous leur poids.

(1) Voyez tom. I, pag. 148, note z.

Lea

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