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j'apperçois des tailles sveltes, de charmantes blondes du plus agréable maintien. Il ne manque à leurs regards qu'une étincelle du feu de Prométhée. Ces belles automates ne savent que pécher et prier.

Du phlegme, toujours du phlegme ! Cette insipidité nationale se remarque même dans les jeux de l'enfance. Nous avons observé que les seuls amusemens des filles, depuis sept ans jusqu'à treize, consistoient à sauter toute la soirée dans un cerceau que l'on se passoit de main en main, tantôt par dessus la tête, tantôt par dessous les pieds. D'autres avoient un cerceau à elles seules; les plus rusées enfin se mettoient deux sur le même pour en attraper une troisième. Les mouvemens vivaces sont communément une opération de l'instinct favorable à l'accroissement du corps. L'expérience nous apprend même que les enfans les plus indolens, une fois mis en action, sont plus fortement et plus long-temps animés que les autres. Je ne me rappelle pas d'avoir vu en Brabant aucun garçon jouer à ce jeu : ce qui milite d'autant en faveur de mon hypothèse.

Nous avons souvent admiré la tranquille
Tome II.

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indifférence avec laquelle les Brabançons portent leurs regards sur l'avenir. Ils ne songent pas même qu'ils peuvent être assaillis par la Maison d'Autriche, et ne soupçonnent pas qu'ils ont le besoin le plus pressant de secours extérieurs. Avant hier le bruit s'étant répandu que les troupes prussiennes marchoient de Liège sur Hui dans l'intention de s'approcher de Luxembourg, il s'éleva un cri général d'improbation tant on est loin ici de sentir l'importance de se liguer avec ce puissant voisin contre l'empereur. La hardiesse des François à émettre leur opinion sur des sujets de cette nature, annonce du moins une sorte d'élan de facultés intellectuelles, en supposant même que leur loquacité ne fût que l'éinanation d'une tête trop vive. Chez les Bruxellois, au contraire, tout décèle l'éteignement, et l'apathie la plus absolue.

Dans cette occurrence, comme dans toutes les crises politiques, si l'on remontoit à la source des diverses opinions, il seroit facile de démontrer que les véritables meneurs se réduisent toujours à un petit nombre de personnes; et même, ce qui est remarquable dans les affaires de Bruxelles, c'est

que la plupart de ces meneurs sont des étrangers. La transfusion des idées brabançonnes est si matérielle et si pénible, qu'on pourroit les saisir au passage à l'instant du départ d'une tête dans une autre.

Les défenseurs des Etats ne dirigent leur nombreux parti qu'en ayant toujours à la bouche les mots d'ancienne constitution et de joyeuse entrée; ils s'évertuent fortement contre la liberté, et ne connoissent pas de plus grand malheur politique qu'une assemblée nationale. C'est vainement qu'on essaie de leur faire comprendre qu'entre une tyrannie oligarchique et une démocratie absolue, il est encore possible de prendre un parti intermédiaire, celui d'une représentation du peuple, combinée d'après les éternels principes de la justice universelle. Moins ils comprennent ce que signifie le serment qu'ils ont fait, plus ils s'opiniâtrent à l'observer scrupuleusement.

Mais ne crois pas, cher ami, que les aveugles soient moins nombreux dans l'autre parti. Il n'y a pas long-temps que j'ai entendu un zélé démocrate affirmer sérieusement que les nouveaux Etats belges ne pourroient pas conserver le systême aris

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tocratique, parce qu'il étoit celui de la Hollande. Ainsi, d'après ce principe, sa patrie n'auroit eu, à la fin, aucune forme de gouvernement: car, parmi les Etats environnans, il s'en trouve de démocratiques et de despotiques. Dans ces nouvelles disputes de mots, chaque parti rejette sur l'autre les malheurs qu'il éprouve, et chacun paroît avoir raison.

Ce défaut de spontanéité, particulier aux Brabançons, s'est manifesté sur tout à l'époque du dernier triomphe de l'aristocratie. Vander Noot, qui par toute la Flandre a aussi la réputation d'une tête médiocre, eut néanmoins assez de sagacité pour prévoir ces variations dans les bases de l'indépendance belgique. Ses talens le rendirent nécessaire par-tout où il pouvoit les exercer sans trouver de rivaux. Mais ils ne l'auroient pas sauvé, s'il eût hasardé de résister au torrent dévastateur de l'influence sacerdotale. Pour arriver à son but, et conduire réellement les affaires sans paroître nominativement, il se vit obligé de s'enrôler sous le drapeau hiérarchique. Le plénipotentiaire d'Anvers, Van Eupen, moine diffamé de l'ordre des Minimes, qui n'étoit

grand que par l'excès de la plus basse fourberie et les manoeuvres les plus viles, étoit son confident et son appui. Le foible cardinal étoit tout ce que chacun vouloit qu'il fût, et demeura ainsi dans les mains de tout le monde. La voix isolée de l'évêque d'Anvers, prélat dont les lumières et la force de caractère étoient connues, fut étouffée `par le faux - bourdon d'une majorité de moines que la conscience de leur nullité forçoit à se reposer de tout sur leur ministre, et à suivre aveuglément ce que son propre intérêt leur suggéroit.

Au milieu de tous les avantages dont le parti des Etats se croyoit en possession, cette malheureuse province, et sur-tout la capitale, devenoient le théâtre de la guerre civile. Les intérêts des habitans étoient si divergens, si compliqués; la dureté des vainqueurs, en raison de la résistance étoit si grande, le ressentiment des vaincus si amer; l'acharnement des sycophantes si actif; la mauvaise foi, dont les Etats donnoient eux-mêmes l'exemple, si dénuée de toute pudeur; enfin, l'espérance de trouver un nouveau chef, si douce pour les opprimés, si nécessaire à leur consolation,

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