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que l'on arboroit dans l'église de SainteGudule de nouvelles cocardes nommées emphatiquement cocardes de la liberté, et là, se disoit-on à l'oreille, on doit retirer aux Etats les rênes du gouvernement. Le lendemain tout le monde se porta à SainteGudule, et Edouard Walkiers assembla à tout hasard sa compagnie. Les nouveaux Etats tremblèrent pour leur existence poli tique ils implorèrent encore une fois la voix vénérée des prêtres, et envoyèrent le curé de la paroisse avec l'écrit suivant : « Nous soussignés, certifions que le mani» feste du peuple brabançon doit être suivi » littéralement et dans tous ses points; que >> tout ce qui s'est passé a été fait au nom » du peuple dont les Etats reconnoissent la » souveraineté, en protestant ici n'avoir jamais eu la prétention d'usurper aucun » de ses droits ». Vander Noot et Van Eupen avoient signé cette protestation, et le curé la lut en chaire.

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Cette condescendance si inattendue de la part des Etats changea soudainement la direction des esprits; et au lieu de se porter sur l'aristocratie, des cerveaux fanatisés l'entraînèrent à se jetter sur un officier du parti démocrate,

démocrate, que Walkiers et ses volontaires eurent peine à arracher de leurs mains. On fit des recherches dans l'église pour décou vrir ceux qui avoient arboré la nouvelle cocarde. Quelques citoyens furent emprisonnés parce que l'on en trouva dans leur poche. Encore actuellement il seroit trèsdangereux d'en porter d'autre que celle aux trois couleurs, et cela nous l'avons appris à nos dépens; car un volontaire nous a dit d'un ton sec, que probablement nous étions étrangers, et ne savions pas que les petites feuilles blanches de nos cocardes étoient défendues.

Personne dans Bruxelles n'a su la véritable cause de ce soulèvement. On l'a mis sur le compte des royalistes, parce qu'on a calculé l'intérêt qu'ils ont de porter la confusion dans tous les partis, comme si ce moyen eût été capable d'améliorer les affaires de l'empereur dans un temps où aucune troupe autrichienne ne pouvoit les seconder. Les Etats et leurs ministres paroissent attribuer à des causes opposées l'événement dont je te parle. Walkiers dont on connoît l'esprit. entreprenant s'est

Tome II.

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trouvé compromis dans cette circonstance ainsi que ses volontaires. Hier on l'accusoit ouvertement d'être le moteur de cette insurrection. Il s'est même établi entre lui et le gouvernement une série de questions et de réponses; mais cette correspondance a tourné à son avantage, parce qu'il a su opposer aux inculpations indirectes du parti ministériel le ton fier d'un homme offensé, certain de sa pureté et fort de sa conscience.

La remontrance ou pétition dont je t'ai parlé plus haut, adressée aux Etats par le parti démocrate, et dans laquelle il est dit que l'on ne peut sans danger laisser dans les mêines mains le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, n'a produit d'autre effet contre un ennemi si dangereux qu'un réglement indirect. On a même su influencer le magistrat, de manière qu'il a dissous le 28 février la compagnie de Walkiers, sous prétexte que chaque sermenté ne peut en avoir qu'une; mais les volontaires coururent le lendemain en murmurant à l'hôtelde-ville, et sur leurs réclamations le magistrat rapporta son ordonnance. Walkiers, qui se trouvoit commandant de jour, se retira

à son poste d'un air triomphant et à la grande satisfaction du peuple.

Il étoit actuellement plus nécessaire que jamais d'assermenter les volontaires. On tint conseil sur le mode qu'il falloit adopter, et Vander Noot donna son assentiment à celui que proposa la société patriotique. On crut devoir rendre cette cérémonie publique, afin de ne laisser aucune obscurité derrière laquelle l'un ou l'autre parti pût se retrancher. Enfin, après qu'on eut soumist ce projet de serment à plusieurs scrutins après que Vander Noot eut vainement harangué les volontaires assemblés, on adopta une formule très-courte, et conçue en termes généraux, tous aussi insignifians que les deux partis pouvoient le desirer. Le 9 mars, le duc d'Ursel et Vander Noot s'étoient embrassés avec cordialité en signe de réconciliation entre les deux partis; et la pétition de la société patriotique fut considérée par le grand conseil, ou la haute cour de justice, comme nulle et non avenue. Bien plus, le congrès cassa en qualité de souverain des Pays Bas un régiment de troupes soldées, qui avoit eu la sottise de vouloir faire, à l'exemple des volontaires, serment

de fidélité au peuple. Cet acte d'autorité eut lieu le 13 mars.

Cependant Walkiers étoit un obstacle trop puissant à l'ambition des Etats et du ministre. Ils connoissoient trop bien son ardent patriotisme pour ne le point redouter, et ne point machiner sa perte. On l'attaqua par le seul côté où il n'étoit pas invulnérable; c'est-à-dire , par un déluge de pamphlets, par des accusations mesurées sur la crédulité d'un peuple toujours gouverné par ses prêtres. Les émissaires du clergé et de l'aristocratie réussirent à semer la méfiance entre les citoyens de Bruxelles, et même parmi les volontaires. Ils parvinrent à les diviser, à les isoler, en supposant un plan de conspiration, au moyen duquel le petit nombre des ambitieux, sous prétexte de réintégrer le peuple dans ses droits de souveraineté, devoit s'emparer lui - même du gouvernement. Walkiers, disoit - on, Walkiers est l'ame du complot; les officiers des volontaires sont ses affiliés, et une assemblée nationale que l'on feindra de convoquer ne sera que l'instrument de la tyrannie, s'emparera à l'exemple de celle des François de tous les droits des citoyens,

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