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injustices, nous serions peut-être encore dans nos forêts occupés, ainsi que les animaux, à chasser, à manger du gland et des hommes ?

En général, il existe des circonstances où l'on doit porter ses regards sur les avantages futurs qui peuvent résulter d'une réforme actuelle, se régler sur les suites heureuses que l'avenir offrira. On ne sème qu'avec l'espoir de recueillir. Mais la grande difficulté sera toujours de trouver des hommes privilégiés, dont le génie puisse franchir les bornes qui circonscrivent la multitude, et se confier à leurs propres forces; assez généreux enfin pour renoncer aux douceurs d'un repos actuel et se livrer aux trompeuses attentes d'un bien-être futur. Qui de nous osera tracer la ligne, indiquer le véritable point où doivent s'arrêter ces ames courageuses?

Lorsque l'innovateur se traîne servilement dans le sentier étroit des principes alors déçu par les prestiges de cette célèbre romancière qu'on nomme théorie, il voit ou du moins il croit voir devant lui une latitude immense, une universalité de moyens qui bientôt se rétrecissent et se resserrent lors

qu'il s'agit d'exécution, parce qu'alors la divergence des principes également bons, également justes, plonge le réformateur dans un abîme de perplexités, l'oblige à des marches rétrogrades qui doivent nécessairement entraver et circonscrire ses opérations.

Une seule réflexion suffit pour détruire cet honnête et respectable préjugé de ceux qui, avec tant de raison, ne voient dans la vertu que l'amour de l'ordre, et dans le bonheur public qu'un calme agissant: que tous les membres du corps social considèrent combien de primés pour le malheur et la corruption résultent de chaque heure de chaque instant prostitués à cet indigne assentiment des esclaves aux volontés de leurs tyrans; qu'en un mot, il est pour les Etats comme pour les corps animés un degré de dissolution et de gangrène politique telle que l'édifice entier de l'Etat doit s'écrouler, et tous les liens sociaux se rompre à la fois.

Ah! sans doute, il faut se défier de cette tendance naturelle de l'homme vers la nouveauté ; mais défions-nous encore plus des poisons froids de cette superstition éteignante pour ces vieux abus qui, semblables

à la noblesse, acquièrent à nos yeux un nouveau lustre, à mesure qu'ils se perdent dans la nuit des temps. L'un naît de se besoin d'émotion qui est à la foiblesse humaine ce que l'ame est au corps; l'autre de cette paresse inhérente à notre espèce, source de l'esclavage et du respect imbé cille des peuples envers leurs oppresseurs. Or, si la nature enfante un de ces génies sublimes qui sache s'indigner de ses fers, faut-il qu'il soit arrêté dans sa marche par ce prétendu respect pour les loix antiques qui ne fut jamais que la logique ou la mythologie des esclaves? Faut-il qu'il écarte de ses lèvres la coupe à la fois si amère et si douce de la régénération des peuples aux bienfaisantes lumières de la vérité ? Car est-il pour les nations d'autre bonheur durable que celui de l'indépendance absolue des esprits et le premier des biens, la plus noble, la plus délicieuse des jouissances de l'homme, celle enfin qui survit à tous les plaisirs vrais ou conventionnels ? Est- elle autre chose que la liberté de satisfaire sans obstacle à ce besoin de communication, la plus douce, la plus excusable de nos foiblesses, et l'indélébile ciment qui unit en

tr'elles toutes les parties du corps social

En vain l'aristocratie fait entendre ses clameurs lorsqu'on la dépouille de ses droits prétendus. Dans un Etat où le peuple n'est pas réellement représenté, là, malgré les assertions du parti contraire, il n'existe aucune autorité légitime. Tout est usurpation; et même l'assentiment volontaire du peuple aux volontés suprêmes de ses oppresseurs présuppose une autorité déjà exercée sur son esprit. Or, de tels principes sont les signes certains d'une démoralisation manifeste, et d'un attentat contre la liberté publique. Tout ce qui concerne les droits du véritable souverain, ceux, en un mot, du peuple, est inaliénable par son eset la cession de chacun de ces droits, sous quelque forme qu'elle soit surprise, n'est qu'un résultat de l'impuissance et de l'ignorance humaine. Aussi long-temps que la grande masse du genre humain est restée dans un état d'enfance, cette distinction sur la représentation nationale étoit superflue. Mais pour l'homme penseur et pour le peuple qui commence à s'éveiller, elle est le plus important, le plus sublime de tous les axiomes de la politique.

sence,

Résumons quiconque met en question le droit que Joseph s'arrogea d'ordonner dans les Pays-Bas ce qu'il crut le meilleur, et quiconque nomme ses réformes tyranniques, n'oseroit point avancer qu'aucune de ses vues tendît à introduire dans l'Etat la sottise et la superstition. Mais en cessant de considérer la question comme point de droit, il est bon de savoir si l'empereur dans sa sagesse ne devoit pas, vu les circonstances, s'opposer au despotisme de l'aristocratie, et attendre de quel côté le peuple se seroit tourné. Les Belges ne portent-ils les chaînes de l'habitude comme pas une parure héréditaire? Essayer de les en dépouiller ou de les leur faire changer contre des vêtemens plus beaux ou plus commodes est à leurs yeux un crime irrémissible. N'ont-ils pas montré la plus parfaite indifférence pour toute innovation, qui même n'attaquoit point leur constitution, -telle que l'ouverture de l'Escaut, de laquelle ils pouvoient attendre un gain assuré ? Pouvoit - on oublier qu'ils n'étoient que des agens passifs dans la main de leurs pères spirituels?

Peut-être l'empereur méprisa-t-il l'assou

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