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pouvoir être pris pour une infraction à la paix jurée entre les deux puissances. Les Etats-Généraux refusèrent aussi de livrer aux envoyés de l'empereur un Prabançon, émis saire de Vander Noot, qui se trouvoit à la Haye.

Pouvoit-on au surplus inculper le ministre de n'avoir pris aucune mesure défensive contre des gens si mal é quipés, si mal armés, tels qu'étoient les émigrés de Beda? Peutêtre aussi que sa présomption ie portoit à croire qu'il pourroit tout pacifier sans le secours du général. On conçoit avec peine pourquoi il chercha jusqu'au dernier moment à persuader l'empereur que la chose étoit possible, même facile; pourquoi il lui proposoit sans cesse des réglemens nouveaux, tandis qu'il lui cachoit la situation critique des affaires. Je soupçonnerois volontiers qu'il ne l'avoit pas jugée aussi dangereuse qu'elle l'étoit effectivement. Or, ce n'est pas la première fois que le mépris des rois et des ministres pour les entreprises de ceux qu'ils nomment démagogues, a servi la cause de la liberté.

L'émigration au lieu de diminuer s'aug mentoit chaque jour, et fixa enfin l'atten

tion du gouvernement. Le 30 septembre on fit des loix prohibitives; elle fut defendue sous peine de mort et de confiscation. Bientôt le général Schroder se porta sur Hassolt à la tête d'un détachement considérabie, afin de dissiper les rassemblemens. Mais ayant été avertis de sa marche, les émigrés dès le 6 octobre avoient évacué les villes et bourgs du Brabant hollandois, et s'étoient formés en corps d'armée de quatre à cinq mille hommes entre Breda et Boisle-Duc. Cependant, afin de mettre le clergé hors d'état de sondoyer à l'avenir ces troupes et de leur fournir des munitions de guerre, l'empereur publia le 13 octobre un édit lequel les revenus de douze abbayes riches, savoir, Tongerloo, St-Bernard, Affligem, Gemblour, Villers, Ulierbeck, Ste-Gertrude, Saint-Michel, Diligem, Grimbergen, Everboden et Heylissem, étoient sequestrés, et devoient être régis par une commission impériale.

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Alors le gouvernement fut assiégé de tous côtés par une foule de dénonciations; car le règne des révolutions est celui des sycophantes, et ces hommes malheureusement utiles entrent dans la composition des an

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tidotes contre le despotisme et ses vils adhé rens, comme les poi ons dans celle des remèdes les plus salaires. Vonk et Verlooy s'échappèrent de Bruxelles au moment où on alloit s'emparer de leurs personnes. Quelques uns de leurs partisans furent moins heureux, et tombèrent dans les mains de leurs persécuteurs. Insensiblement les premières familles du pays devinrent suspectes aux yeux du monarque: cinq membres des Etats de Brabant, les comtes de Spangen, de Lannoy, Duras, Coloma et Prudhomme-d'Hailly, furent incarcérés. Les duchesses d'Aremberg et d'Ursel furent gar dées à vue, et l'on précipita dans les cachots l'écrivain Linguet, le Coq, fiscal impérial, et le nommé Secretan, Suisse de nation, maître-d'hôtel des fils du duc d'Ursel.

Bruxelles retentit du bruit d'une conjuration qui devoit avoir, disoit-on, des suites aussi funestes que les vêpres siciliennes. Un nombre de maisons devoient sauter en l'air; l'état-major de la garnison, les membres du gouvernement, ceux de la chambre des comptes devoient être égorgés. Ces inculpa tions étoient vraies ou fausses; mais le suisse Secretan n'en fut pas moins destiné au

supplice. On le transféra dans les cachots destinés aux malfaiteurs convaincus, et ce ne fut qu'après une détention de deux mois qu'il dut enfin sa liberté à la révolution. Les prisons de Bruxelles étoient remplies d'un nombre infini d'individus; prêtres, négocians, nobles, tout ce qui étoit accusé de crime de lèse-nation y languissoit dans l'attente d'une mort prochaine. Tout annonçoit une fermentation générale, la perte totale de la confiance réciproque, et l'approche d'une scission funeste.

L'armée patriote se mit enfin en mouvement le 20 octobre. Vonk avoit acquis à son parti en la personne de son ami Vander Mersch, ci-devant colonel au service de l'empereur, un général habile. Leurs premières opérations furent dirigées contre Turnhout, les remparts démolis de Lillo et de Liefkenshoek, situés sur l'Escaut. Le général Schroder atteignit les patriotes coalisés le 27 près Turnhout; il eut d'abord quelqu'avantage : mais lorsqu'il voulut entrer dans la ville, on reçut ses troupes avec un feu si violent qui partoit des fenêtres et des toits, qu'il fut obligé de songer à la retraite après un combat sanglant. Cependant

les

les insurgens abandonnèrent volontairement tous leurs postes, pour se porter de l'autre côté au-delà de l'Escaut, afin d'entrer en Flandre. Sur tous les lieux de leur passage ils répandirent des manifestes hardis, composés et signés par Vander Noot, dans lesquels ils déclarèrent formellement qu'ils ne reconnoissoient plus l'empereur pour duc de Brabant, et qu'ils se délioient du serment d'obéissance. Vers ce temps une députation des Etats s'étoit rendue à Breda, et delà dirigeoit les opérations de l'armée patriote. Le parti prétendu conjuré y avoit conduit le chancelier Vontrumpipen que les Etats Généraux firent remettre en liberté sur la demande du chargé des affaires impériales.

Gand, investi le 13 novembre par les insurgés, se rendit après quatre jours d'une défense opiniâtre, durant laquelle cette ville, considérée comme la capitale de la Flandre, fut en partie incendiée. Alors tous les Etats de cette province se déclarèrent contre l'empereur. Le pacte de fraternité, imaginé par Vonk, s'étendit rapidement dans toutes les parties de la Flandre, du Hainault et du Brabant. Bourgeois, paysans, tous Tome II.

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