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Ils ne sentent pas, les misérables, que ces infidélités dont ils se plaignent, sont le prix mérité de leur dédain, de leurs rigueurs et de leurs caprices criminels et dégoûtans! Qu'ils ouvrent, s'ils le peuvent, leur cœur à un amour délicat, leur ame à la sainte amitié, à la confiance qu'elle commande, aux égards qui l'entretiennent, et ils verront si ce sexe, qu'ils calomnient, parce qu'ils ne le connoissent que par les fers horribles et pesans dont ils l'enchaînent, sait répondre à des sentimens honnêtes, et s'il n'est pas lui-même le sanctuaire précieux des affections les plus tendres, et de la constance qui les y perpétue (1).

(1) L'on demandera peut-être comment j'ai pu être instruit de ce qui se passe dans l'intérieur des harems, puisque l'approche en est si sévèrement interdite. Les moyens que j'ai employés sont simples; mais on me permettra de les passer sous silence: il suffit que l'on soit certain de la vérité et de l'exactitude des détails; et l'on peut y compter.

CHAPITRE

FEMMES DU PEUPLE.

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ALQUIFOUX.

X V I.

NOIR DES YEUX.

ROUGE DES MAINS ET

DES PIEDS. HENNÉ.-DÉPILATOIRES.
EMBONPOINT DES FEMMES, LEUR

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PROPRETÉ, LEURS COSMÉTIQUES.

PAR-TOUT où un luxe excessif est concentré dans une classe privilégiée des villes, la misère et ses horreurs sont le partage de la classe la plus nombreuse, et la désolation des campagnes. On connoîtroit mal les femmes de l'Egypte, si on s'imaginoit qu'elles sont toutes douées des mêmes charmes, qu'elles ont la même mollesse dans les habitudes que les belles étrangères dont je viens de parler, et qui, semblables à des fleurs exotiques, dont l'éclat ne se conserve que par des soins et des ménage mens, vivent dans l'unique occupation de prolonger la durée des dons qu'elles tiennent de la nature, et de les orner des richesses de l'art. Les femmes du peuple, au lieu de cette blancheur, de ce tendre coloris dont le teint

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des premières est animé, ont, comme les hommes du même pays, la peau basanée, et comme ceux de la même classe, elles portent l'empreinte et les haillons de l'affreuse pauvreté. Presque toutes, sur-tout dans les campagnes, ont pour unique vêtement une espèce d'ample tunique à manches, d'une largeur extraordinaire, et qui leur sert de robe et de chemise; elle est ouverte de chaque côté depuis les aisselles jusqu'aux genoux, en sorte que les mouvemens du corps le laissent aisément entrevoir; mais les femmes s'en inquiètent peu, pourvu que leur visage ne soit jamais découvert.

Ce n'est pas assez pour les femmes riches et oisives d'être belles de tant d'appas; il faut encore qu'elles cherchent à en augmenter l'éclat par les secours de l'art de la toilette, qui est aussi chez elles en grand crédit; mais cet art ne consiste qu'en des pratiques anciennes et constantes: la mode ne vient point les déranger, les embrouiller par de nombreux caprices; et si de vieilles et invariables coutumes sont une preuve du peu d'avancement vers la perfection, ne pourroit-on pas dire aussi qu'une versatilité inquiète dans les usages est un symptôme de Tome I.

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la dégénération de ceux qu'elle tourmente? Le trait le plus remarquable de la beauté est, en Orient, d'avoir de grands yeux noirs, et l'on sait que la nature en a fait un signe caractéristique des femmes de ces contrées. Mais, non contentes de ces dons, celles de l'Egypte veulent encore que leurs yeux paroissent plus grands et plus noirs. Pour y parvenir, Musulmanes, Juives ou Chrétiennes, riches ou pauvres, toutes se teignent les sourcils et les paupières avec la galène de plomb (1), que l'on nomme, dans le commerce du Levant, alquifoux ou arquifoux. Elles la réduisent en poudre subtile, à laquelle elles donnent de la consistance en la mêlant avec la vapeur fuligineuse d'une lampe. Les plus opulentes emploient la fumée d'ambre ou de quelqu'autre matière grasse et odoriférante, et elles tiennent la drogue toute préparée dans de petites phioles. Elles se peignent de cette composition les sourcils et les paupières, et avec un petit morceau de bois, de roseau ou de plume, elles s'en noircissent aussi les cils, en le passant, d'une main légère, entre les deux paupières; opération que les dames Romaines ont prati

(1) Ou mine de plomb tessulaire. Galena tessulata.

quée, et que Juvénal a décrite avec tant de vérité (1). Elles en marquent encore les angles de l'œil, ce qui le fait paroître plus fendu.

L'ébène de ces yeux si noirs tranche agréablement avec la blancheur éblouissante de la peau des belles Circassiennes, et donne plus de vivacité à leur teint; mais c'est d'un peu loin que cette opposition a l'effet le plus agréable; de près, la couche de peinture est trop apparente, et elle imprime même à la physionomie une nuance sombre et un peu dure.

Les négocians françois du Caire recevoient beaucoup d'alquifoux. Une partie se consommoit dans le pays pour les beaux yeux des femmes; mais la plus forte quantité passoit dans l'Arabie et dans l'Yemen, où on l'emploie au vernis de la poterie. Ils prétendoient que celui qui leur venoit d'Angleterre étoit de meilleure qualité que tout autre: mais cette branche de commerce ne leur produisoit qu'un mince bénéfice.

Si de grands yeux noirs que l'on noircit encore, sont essentiels à la beauté égyptienne, elle exige aussi, comme un acces

(1) Illa supercilium, modidâ fuligine tactum Obliquâ producit acû, pingilque, trementes Attollens oculos.

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