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nombreuses que

l'on

y pêche. J'y ai vu cette espèce de raye que l'on connoît sous le nom d'aigle de mer (1), et dont la chair est dure et de mauvaise odeur; le chat de mer (2) qui ne vaut guère mieux; la palamide, espèce de petit thon (3); le poisson pointų que l'on nomme aiguille (4), et le mulet (5) qu'on voit frétiller dans les temps calmes, en troupes innombrables; sur la surface de l'eau. L'on y pêche aussi le poisson qui, sur les tables des Romains, occupoit une place distinguée, et auquel on a donné le nom de loup, à cause de sa voracité (6).

(1) Raia corpore glabro, aculeo longo serrato in cauda pinnata. Arted. gen. 45.— Raia aquila. L. (2) Squalus dorso vario; pinnis ventralibus concretis. Arted. gen. 44. Squalus catulus. L.

(3) Scomber pelamis, pinnulis inferioribus septem; corpore lineis utrinque quatuor nigris. Arted. gen. 25. Scomber pelamis. L.

(4) Esox rostro cuspidato, gracili, subtereti, spithamali. Arted. gen. 10. Esox belone. L.

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(5) Trigla capite glabro lineis utrinque quatuor luteis longitudinalibus parallelis. Arted. gen. 171. — Mullus surmuletus. L.

(6) Perca labrax, pinnis dorsalibus distinctis, secundæ rædii quatuor decim. Arted. gen. pisc. gen. 30. · Perca labrax. L.

Les marins provençaux l'appellent carousse. J'ai fait dessiner un de ces poissons qui avoit deux pieds et demi de long. (Voyez planche III.) Sa tête étoit bleuâtre; il avoit des taches rouges sur les opercules des ouïes, et le corps d'un bleu noirâtre et nué de gris; ces teintes étoient foncées au-dessus de la ligne latérale, et plus claires au-dessous, avec un mélange de jaunâtre. Enfin, ce qui est plus intéressant pour les partisans de la bonne chère, c'est que l'on y mange d'excellens rougets (1).

(1) Trigla capite glabro, cirris geminis in maxilla inferiore. Arted. gen. 171. Mullus barbatus. L.

C

CHAPITRE

XIII.

VOYAGE D'ALEXANDRIE A ROSSETTE. -

MAADIÉ.

HÉRACLÉE. - ROSSETTE

ET SES ENVIRONS. - COUP-D'ŒIL SUR LE DELTA.

PLACÉE entre la mer Méditerranée d'un

côté, et une mer de sable de l'autre, la mo derne Alexandrie est isolée, et ne semble tenir à aucun pays. Pour arriver à d'autres contrées, il faut se livrer à l'inconstance des flots, ou franchir de grands espaces, marqués du sceau de l'abandon et de la disgrace de la nature. C'est, ou peu s'en faut, un désert que l'on doit traverser pour se rendre, par térre, à Rossette. J'ai fait ce voyage plusieurs fois; la première avec l'inspecteurgénéral Tott, ayant à sa suite une nombreuse compagnie, de laquelle étoit Savary. Nous partîmes d'Alexandrie le 12 juillet 1777, å 7 heures du soir. Ce cortége, j'ai presque dit, cette cohué d'étrangers vétus à la françoise, donna de l'humeur aux habitans; nous essuyâmes, en traversant la ville, force in

jures et quelques pierres, dont l'une, trop. bien lancée, vint me frapper assez rudement à la poitrine. Si j'avois cru aux augures, je n'aurois pas, sans doute, continué un voyage commencé sous des auspices aussi fâcheux. Une mésaventure d'un autre genre nous attendoit à quelque distance de la ville. C'étoit un coup sensible pour ceux dont l'appétit prévoyant se trouvoit trompé dans son espoir. L'âne chargé des provisions de bouche, indigne d'un fardeau d'une telle importance, culbuta ses paniers: bouteilles, assiettes, pâtés, etc. tout fut en morceaux. L'on passa près d'une demi-heure à recueillir les débris de la halte, et, l'on en chargea un cheval moins étourdi. La nuit nous prit bientôt; elle ne pouvoit être plus obscure, et à l'ennui près de marcher long-temps sans rien voir, sur des plages qui m'étoient inconnues, ce fut pour moi, comme si je ne fusse pas sorti d'Alexandrie. J'avois avec moi en particulier, un ancien serviteur exercé aux voyages, un jeune dessinateur et un bombardier de la marine. Nous marchions en peloton serré, et avec un janissaire, nous faisions l'avant-garde. Arrivés mi-chemin, nous nous arrêtâmes pour

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prendre quelque repos. Lorqu'il fut ques tion de se remettre en route, chacun cou roit après sa monture qu'il avoit abandonnée, et que l'obscurité l'empêchoit de retrouver ou de reconnoître on crioit, on se disputoit; les muletiers se battoient entr'eux, les janis saires les battoient tous. Au milieu de cette confusion, ma petite cohorte étoit en selle, dès le moment du signal du départ, et nous jouissions, à notre aise, des scènes comiques qui se passoient autour de nous. Nous avions eu soin de ranger nos mules à l'écart, et nous les reprîmes à volonté. Une heure entière se passa dans un désordre qu'il eût été facile de prévenir, et cette observation n'est pas hors de propos: elle prouve que, dans les voyages comme dans les expéditions militaires, l'ordre et le soin sont également indispensables, et qu'en les négligeant on est quelquefois exposé à des inconvéniens plus grands que celui de la perte d'un temps précieux.

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L'on arriva à Rossette, à six heures du matin; l'on dormit jusqu'au dîner sans s'embarrasser des préparatifs d'un aumônier capucin, pour une messe solemnelle qui devoit être suivie d'un Te deum. L'on partit après-midi, pour le Caire, avec la même

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