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réservé dans l'origine aux doigts délicats des grandes dames, et qui, jusqu'à ce jour, occupa si utilement, à la veillée d'hiver, les femmes de nos campagnes. Au reste, ce serait étrangement se tromper que de penser que la filature à l'aide de mécaniques ait éteint, comme on l'a prétendu souvent, des populations industrieuses: elle les a seulement déplacées, elle a centralisé dans de vastes établissements un travail qui se faisait auparavant isolément près du foyer domestique. | En effet, si nous remarquons ce qui se passe en Angleterre, nous trouverons que pour la filature du coton seulement les machines emploient plus de 286,800 personnes, qui font chacune l'ouvrage de 130 fileurs à la main : d'où il suit que, pour obtenir le même produit, l'Angleterre aurait dû posséder plus de 34 millions d'individus appliqués au travail de la filature du coton, chiffre qui dépasse de beaucoup le total de sa population. Toutefois, l'introduction des machines dans la filature rencontra, comme toute espèce d'innovation, une vive opposition, et ce ne fut pas sans beaucoup de peine que ces machines, découvertes presque toutes par de simples et pauvres ouvriers, parvinrent à opérer dans l'industrie une révolution puissante.

Vers 1760, un fileur sans instruction qui travaillait à Stanhill, dans le comté de Lancastre, James Hargreaves, imagina une espèce de carde dont le résultat fut de faire plus du double d'ouvrage que les anciennes cardes à main. Il donna à son invention le nom de stock-cards (cardes à bloc), par la raison que l'une des cardes restait fixée sur un bloc tandis que l'autre se trouvait mise en mouvement par des cordes qui passaient sur des poulies. Ce premier pas fait, une découverte plus importante substitua bientôt aux cardes à bloc celles dites à cylindres, dont on se sert encore. Robert Peel, père du célèbre baronnet de ce nom, fut, dit-on, le premier qui en adopta l'usage, et il leur dut une partie de sa fortune.

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broches, en leur donnant un mouvement de translation de va-et-vient (par le chariot), sans suspendre leur mouvement de rotation sur ellesmêmes. Plusieurs essais furent d'abord infructueux; mais à la fin l'inventeur établit un métier à 8 broches; puis le premier succès obtenu, il perfectionna encore sa Jenny et obtint enfin un résultat qui dépassait le travail de 30 à 36 fileurs au rouet. Ce fut alors que les ouvriers, s'imaginant que leur existence était menacée, se coalisèrent, vinrent en masse assiéger l'inventeur dans sa maison et détruisirent ses machines. L'invention survécut néanmoins et se répandit dans tout le pays; le peuple se souleva de nouveau, détruisit toutes les jeannettes et toutes les cardes qu'il rencontra. Hargreaves, forcé de s'expatrier, alla se réfugier à Nottingham, où, sous la protection de l'autorité, il éleva une filature. Bientôt on ne se servit plus des rouets que pour filer la chaîne des tissus, car les jeannettes ne pouvaient faire que les fils pour trame, lorsque tout à coup une invention bien supérieure, celle de la filature à cylindres ou à laminoirs, dite continue, vint remplacer le système des Jennys. James Hargreaves ne put supporter ce coup

il mourut bientôt dans la pauvreté. Richard Arkwright, tel était le nom du nouvel inventeur qui partage avec les Watt et les Brindley la gloire d'être au nombre des plus grands génies industriels de la Grande-Bretagne, treizième enfant de parents pauvres, il n'avait reçu aucune éducation; barbier de village, il avait vécu du produit de son état jusqu'à l'âge de 36 ans. Ce fut en 1769 qu'Arkwright mit au jour sa précieuse découverte. D'abord il éprouva, eu égard à son ignorance, de grandes difficultés pour faire comprendre son système; mais secondé d'abord par la maison de banque Wright, à Nottingham, et ensuite par Need et Strutt, il prit en 1770 un brevet d'invention; puis, en 1776, il fit des additions à sa mécanique et obtint un second brevet qu'il eut la douleur de se voir retirer en 1786, après dix années de procès. Du reste, on doit le dire, on n'a presque rien changé au métier continu de cet inventeur; cependant il ne donne de bon fils pour les chaînes des étoffes, pour la bonneterie, et pour coudre que jusqu'au degré de finesse no 100. Ce fut pour obvier à ce défaut qu'un ouvrier de Lancastre, Samuel Crompton, composa une autre machine, ingénieuse combinaison des systèmes des deux premiers inventeurs. Cette machine, qui fut connue dès 1779, mais qui ne fut bien répandue que vers l'an 1787, est appelée

«< Jusqu'alors, dit à ce sujet un auteur anglais, le meilleur moyen pour filer avait été le rouet · à main ou à pédale; on ne filait qu'un seul « fil à la fois, et c'était beaucoup lorsqu'une << fileuse préparait dans un jour une demi-livre « de coton au no 35 ou 40. » En 1768, le fileur Hargreaves inventa le métier connu sous le nom de Spinning-Jenny ou Jeannette la fileuse. L'idée, assure-t-on, lui en vint en voyant un rouet, renversé par accident, s'éloigner de la fileuse sans cesser de filer. De cette observation, il conclut qu'il était possible de rendre fixe le point de filage et de changer la direction des | Mull-Jenny. Une récompense de 5,000 liv. st.

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(125,000 fr.) fut accordée à l'inventeur par une délibération du parlement.

Jusqu'en 1786, l'eau et les chevaux furent les seuls moteurs appliqués aux filatures de coton (powerlooms); ce n'est qu'à cette époque que Watt le remplaça par des machines à vapeur. La première fut montée à Poplewick (comté de Nottingham). En 1787, Watt en fournit quatre autres; Manchester ne posséda des machines à vapeur pour la filature qu'en 1790.

Ce n'est guère que depuis environ une douzaine d'années qu'en Angleterre et en France on fait usage des machines dites bancs-à-broches (en anglais, spindle and flyroving frame): On n'y prépare bien que les fils de chaîne assez forts pour résister à la grande vitesse des broches et au degré de tors qui leur est donné; mais il y a grande économie, et le prix de la façon se trouve réduit à plus de moitié. Le banc-a-broches est à trois laminoirs disposés comme dans la mulljenny. Pour convertir une livre de coton en un fil bien mince de 100,000 pieds de long, il n'en coûte plus, grâce à cette invention, qu'environ 60 ou 70 cent., et un seul ouvrier, aidé de ces puissantes machines, fait maintenant 150 fois ou même 200 fois plus de besogne que n'en faisait autrefois un fileur à la main. La consommation de coton, en Angleterre, est énorme dans un espace de quinze années elle s'est élevée de 150 millions de livres à plus de 300 millions. L'exportation des États-Unis, en coton, nulle il y a 60 ans, est aujourd'hui annuellement de 300 millions de livres, et celle d'Égyte inconnue encore il y a vingt ans, s'élève en de certaines années jusqu'à 30 et 40 millions de livres. On assure qu'en Angleterre et en Écosse il y a environ 100,000 powerlooms en mouvement, sans compter les métiers à la main. (C. L. der Genewart.) — Voir Porter.

Tout ce que nous avons dit des machines à filer ne s'applique qu'au coton et à la laine peignée et cardée. Le succès avait été complet: restait à obtenir le même résultat pour la filature du chanvre et du lin. Ce fut dans ce but qu'en 1805 le gouvernement français offrit une prime d'un million de francs à celui qui trouverait le meilleur système de machines propres à la filature de ces deux substances. Le prix était magnifique le concours fut nombreux, et les essais d'abord faibles ont bientôt acquis une grande perfection. Le projet des frères Girard avait le mieux répondu au problème donné; après eux, venaient Mme la marquise d'Orgens et M. de Lafontaine. Plus tard, MM. Saulnier et Lagorzay, en apportant d'heureuses modifica

tions aux systèmes des peignes continus, les ont rendus d'une application générale. MM. Dabo, à Paris, J. Collin, Laurent, etc., ont de même fait faire, de notre temps, d'utiles progrès aux machines à filer la laine peignée. Enfin la filature mécanique a été complétée le jour (et ce jour n'est pas encore très-éloigné de nous) où elle fut appliquée aux étoupes et à la bourre de soie. Toutes les machines à filer le lin, le chanvre, etc., se composent d'une foule de pièces parmi lesquelles on remarque surtout le taibour étaleur, la machine à étirer et doubler, un boudinoir, une machine à filer en fin. Il faut que le lin et le chanvre, pour se filer, aient d'abord subi les diverses préparations connues sous les dénominations de l'étirage, du doublage, du boudinage, etc. De même pour la laine les préliminaires sont : le battage, le démêlage, etc. Le dévidage suit l'opération de la filature.

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La filature de la laine et celle du coton ont pris en France, dans les 5 à 6 dernières années, une importance extraordinaire. Dans les environs d'Amiens, par exemple, le nombre des métiers à filer la laine s'élève à 360, divisés entre 42 filatures; ils produisent à peu près 1,100,000 livres de laine dans les nos de 25 à 60; l'estimation de tous ces métiers peut être portée à 720,000 fr.; plus de 2,000 ouvriers sont occupés à cette industrie. En filature de laine, Roubaix (Nord) produit pour près de deux millions, et Tourcoing (Nord) pour plus du double. A Reims, on compte 275 à 280 assortiments en filature de laine cardée, et près de 55,000 broches ou 60 assortiments en filature de laine peignée, etc. On évalue à 170 millions de francs la totalité des fils de coton obtenus, année moyenne, en France. Les filatures les plus nom, breuses sont : dans l'arrondissement de Lille, où il y en a 150, employant 600,000 broches; dans l'arrondissement de Saint-Quentin, où il existe 57 filatures garnies de 210,000 broches, qui produisent chaque année 3 millions de livres de fil de coton, valant 12 millions de francs; dans le département de la Seine-Inférieure, qui ne possède pas moins de 240 filatures grandes ou petites, fournissant 248,000 kilogrammes de filés par semaine; dans le département du HautRhin, qui contient 40 filatures importantes, lesquelles réunies à celles du Bas-Rhin et à celles avoisinant l'ancienne province d'Alsace du côté des Vosges et du côté des départements de la Haute-Saône et du Doubs, formant un total de 56 filatures où il y a plus de 700,000 broches, produisant chaque année plus de 7 millions de kilogrammes de filés.

D'après une statistique publiée en Angleterre improprement, car il se fabrique en France sur la fin de 1852, il y existait alors 11,500,000 dans la plupart de nos filatures, et il n'est aubroches occupées au filage du coton, produisant jourd'hui presque aucune de nos villes tant soit chaque année 115,700,000 kilogrammes de filés. peu importantes par leur industrie qui n'en posLe capital en machines et ateliers était estimé sède des fabriques. Mais ce fut probablement en 12 millions de livres sterl. (500 millions de fr.). Écosse que les premières fabriques furent étaEn France, il paraît, d'après les relevés statisti- blies. On pourrait présumer aussi que ce nom ques, que la consommation est le quart de la lui vient de ce que ce fil imite assez bien le coton consommation anglaise or, il s'y trouve en ac- anglais. Quoi qu'il en soit, cette espèce particutivité à peu près 3,400,000 broches produisant lière de fil, qui ne contient que du coton de par année 34 à 55 millions de kilogr. en filés de première qualité, est composée de 3 ou de 6 fils toute nature. Cent cinq à cent dix millions peu- très-retors, tandis que les autres fils de coton vent représenter la valeur des machines et ate- n'ont que 2 ou 4 fils au plus, qu'ils sont moins liers, à 50 fr. la broche. Une filature bien établie bons, peu retors et souvent de faux teint. On peut, terme moyen, s'établir en France au prix nomme ces derniers fils plats. Au contraire, le de 40 à 45 fr. par broche, en y comprenant le fil d'Écosse est rond, il imite le grain du corperfectionnement des machines. donnet et le brillant de la soie qu'il joue parfaitement; il est doux au toucher, casse difficilement et s'évente peu. Ce fil se distingue encore, outre la beauté de son grain, par sa légèreté et sa solidité; en un mot, il est de beaucoup préférable à toutes les autres espèces de fils de coton: aussi en fait-on un grand usage, et la consommation en est-elle immense. Il y en a de toutes les couleurs; le fil d'Écosse est généralement de très-bon teint; toutefois le blanc et le noir l'emportent sur ceux des diverses nuances intermédiaires. Les bas et surtout les gants dits de fil d'Écosse attestent assez la bonté et l'utilité de ce fil: ils sont frais, durent longtemps, et résistent à la sueur. Ces fils se vendent par paquets, par grosse ou par poignée. Ce que l'on appelle paquet est la réunion de 6 poignées de 12 douzaines ou écheveaux. Le prix du paquet varie de 25 à 30 sous. Depuis 50 jusqu'à 300, les numéros vont de 10 en 10, mais à partir de 300 jusqu'à 500 ils vont de 50 en 50. Les écheveaux sont plus ou moins forts; il y en a depuis 14, 16, 20, jusqu'à 32 tours à l'écheveau. PASCALLET.

C'est en 1788, sous le ministère de M. de Calonne, que furent apportées en France, par les Anglais Milne, les mécaniques à filer dites continues, et celles dites mull-jennys. Aujourd'hui, il est généralement reconnu que le coton se file très-bien en France jusqu'au no 140 et même un peu au-dessus. E. PASCALLET.

FILANGIERI (GAETAN), célèbre publiciste, né à Naples en 1752 d'une famille noble et ancienne, fut d'abord destiné à l'état militaire; mais il préféra l'étude du droit, et se distingua | de bonne heure au barreau. Il occupa depuis 1777 plusieurs emplois à la cour et fut appelé en 1787 au conseil suprême des finances. Une application trop assidue et des malheurs domestiques abrégèrent sa vie, et il mourut à l'âge de 36 ans, en 1788. Filangieri s'est fait une réputation européenne par l'ouvrage intitulé: Science de la législation, où il traite des règles générales de la législation et des moyens d'apprécier ou de perfectionner les lois existantes, en 5 livres, 1780-1788, 7 vol. in-8°. L'ouvrage est malheureusement resté inachevé dans ce qui en a paru, l'auteur expose d'abord les règles générales de la législation, puis il applique ces lois à la politique, à l'économie sociale, à l'éducation, à l'instruction publique, à la religion. L'ouvrage a été traduit en français par Gallois, 1789-1791, 7 vol. in-8°. et accompagné de notes par Benjamin Constant, 1821, 6 vol. in-8°. BOUILLET.

FILATURE. Voy. FILAGE.

FIL D'ARCHAL. Voy. FILS MÉTALLIQUES el TRÉFILERIE.

FIL D'ÉCOSSE. (Technologie.) On désigne par ce nom une espèce partculière de fils de coton, connus dans le commerce sous la dénomination de fils cablés. Celle de fil d'Écosse lui est donnée

FILET. (Tissus.) Les filets, réseaux ou rets, fabriqués avec de bon fil bien retors ou de la ficelle, s'emploient le plus ordinairement pour prendre des poissons, des oiseaux et même d'autres animaux; on s'en sert aussi dans les jeux de paume, dans les voitures, pour la conservation des fruits, etc.

Parmi les filets destinés à la péche, on distingue plus de soixante et douze espèces diverses; la plupart portent des noms tirés de l'espèce particulière de poissons à la pêche desquels ils sont destinés; tous ils ont leurs mailles nouées de la même manière et ne diffèrent que par leurs dimensions et par la force du fil ou de la ficelle : ainsi les uns ont les mailles fort petites, d'autres les ont plus grandes; mais dans tous les cas

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