Images de page
PDF
ePub

quons que la famine se mêla souvent aux troubles et aux longues guerres du moyen âge. Ce fut surtout dans les années 542, 543 et 544 de J. C. que l'Afrique et l'Asie eurent simultanément à souffrir toutes les horreurs de la famine. En 1125, elle ravagea encore l'Afrique tout entière, poussa les indigènes jusqu'à l'anthropophagie, et provoqua enfin de nombreuses migrations de ces peuples, notamment en Sicile. En Europe, les famines générales se trouvent comprises entre le ve siècle et le milieu du xive: c'est ainsi qu'en 542 cette partie du monde paya son tribut à ce fléau, qu'en 1006 et 1021 elle fut désolée par une famine de sept années qui détruisit plus d'un tiers de la population, et qu'en 1030 elle fut décimée de nouveau par une famine qui, en France et surtout en Bourgogne, fut suivie des fureurs de la peste. Dans les années 1053, 1059, 1096, 1101 et 1108 jusqu'à 1113, l'Europe eut encore à souffrir considérablement; et enfin en 1545 des pluies continuelles et presque générales entraînèrent une stérilité qui menaça l'existence de la plupart des États. La France eut beaucoup à souffrir de ce terrible fléau pendant le long règne d'un de ses plus grands rois, dont Boileau a dit :

On verra par quels soins sa sage prévoyance
Au sein de la famine entretient l'abondance.

Au reste, pour les famines générales comme pour les famines partielles, à l'égard de l'Europe du moins, indépendamment de l'introduction de la culture des pommes de terre, les progrès que fait chaque jour l'agriculture et les nombreuses voies de communication qui s'ouvrent de toutes parts, donnent lieu d'espérer que des circonstances si malheureuses ne sauraient plus s'y renouveler. Outre les approvisionnements annuels que fait le gouvernement, éclairé par les lumières de l'économie politique, les barrières politiques qui séparaient naguère encore les diverses fractions de la grande famille européenne, la haine et un faux esprit de nationalité qui armaient les peuples les uns contre les autres, s'éteignant chaque jour davantage devant les progrès de la civilisation, l'on peut désormais affirmer qu'une famine générale et même partielle est impossible en Europe.

ment annuel dans les greniers d'abondance, surveillance active pour empêcher le monopole et une exportation trop considérable, pour prévenir les fausses alarmes et détruire les vaines inquiétudes du peuple, tels sont en général les moyens à employer.

Dans l'état sauvage, les tribus guerrières qui ne vivent que du produit de leur chasse ont à supporter de fréquentes famines, soit par le manque de gibier, soit par un accroissement trop rapide de la population : les migrations et le changement de localité sont alors pour eux des moyens faciles de se soustraire aux douleurs de la faim. Les tribus nomades de bergers vivant du lait et de la chair de leurs troupeaux sont peu exposées aux ravages de la famine; cependant un hiver trop rigoureux et trop prolongé ou une forte chaleur et le manque absolu de pluie, ou enfin une épizootie, les livrent quelquefois. E. PASCALLET.

FANAL. Voy. PHARE.

FANARIOTES, nom sous lequel on désignait une race de Grecs établis dans l'empire ottoman, et qui presque tous remplissaient auprès des sultans et des pachas les fonctions de drogmans ou d'interprètes et de secrétaires intimes. Ils descendaient des Grecs qui restèrent à Constantinople après la prise de cette ville par les Turcs en 1453, et furent ainsi nommés du quartier qui leur fut assigné à Constantinople pour habitation, et qui était appelé Phanar. L'influence des Fanariotes fut très-grande aux xvIIe et XVIIIe siècles; ils ont été en possession de fournir des hospodars à la Valachie depuis 1730 jusqu'en 1820. L'insurrection grecque de 1821 mit un terme à leur crédit; cependant ils n'ont joué aucun rôle important dans cette insurrection, et se sont plutôt efforcés d'en arrêter les progrès. BOUILLET.

FANATIQUE, FANATISME. Le fanatisme est d'origine religieuse : il eut son berceau dans les anciens temples (fana), autour desquels rôdait la foule de ceux qui venaient aspirer les vapeurs prophétiques exhalées de leurs soupiraux. Ces miasmes, qui recélaient la science de l'avenir, ressemblaient à ceux qui s'évaporent des boissons spiritueuses. On voyait ces aspirants-prophètes chanceler et s'agiter comme des convulsionnaires; on les voyait, les bras pendants, les poings fermés, les yeux sortant de leurs orbites, menacer le ciel du regard, frapper la terre du

Quant aux moyens de prévenir les famines causées par la malveillance et par le monopole, rien de plus efficace qu'une bonne législation sur le commerce des grains (voy.) et la surveil-pied, haleter de manière à briser une poitrine lance assidue d'un gouvernement fort, moral et éclairé. Prévoyance, encouragements accordés à Pagriculture et à l'industrie, approvisionne

d'homme, jusqu'à ce qu'enfin tout ce tremblement d'organes finit par l'explosion de deux ou trois sottises, s'échappant de leurs bouches en

phrases entrecoupées et sans liaison. Voilà pour- sont quelquefois une nécessité, quelquefois une quoi les témoins de ces fureurs ridicules ont faiblesse, toujours une transaction, rarement appelé fanatisme toute sorte d'entèlement en- une inspiration de la simple vérité. Si elle a ragé, toute exaltation de sentiment qui n'est donc renoncé à s'appuyer sur la religion, ce point fondée sur la raison ou qui dépasse la n'est pas qu'elle ait ait oublié la toute-puissance portée des moyens ordinaires que la raison nous de cette alliance, c'est qu'elle a dû ou qu'elle a suggère pour accréditer nos idées, pour faire voulu fléchir devant les exigences du fanatisme triompher nos prétentions. Il y a plusieurs dont nous parlons, fanatisme qui a des conségenres de fanatisme. Nous ne décrirons ici, et quences bien tristes pour l'humanité, si l'expétrès-rapidement encore, qu'un petit nombre de rience de ses œuvres ne sert pas elle-même ceux qui peuvent avoir un intérêt de circon- d'obstacle à ses progrès; car, lorsque toute une stance. Tout le monde connaît les maux que le nation aura été saturée par cette contagion, on déréglement du zèle religieux a enfantés à toutes n'aura plus à disputer sur les formes, mais sur les époques; mais bien peu de personnes ont la possibilité d'un gouvernement. Il y a un calculé les maux plus profonds et plus répandus autre fanatisme qu'on pourrait appeler amour dont le zèle antireligieux est la source; le fana- outré du genre humain. Les nations de l'antitisme qui en dérive est plus funeste de nos jours quité étaient tant soit peu égoïstes : soit qu'elles à la civilisation que ne l'ont été jadis toutes les crussent qu'il est impossible de songer aux beguerres et toutes les persécutions religieuses. soins de tout le monde, soit qu'elles eussent On faisait alors la guerre à une opinion, on per- reconnu qu'il est toujours plus utile et plus sûr sécutait une secte, on se montrait cruel et san- de songer d'abord à sa patrie, elles n'affectèrent guinaire, si l'on veut, envers les dissidents, on jamais cette tutelle du bonheur universel des sévissait même quelquefois contre d'innocentes hommes, dont plusieurs de nos contemporains victimes; mais, la guerre finie, la persécution s'opiniâtrent à assumer la charge. L'histoire aus'apaisait, et la cruauté pouvait compter ceux rait dû décourager ces procureurs bénévoles de qu'elle avait immolés. Le fanatisme d'aujour-l'humanité, en leur montrant que les biens ind'hui aura des résultats bien plus déplorables.tellectuels ont eu sur la terre leurs périodes L'esprit d'innovation a soufflé partout; on cher- distinctes d'accroissement et de décadence, à peu che à couper le lien qui attache la terre au ciel; près de la même manière que les maux physion veut circonscrire les attributions de la Provi- ques envahissent un membre eu venant d'en dence divine et lui dire : Désormais, tu n'auras quitter un autre; que la nature n'a jamais perd'autre soin en partage que de faire germer mis que les hommes jouissent tous ensemble de nos plantes et mûrir nos moissons. Le Dieu de la même mesure de bonheur; que chaque peuple nos jours sera comme le Jupiter des anciens, a son caractère moral, comme son type de phymaître de la foudre et de la grêle, mais à condi- sionomie; que chaque nation tient trop à ce tion qu'il n'aura point à se mêler des affaires qu'elle est, à ce qu'elle fut, à ses illustrations d'ici-bas; il est défendu à la justice de s'humi-passées, aux avantages de sa position spéciale, lier devant lui, aux législateurs de le nommer, aux gouvernants de l'invoquer. La sagesse humaine doit se suffire à elle-même; la vertu méconnaîtra les honneurs de sa naissance cé-dra-t-on pour les forcer à reconnaître un patroleste; elle aura ses garants dans le code pénal et ses espérances dans le budget de l'État... Je m'arrête ici, car je ne voudrais pas donner moimême l'exemple de l'oubli de cette modération qui devrait être le résultat de toute discussion sur le fanatisme. Je dirai seulement qu'en écrivant sur le fanatisme antireligieux, je n'ai pas prétendu juger la responsabilité que les gouvernements contractent envers la civilisation en s'associant à ce système de séparation tranchéequences de certaines vérités que la continuation entre la vie civile et la profession des principes religieux. La politique n'est que ce qu'elle peut être, une suite d'accommodements; ses conseils sont toujours fondés sur la prudence; ses actes

pour se soumettre aisément à cette suzeraineté d'une nouvelle espèce qui passe un niveau sur toutes les têtes. Et d'ailleurs, comment s'y pren

nage dont l'orgueil seul forme la base, et dont les adeptes proclament depuis si longtemps le privilége avec tant de bonne foi que cet orgueil, à force d'habitude, est désormais devenu innocent? Oublierai-je le fanatisme de l'ultraperfectionnement politique? Je devrais vraiment n'en pas parler, en voyant partout les utopistes se repentir, les réformistes revenir sur leurs pas, et les hommes paisibles craindre plus les consé

de quelques erreurs. Je me bornerai donc à dire qu'il en aviendra de même toutes les fois qu'on oubliera que l'homme est un être imparfait par sa nature, et que l'âge d'or des politiques est

comme l'âge d'or des poètes. Autant vaudrait | cienne. Callimaque, dans son Hymne sur Dé

étudier les moyens à mettre en usage pour conduire l'homme à une vie de plusieurs siècles que de discuter la marche à suivre pour obtenir un gouvernement qui, satisfaisant aux besoins du plus grand nombre, satisfit également aux vœux de tous et de chacun. L'homo sum devrait être l'épigraphe de toute législation humaine. Tant qu'il y aura des hommes méchants, il faudra des gouvernements forts; or, il n'y a que deux moyens d'ètre fort: ouvertement, ou par ruse. Que Dieu bénisse la sincérité d'un côté et la nécessité de l'autre!

Bon J. MANNO.

D

On

los, assure que Thésée l'aimait à la folie. Pline
en parle fréquemment dans ses lettres : « Venez
ce soir, dit-il à un de ses amis ; nous souperons
ensemble, nous boirons d'excellents vins ; les
paons, les rossignols, les grives de Malte, le
sanglier à la troyenne, rien ne sera oublié, et
je vous procurerai, par-dessus le marché, le
divertissement de la danse espagnole.
danse encore le fandango à Smyrne, dans l'Asie
Mineure, en Géorgie, à Cachemire surtout, où
les femmes sont passionnées pour ce divertisse-
ment.
E. DE MONGLAVE.
FANFARE. (Art militaire.) On nomme ainsi
un air militaire court et vif, qui, importé par
les Arabes en Espagne, s'introduisit de là dans
le reste de l'Europe. Ces airs sont exécutés
par les instruments en cuivre. C'était au son
des fanfares que marchaient les écuyers dans
les carrousels et les tournois. C'est au son
des fanfares que tombèrent les murs de Jéri-
cho.

En France, le 1er mars 1768, le roi rendit une ordonnance qui réglait par des fanfares les signaux de cavalerie tels que le réveil, le pansage, etc., signaux qui étaient alors exécutés par des instruments de cuivre sans clef. Le maréchal de Biron créa à ses frais et soutint jusqu'à sa mort une école de fanfares établie au dépôt des Gardes-Françaises.

On nomme également fanfare l'air sonné par les corps de chasse lors du lancé du cerf, dans la chasse au courre.

FANDANGO. Ni ces pyrrhiques voluptueuses tant courues des Romains, ni ces danses des saliens tant célébrées par Denys d'Halicarnasse, n'approchèrent jamais du fandango espagnol. L'anachorète le plus fervent ne voit pas danser le fandango sans soupirer, sans désirer, sans donner au diable ses vœux, sa continence et ses sandales. Mais pour qu'il plaise, il faut que le fandango soit bien dansé, bien exécuté; que | la tête, les pieds, les bras, le corps de la danseuse, se meuvent d'ensemble pour exciter le trouble et la volupté. Les Espagnols racontent au sujet du fandango une anecdote qu'ils donnent pour vraie et que je citerai comme un conte. La cour de Rome, scandalisée de voir une nation citée pour l'austérité de ses mœurs et la pureté de sa foi tolérer une danse aussi voluptueuse, résolut de la proscrire sous peine d'excommunication. Les cardinaux s'assemblent; le procès du fandango s'instruit; la sentence va être mise aux voix, quand un des juges observe qu'on ne doit pas condamner un coupable sans l'entendre. L'observation paraît juste, elle est accueillie; on fait comparaître devant l'assemblée un couple espagnol armé de castagnettes et on le somme de déployer en plein tribunal toutes les grâces du fandango: la sévérité des juges n'y tient pas; les fronts se dérident; les visages s'épanouissent; leurs Éminences se lèvent; des pieds, des mains, elles battent la mesure; la salle du consistoire se change en salle de bal; le sacré collége imite les gestes et les pas des danseurs, et le fandango Comme beaucoup d'autres mots de la langue est absous. On a fait de cette aventure un française, celui-ci à plusieurs acceptions. Il est fort joli vaudeville, mais la scène a été trans- mis souvent à la place d'esprit, de pensée, portée de l'autre côté de la Bidassoa, en France, d'idée; on dit : ceci m'est venu en fantaisie, à Saint-Jean-de-Luz, et les cardinaux, par res-je vous ôterai cela de la fantaisie. Il signifie pect pour les mœurs, ont cédé la place à un aussi humeur, envie, désir, volonté : agir à sa petit tribunal de province. Tout cela s'appelle | fantaisie, vivre à sa fantaisie, avoir des fanle Procès du fandango, et c'est fureur, chaque taisies; il se prend ensuite pour opinion, sentifois qu'on le joue sur tout le versant septentrio-ment, goût, caprice, bizarrerie, et de là vient nal des Pyrénées. Cette danse est fort an- qu'on dit souvent chacun en parle et en juge

Les fanfares en général sont de petits rondeaux capricieux produits par les clairons à clef, les trompettes à clef, les bugles, les cors, les ophicléides et les trombones.

Ce sont les peuples du Nord qui les premiers ont apporté des modifications à la sécheresse des fanfares en y introduisant les instruments à clef.

X.

FANTAISIE. Ce mot échappe pour ainsi dire à l'analyse, de même que ces physionomies sans type, sans traits arrêtés que l'on a nommées figures de fantaisie.

Ce mot, essentiellement français, caractérise

à sa fantaisie; il a fait cet ouvrage à ma fantaisie; il a des fantaisies bien ridicules; il | mieux qu'aucun autre peut-être l'esprit de notre

a fantaisie de tout ce qu'il voit.

Fantaisie se dit encore pour caractériser une œuvre inventée à plaisir et dans laquelle on a bien plus suivi son caprice que les règles de l'art. Le tableau qu'un peintre fait sans avoir copié la nature, ou sans avoir voulu rendre un trait historique, ou des lieux connus, s'appelle un tableau de fantaisie. Une tête d'étude qui n'a jamais existé que dans l'imagination du peintre s'appelle une tête de fantaisie. Il est des fantaisies en musique comme dans les modes on en parlera séparément plus loin. Ce sont des jeux plus ou moins brillants de l'imagination et du caprice des artistes.

:

Le caprice et la fantaisie ont ensemble une grande analogie, et dans beaucoup de circon. stances ces deux mots expriment la même chose, de même que les adjectifs capricieux et | fantasque ( voy. ce mot). Un caractère fantasque est celui qui est sujet à des fantaisies, à des changements brusques dans les idées, dans la manière de voir, dans ses projets. L'homme fantasque agit par caprices, par boutades, passant d'un extrême à l'autre, sans transition et d'une manière bizarre, inattendue.

Fantaisie s'écrivait autrefois phantaisie, comme il s'écrit encore dans d'autres langues; et, comme dans d'autres langues, plusieurs écrivains ont, dans la nôtre, attribué à ce mot le même sens qu'au mot imagination. Ils en faisaient une des facultés imaginatives. La phantaisie exprimait selon eux un esprit qui aime à se nourrir de chimères : c'est un esprit en proie à sa phantaisie; il est à cheval sur sa phantaisie.

Les hommes appellent du nom de fantaisie une passion qui naît et meurt presque en même temps. C'est un triste avantage pour une femme que d'inspirer des fantaisies.

En général, les esprits médiocres et futiles traitent les choses les plus sérieuses de la vie comme des fantaisies. Combien de femmes surtout peuvent appeler du nom de fantaisie tout ce qu'elles éprouvent! Pour elles, l'amitié est une fantaisie; le plaisir et l'amour, tout n'est que fantaisie; et depuis le jour où ces femmes entrent dans le monde jusqu'au jour où elles le quittent, le monde lui-même ne leur apparaît que comme une fantaisie plus ou moins brillante, plus ou moins variée. Les femmes d'un esprit élevé, d'un cœur noble et dévoué, ont rarement des fantaisies et n'inspirent jamais de fantaisies.

nation.

Mie WALDOR. FANTAISIE (Musique) signifie une chose inventée à plaisir, et dans laquelle on a plutôt saisi le caprice que les règles de l'art. Les grands maîtres, tels que Bach et Mozart, ont eu recours à la fantaisie pour ouvrir un champ plus vaste à la fécondité de leur génie, et trouver ainsi le moyen d'employer une infinité de recherches harmoniques, de modulations savantes et hardies, de passages pleins de fougue et d'audace, qu'il ne leur était pas permis d'introduire dans une pièce régulière. C'était pour déployer encore plus de science qu'ils s'affranchissaient des lois prescrites pour la conduite de la sonate et du concerto. Telle était la fantaisie entre les mains de ces hommes extraordinaires : elle a bien dégénéré depuis lors, quantum mutata! Ce n'est plus maintenant que la paraphrase d'un air connu, d'un refrain qui court les rues, que l'on varie de toutes les manières, en le faisant précéder d'une introduction et suivre d'une queue, banale péroraison où le trait sur la pédale n'est jamais oublié. Ce genre, que l'absence du talent et l'impuissance de créer une bonne pièce originale ont seules pu mettre en crédit pendant un certain temps, est aujour❘d'hui peu cultivé par les compositeurs célèbres, qui semblent l'abandonner aux praticiens.- La fantaisie ainsi conçue a été adoptée et mise à la mode par Steibelt, qui publia, vers 1805, sa fameuse fantaisie sur les airs de la Flûte enchantée. Peu de morceaux de piano ont eu un pareil succès. Le même compositeur en écrivit d'autres sur le même modèle; cent pianistes se jetèrent dans cette carrière, qui présentait peu de difficultés, et tous les éditeurs voulurent avoir des fantaisies dont le succès approchât de l'œuvre de Steibelt, qui jouissait d'une si grande faveur. L'ancienne fantaisie, la noble, la belle fantaisie de Bach et de Mozart, va reparaître avec la brillante parure que l'art moderne peut lui donner. Thalberg, pianiste d'un talent merveilleux, compositeur de haute portée, a déjà produit plusieurs œuvres de ce genre. CASTIL-BLASE.

FANTASMAGORIE. Cette expression, formée de deux mots grecs, pávтaoμa, fantôme, et, żyɛlpw, j'assemble, désigne l'art de faire apparaître des spectres et des images humaines. On suppose que la fantasmagorie était connue des anciens et que les prêtres de certaines divinités y avaient recours dans leurs initiations mystérieuses. Mais les moyens qu'ils employaient pour

produire ces illusions de l'optique sont demeu- | qui était l'un des plus fréquentés de la capitale. rés un secret, bien que probablement les mêmes effets aient dû avoir toujours les mêmes causes. Cet art, si tant est qu'il ait existé autrefois, n'a été retrouvé que dans le siècle dernier; il n'est plus aujourd'hui un mystère pour personne, il ne sert plus à frapper les esprits, mais à les distraire, et n'effraye guère que les petits enfants et leurs bonnes.

Fantasmagorie se dit figurément, en littérature et dans les arts, de l'abus des effets produits par des moyens extraordinaires. Nos romans et nos drames modernes sont trop souvent remplis d'apparitions, de visions nocturnes, d'extravagances et de merveilleux impossibles : le bon goût réprouve toute cette fantasmagorie. V. RATIER.

FANTASSIN (Art militaire), soldat à pied, soldat d'infanterie. Si l'on songe à l'origine de ce mot, on est moins étonné que le cavalier et même l'artilleur en aient fait quelquefois un terme de mépris en l'appliquant à l'homme à pied en effet, ce mot est dérivé de l'italien fante et de son diminutif fantino, fantisino, fantoccino, qui signifient serviteur, valet, petit garçon servant de domestique à l'homme à cheval. Mais le soldat à pied a su ennoblir le nom qu'il porte; des rangs de nos modestes fantassins est sorti plus d'un général célèbre. Voy. INFANTERIE. C. A. HAILLOT.

Il est peu de personnes qui n'aient assisté à quelque séance fantasmagorique. Le spectateur plongé dans une obscurité profonde voit d'abord briller devant lui un point presque imperceptible qui, peu à peu s'agrandissant, offre à ses yeux surpris un fantôme lumineux. Ce fantôme s'avance et semble se précipiter sur ceux qui l'entourent pour rentrer tout à coup dans les ténèbres d'où il est sorti. De nos jours, où l'on ne croit plus aux sorciers, ces apparitions prestigieuses excitent encore, parmi les éclats de rire, quelques cris douteux qui font comprendre sans peine que, dans des temps d'ignorance, une pareille puissance d'évocation FANTASTIQUE. C'est un mot qui est plus alledevait passer pour le résultat de quelque pacte mand que français, et voilà justement pourquoi (voy. NECROMANCIE). Rien n'est pourtant plus nous l'avons adopté avec tant d'empressement. facile à obtenir que ces effets en apparence si Autrefois, dans le bon temps, où notre littéraextraordinaires. On y parvient à l'aide d'un ap- ture même parlait français, nous avions un mot pareil analogue à la lanterne magique, dont il qui signifiait tout autant que le mot fantastin'est qu'une modification. On tend en face du que; nous avions le mot fantasque. C'était un public une toile gommée sur laquelle sont remot charmant, plein de sens et de bon sens ; on présentés les spectres, les figures quelconques n'en pourrait trouver un meilleur pour désigner que l'on veut faire apparaître. Derrière cette la plupart des genres nouveaux dont nous avons toile est placée la lumière ; les verres de l'espèce fait la bienheureuse découverte depuis tantôt de lanterne magique dont nous avons parlé, 20 ans. Nous avons donc le genre fantastisont disposés de telle sorte que, suivant que que, comme nous avons le genre romantique, l'opérateur avance ou recule sans bruit son ap- comme nous avons la littérature maritime et pareil, les objets représentés se montrent plus la littérature militaire, comme nous avions petits ou plus grands. Les exercices de la fanautrefois le genre burlesque, dont cet excellent Lasmagorie ont été variés à l'infini au moyen d'Assoucy était l'empereur. Quant à vous dire de quelques légères additions dans les procédés comment ce bienheureux genre fantastique nous fondamentaux: tantôt les apparitions, presque est venu, la chose n'est pas difficile. Il y a tantôt invisibles d'abord, augmentent et disparaissent quinze ou seize ans qu'un très spirituel article au moment où on croit les saisir; tantôt elles du Journal des Débats apprit à la France qu'il conservent toujours la même grandeur et la y avait là bas, en Allemagne, au delà du Rhin, même distance, ou bien elles s'animent et sem- quelque part, un certain ivrogne qui était à la blent se mêler aux spectateurs. On voit que la fois peintre, poëte, romancier, historien, et qui lanterne magique, les ombres chinoises et la s'appelait Hoffmann; qu'Hoffmann se plaisait fantasmagorie proprement dite se confondent entre deux brocs, à raconter mille histoires en quelque sorte dans leurs résultats généraux. pleines d'intérêt, dans lesquelles la vérité était Tout Paris a pu voir, il y a une trentaine d'an- si bien mêlée et entrelacée avec la fiction qu'il nées, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans était impossible de les séparer l'une de l'autre. les Petites Danaïdes, une fantasmagorie in- C'étaient à la fois le conte de fées et le conte de fernale qui obtint un grand succès; et, long- la vie privée (autre mot nouveau); c'était notre temps auparavant, Robertson avait ouvert sur grand Perrault, accouplé avec M. de Marmontel. le boulevard un Théâtre de fantasmagorie, | De ces deux éléments si divers, le mensonge et

1

« PrécédentContinuer »